Des délégations représentant une cinquantaine de pays membres de l’Union africaine seront présentes à ce sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Unions Africaine d’oû sont exclus le Mali, le Burkina Faso, le Niger, Madagascar et la Guinée-Bissau en raison des putschs.
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La problématique de l’eau à l’heure des changements climatiques qui frappent de plein fouet le continent africain dominera les débats.
En dépit des importants cours d’eau, l’Afrique est confrontée à un problème d’eau aigu lié ces dernières années, problème alourdi par le changement climatique. En effet, 400 millions d’Africains n’ont pas accès à une source d’eau sure. Autrement dit, un Africain sur quatre n’a pas accès sécurisé à ce liquide vital. La situation est alarmante dans certains pays qui font face à des crises hydriques en lien avec l’augmentation de la demande, de l’urbanisation accélérée et des impacts croissants du changement climatique matérialisés par des sécheresses prolongées, des inondations catastrophiques, des baisses de la production agricole et l’augmentation des risques sanitaires.
Les effets du climat sont exacerbés par un manque structurel d’infrastructures, source de déplacements forcés des populations, de la flambée des prix des produits agricoles, des tensions dans de nombreux pays et régions du continent qui pourraient provoquer dans un proche avenir des conflits transfrontaliers si des solutions adéquates ne sont pas trouvées.
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C’est conscients de l’ampleur de ce problème que les dirigeants du continent ont choisi de placer la problématique de l’eau au cœur des débats, lors du 39e sommet des chefs d’État et de gouvernement avec pour thème: «Assurer une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063».
Un choix qui rappelle l’importance accordée au rôle central de l’eau dans la préservation de la vie, le développement socio-économique et la résilience face aux changements climatiques. Les dirigeants africains se pencheront sur l’urgence des défis liés à l’eau, à la gestion durable des ressources hydriques et à leurs répercussions directes sur la sécurité alimentaire, la santé publique et le développement.
Ce sera l’occasion de proposer des solutions innovantes et adaptées aux besoins spécifiques du continent. Conséquence, l’eau ne sera pas abordée comme une simple question technique ou sectorielle, elle est désormais reconnue comme un actif stratégique économique, social et sécuritaire.
Soutien à la candidature de Macky Sall au poste de SG de l’ONU
A quelques mois de la fin du mandat d’António Guterres au poste de Secrétaire général de l’ONU, les potentiels candidats pour le remplacer affinent leurs stratégies. En Afrique, cette candidature est portée par l’ex-président sénégalais Macky Sall. S’il n’a pas officiellement annoncé sa candidature, il s’y prépare activement avec ses nombreux soutiens. «Je ne l’écarte pas si les gens estiment que je peux apporter modestement ma contribution pour redorer le blason de l’ONU», avait-il déclaré en septembre 2025 sur H5 Motivation.
Son successeur, Bassirou Diomaye Faye, a été sollicité par ses pairs africains, par le biais du président Denis Sassou Nguesso du Congo, pour soutenir cette candidature lors d’un récent déplacement à Brazzaville. Les autorités congolaises faisant savoir que «cette candidature peut faire l’objet du soutien de l’ensemble des États africains». Et au-delà du continent, l’ex-président serait soutenu par la France mais aussi par plusieurs pays du Golfe.
Avec plus de 400 millions d’Africains qui n’ont pas accès à une source d’eau sure, l'eau est au centre de ce sommet des chefs d'État.
De même, ses relations avec les dirigeants des grandes nations disposant des droits de veto, dont la Chine et la Russie, pourraient constituer des atouts pour sa candidature. Cependant, parmi les cinq nations disposants du droit de veto, les États-Unis pourraient constituer un obstacle à son élection. Washington pourrait en effet décider de soutenir un candidat d’Amérique Latine, ce qui n’est pas à écarter. Et vu le poids qu’occupe Donald Trump sur la scène mondiale, son soutien à tout candidat est fondamental.
Le CV de Macky est plutôt étoffé: 12 ans passés à la tête du Sénégal (2012-2024), président de l’Union africaine (2022-2023), envoyé spécial du Pacte de Paris pour les peuples et la Planète (2023) et co-dirigeant du think tank international Global Center on Adaptation depuis 2023 aux côtés de l’ancien SG de l’ONU Ban Ki-Moon.
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Reste que la candidature de Macky Sall n’est pas sans écueils. D’abord, le poste devrait, selon la pratique de rotation par continent, revenir à l’Amérique Latine, même s’il ne s’agit pas d’une règle formelle. Ce choix pourrait fragiliser la candidature de l’ex-président sénégalais. Ce d’autant plus que les États-Unis, qui pèsent lourd dans le choix du Secrétaire général, ont des visées sur cette région qu’ils considèrent comme faisant partie intégrante de leur zone d’influence.
C’est dire que les Américains ne verraient pas d’un mauvais œil que le poste revienne à une personnalité latinoaméricaine qu’ils auraient adoubée. D’un autre côté, si Macky Sall jouit d’un soutien quasi unanime au niveau du continent, il n’a pas, pour le moment, le soutien de ses successeurs au Sénégal.
D’ailleurs, le président sénégalais à qui on a sollicité le soutien ne fait pas le déplacement à Addis-Abeba, mais a préféré y déléguer son Premier ministre qui aura la lourde tâche de faire face aux sollicitations des dirigeants africains qui portent la candidature de l’ex-président sénégalais.
Il faut également prendre en compte les relations tendues qu’entretiennent l’ex-président et la nouvelle classe dirigeante sénégalaise. Pèseront-elles sur la balance le moment venu? Rien n’est moins sûr, le nouveau pouvoir l’accusant de mauvaise gouvernance. D’ailleurs, depuis son départ du pouvoir en avril 2024, Macky Sall n’a pas remis les pieds au Sénégal. Il vit à Marrakech, au Maroc.
Conflits, insécurité, terrorisme
Comme lors des précédents sommets annuels de l’Union africaine, cette 39e édition se penchera sur la question de paix et de sécurité dans le continent en s’efforcera d’agir pour apporter des solutions adéquates à certains crises. Les discussions relatives aux conflits (RDC, Soudan…), le terrorisme (Sahel, Somalie, Mozambique, Nigeria…), l’insécurité qui gangrènent le continent occuperont une place centrale lors de cette rencontre. Ces problèmes vont constituer le véritable centre de gravité de cette rencontre tant ces problèmes ne cessent de s’aggraver sans qu’on ne perçoive des espoirs de solutions.
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Parmi ceux qui seront discutés, figurent en bonne place celui de l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) opposant le gouvernement aux rebelles du M23, soutenus selon Kinshasa, par le Rwanda. Un conflit qui voit de nombreux pays non africains intéressés par les importantes ressources en minerais stratégiques de la région, tentés d’y apporter des solutions. Les médiations de divers acteurs (Union africaine, États-Unis, Qatar, Angola…) se multiplient sans vraiment parvenir à un accord de paix durable. Et la crainte est que ce conflit ne se transforme en guerre régionale impliquant le Rwanda et d’autres pays de la région.
La présidence burundaise d’Evariste Ndayishimiye
Après le président angolais João Lourenço, c’est autour du président burundais Évariste Ndayishimiye d’assurer la présidence tournante de l’Union africaine. Issu de la région des Grands Lacs, les attentes ont fortes. Le Président de l’UA devra non seulement agir comme bâtisseur de ponts entre régions et sensibilités politiques, mais aussi défendre et projeter la place déterminante de l’Afrique sur la scène internationale, affirmer les positions continentales, résister aux pressions extérieures et garantir que l’Afrique engage ses partenaires internationaux à partir d’une position d’unité et de confiance stratégique. Pour faire mieux que son prédécesseur dont le mandat n’a pas enregistré les résultats escomptés, le président burundais a formé une équipe dédiée à Addis-Abeba, appuyé par un dispositif international à Bujumbura.
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Il est très attendu sur les dossiers sécuritaires majeurs du continent, avec une attention particulière sur deux crises majeures: les Grands Lacs et le Sahel. Pour mener à bien sa mission, il pourra capitaliser sur son expérience récente à la tête de la Communauté d’Afrique de l’Est et du Comesa, ainsi que son rôle actuel d’envoyé spécial de l’UA pour le Sahel.
Enfin, d’autres sujets seront débattus lors du 39e sommet annuel des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine dont la poursuite de la réforme de l’Union africaine et la problématique du financement du budget de l’institution, le recul démocratique marqué par le retour des coups d’Etat, l’érosion du multilatéralisme et son impact sur le continent, la présidence sud-africaine du G20,…












