Présidentielle au Bénin: un seul opposant discret face au favori Wadagni

Romuald Wadagni, ministre des Finances du Bénin et candidat du parti au pouvoir à l'élection présidentielle du 12 avril 2026.

Le 09/04/2026 à 08h25

Le casting de la présidentielle de dimanche au Bénin ne compte que deux participants: Romuald Wadagni, candidat de la continuité soutenu par la majorité présidentielle, et Paul Hounkpè, qui incarne une opposition peu incisive.

Le nombre de candidats est restreint par un code électoral strict qui exige un nombre minimal de parrainages d’élus, que les Démocrates, le principal parti d’opposition, n’ont pu atteindre. Ils ont annoncé ne soutenir aucun candidat.

Si Romuald Wadagni a multiplié les meetings aux quatre coins du pays ces derniers jours, son rival, aux moyens bien moindres, a mené une campagne plus discrète.

Romuald Wadagni, 49 ans, le dauphin

Quinquagénaire en juin prochain, Romuald Wadagni incarne une nouvelle génération de dirigeants africains.

Formé en Europe et aux États-Unis, il a tenté pendant la campagne de gommer son image de technocrate en enchaînant les meetings dans tout le pays, dans un style décontracté, au contact des populations.

Dans son entourage, on assure qu’il est bien plus qu’un financier et qu’il a été associé à toutes les décisions politiques et sécuritaires ces dernières années.

«Nous avons vu, concrètement, les résultats de sa gestion à la tête des finances publiques. C’est un homme d’État en construction. Sa relative discrétion politique peut aussi être une force. Il représente une nouvelle génération de leadership, moins dans le discours et plus dans l’impact», estime Lucien Fayomi, un militant qui le soutient.

Artisan de la transformation économique du Bénin, M. Wadagni promet la continuité en poursuivant les grands chantiers tout en s’attaquant à l’extrême pauvreté, notamment rurale, grâce à la mécanisation de l’agriculture.

«Le but, c’est de faire des trois millions de paysans de ce pays des acteurs majeurs de l’économie», explique un proche.

Sur le plan sécuritaire et diplomatique, il compte créer des polices de proximité, notamment dans la zone nord en proie à des attaques jihadistes, et reprendre le dialogue avec le Niger voisin pour lutter conjointement contre ce fléau.

«Romuald Wadagni n’est pas un va-t’en-guerre. Avec lui, la reprise du dialogue est possible, il est déjà (en contact) permanent avec certains ministres» nigériens, pointe-t-on dans son entourage, où l’on affirme qu’il saura s’affranchir de l’ombre tutélaire de Patrice Talon et imposer sa marque.

Paul Hounkpè, 56 ans, le challenger discret

Les observateurs ne lui donnent aucune chance de s’imposer dimanche. En 2021, alors colistier du candidat de son parti, les Forces Cauris pour un Bénin émergent (FCBE), Paul Hounkpè avait réuni 11% des voix face à Patrice Talon.

Mais cet instituteur de formation a gravi pas à pas les marches de la politique béninoise: maire de Bopa (sud-ouest), ministre de la Culture sous la présidence de Yayi Boni au début des années 2010, puis leader des FCBE.

Désormais chef de file de l’opposition, il n’incarne pas une rupture radicale avec le camp Talon/Wadagni. Il a d’ailleurs eu besoin de leurs parrainages pour pouvoir être candidat à cette présidentielle.

«C’est quelqu’un qui est pétri d’expérience, qui est patient, un homme intègre et travailleur qui a maintenu l’unité du parti. Il a toutes les qualités pour gérer ce pays», juge Kalisto Kounouvo, un élu de son parti.

Peu visible pendant cette campagne, il a toutefois annoncé une mesure choc qui fait beaucoup parler: diviser le prix des aliments de base des Béninois.

«Hounkpè a un programme populiste et surfe sur ce que les Béninois reprochent à Talon. S’il avait eu l’appui des Démocrates, on aurait eu un duel plus intéressant», note Franck Kinninvo, analyste politique.

Celui qui veut « rebâtir la fierté béninoise » prône un gouvernement d’union et veut accentuer la séparation des pouvoirs.

Sur le plan économique et social, il souhaite relancer le transport ferroviaire et la spécialisation de l’économie par régions, selon leurs atouts agricoles ou industriels.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 09/04/2026 à 08h25