Visa US et Mondial: les milliers de supporters africains impactés et les 6 nouveaux pays concernés

Washington étend à 50 nations son programme de caution de 15 000 dollars pour les visas B1/B2, et l'Afrique concentre, une nouvelle fois, la majorité des cibles.

Le 27/03/2026 à 16h06

Washington étend son programme de caution de visa de 15.000 dollars à 12 nouvelles nations, dont six africaines. Portant à 50 le nombre de pays ciblés, cette mesure frappe de plein fouet le continent africain et s’invite, avec une ironie cinglante, dans la Coupe du Monde 2026 que les États-Unis coorganisent du 11 au 19 juillet sous la bannière «United 2026».

Washington frappe fort, l’Afrique trinque. L’extension brutale du programme américain de caution de visa à 12 nations supplémentaires (*), dont l’Éthiopie, le Lesotho, Maurice, le Mozambique, les Seychelles, et la Tunisie, portant le total à 50 pays ciblés, cristallise une politique migratoire perçue comme une sanction économique déguisée contre les nations émergentes, particulièrement africaines et caribéennes. Soulignons que les procédures d’immigration permanente, comme la Green Card ou le regroupement familial, ne sont pas concernées par cette mesure.

Annoncée officiellement le 18 mars pour une entrée en vigueur le 2 avril, cette mesure exige des demandeurs de visas B1/B2 (affaires et tourisme) originaires de ces États un dépôt de 15 000 dollars. Cette somme, bien que théoriquement remboursable si le titulaire quitte les États-Unis dans les délais légaux ou si le visa est refusé, agit comme une barrière financière insurmontable pour beaucoup.

Le Département d’État américain justifie cette extension par un taux de conformité de 97% dans le cadre du programme pilote lancé en 2025, arguant d’une réduction efficace des «overstays» (dépassements de séjour).

«Le programme de caution de visa s’est déjà révélé efficace pour réduire considérablement le nombre de titulaires de visa qui dépassent la durée de validité de leur visa et restent illégalement aux États-Unis. Près de 1 000 étrangers ont obtenu un visa dans le cadre de ce programme, et 97% des voyageurs ayant versé une caution sont rentrés chez eux depuis les États-Unis dans les délais impartis. En revanche, au cours de la dernière année du mandat de Joe Biden, plus de 44.000 visiteurs provenant des 50 pays actuellement soumis au programme de caution de visa ont dépassé la durée de validité de leur visa», fait valoir l’administration Trump.

Autre argument avancé par le Département d’Etat américain: l’extension du programme de caution de visa permet aux contribuables américains d’économiser chaque année des centaines de millions de dollars.

«L’expulsion d’un étranger présent illégalement aux États-Unis coûte aux contribuables américains plus de 18 000 dollars en moyenne. Le département d’État permet ainsi aux contribuables américains d’économiser jusqu’à 800 millions de dollars par an, somme qui aurait autrement été nécessaire pour expulser ces étrangers ayant dépassé la durée de séjour autorisée».

Pourtant, la géographie même des pays ciblés nourrit l’accusation de ciblage discriminatoire. Près de la moitié des 50 nations sont africaines, parmi lesquelles des poids lourds démographiques et économiques comme le Nigeria ou l’Angola, et désormais la Tunisie. Les lobbies professionnels dénoncent avec véhémence une barrière «pay-to-play» qui paralyse les échanges économiques légitimes.

Imaginez une PME éthiopienne souhaitant négocier un contrat à Chicago. Outre les frais de visa et les coûts logistiques, devoir bloquer 15.000 dollars, souvent l’équivalent de plusieurs années de salaire local, rend la démarche prohibitive.

La conséquence immédiate est le déplacement des réunions et conférences devant se tenir sur le sol américain vers d’autres lieux, privant l’économie américaine de flux vitaux et isolant davantage les entreprises africaines.

Au cas contraire, les multinationales sont contraintes de créer des comptes séquestres dédiés ou d’opter pour des visas de travail plus longs et plus coûteux. De quoi alourdir leurs structures de coûts.

Face à ce qui précède, les réactions dans un certain nombre de pays africains ne se font pas prier. En Tunisie, les médias et analyses soulignent surtout le «silence diplomatique» du gouvernement et critiquent l’absence de réaction visible ou de stratégie de lobbying.

Une mesure diplomatique, couplée aux condamnations répétées des organisations de défense des droits humains sur la réduction des garanties procédurales et la menace pour la liberté d’expression via les contrôles renforcés des réseaux sociaux, qui place l’administration Trump dans une position délicate sur la scène internationale, malgré son insistance sur l’impératif de sécurité intérieure.

Le Mondial 2026 dans l’ombre de la caution

Une politique qui frappe de plein fouet un événement censé célébrer l’unité: la Coupe du Monde de la FIFA 2026, co-organisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique sous la bannière «United 2026». L’ironie est amère.

Neuf nations africaines (Afrique du Sud; Algérie; Cabo Verde; Côte d’Ivoire; Égypte; Ghana; Maroc; Sénégal; Tunisie), un record historique pour le continent, se sont qualifiées pour ce tournoi élargi à 48 équipes. Parmi elles, seuls le Maroc, l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Ghana ne sont pas ciblés par la caution.

Les cinq autres pays sont directement impactés par la caution américaine, à savoir l’Algérie, Cabo Verde, la Côte d’Ivoire, le Sénégal (déjà dans les 38 pays initiaux) et désormais la Tunisie (nouvellement ajoutée). Pour ces pays, les conséquences sont immédiates et potentiellement dévastatrices pour l’esprit même de la compétition.

Pour ces sélections, le défi logistique et financier est colossal. La caution de 15 000 dollars s’appliquera aux joueurs non détenteurs de visas de travail spécifiques (comme P-1 pour athlètes), au staff technique, administratif, médical, ainsi qu’aux supporters et aux délégations officielles ou commerciales souhaitant assister aux matches sur le sol américain.

Une caution qui transformera la participation en fardeau financier. Pour une famille tunisienne ou sénégalaise souhaitant suivre les Aigles de Carthage ou Lions de la Téranga, le coût global du voyage (billets d’avion, hébergement, billets de match, nourriture) explose avec cette caution.

Le risque est une affluence drastiquement réduite des supporters africains dans les stades américains, vidant ces rencontres d’une partie de leur âme et privant les villes hôtes de retombées économiques significatives attendues de ce public.

L’Algérie (Groupe J: Argentine, Autriche, etc.), le Sénégal (Groupe I: France, etc.) ou encore la Tunisie (Groupe F: Pays-Bas, etc.) pourraient ainsi voir leur avantage «à domicile» s’évaporer lors de leurs matches aux États-Unis.

Pays africains qualifiés au Mondial 2026 et statut caution

Pays qualifiéSoumis à caution ?Groupe (exemples)Risque économique pour supportersStatut dans le programmeImpact notable
AlgérieOuiJ (Argentine, Autriche, Jordanie)Élevé (caution + voyage)parmi les 38 initiauxDélégations et supporters du Mondial 2026 affectés
TunisieOuiF (Pays-Bas, Japon, barragiste Europe B)Élevé (nouveauté 2026)parmi les 12 nouveauxCoût prohibitif pour les fans (Groupe F : Pays-Bas, ...)
SénégalOuiI (France, Norvège, barragiste intercontinental 2)Élevéparmi les 38 initiauxHandicap pour supporters (Groupe I : France, ...)
Cabo VerdeOuiH (Espagne, Arabie saoudite, Uruguay)Élevéparmi les 38 initiauxDélégations sportives pénalisées
Côte d’IvoireOuiE (Allemagne, Curaçao, Équateur)Élevéparmi les 38 initiauxCoût accru pour staff technique
GhanaNonL (Angleterre, Croatie, Panama)Nul--
MarocNonC (Brésil, Haïti, Écosse)Nul--
ÉgypteNonG (Belgique, Iran, Nouvelle-Zélande)Nul--
Afrique du SudNonA (Mexique, Corée du Sud, barragiste Europe D)Nul--

Sources: Département d’État américain; FIFA; Reuters.

Le Maroc, qualifié pour la Coupe du Monde 2026, brille par son absence sur les listes américaines des 50 pays soumis à la caution de 15 000 dollars. Une omission, vérifiée dans les listes exhaustives des 38 nations initiales et des 12 ajoutées, qui ne peut que réjouir les supporteurs des Lions de l’Atlas. Économiquement, elle avantage les supporters marocains et les délégations commerciales, contrairement aux cinq autres nations africaines ciblées comme l’Algérie voisine.

Par ailleurs, une nation africaine notamment la RDC est en barrage pour un ticket mondial. Si ce pays se qualifie, sa délégation échappera a priori à la caution, vu que le pays ne figure sur aucune liste du Département Américain.

Alors que le coup d’envoi de la Coupe du Monde de la FIFA 2026 de football est prévu dans moins de trois mois, notamment du 11 juin au 19 juillet 2026, cette mesure américaine jette une ombre menaçante sur la célébration du football. Elle introduit un critère de richesse et d’origine nationale incompatible avec les valeurs d’universalité et de fair-play promues par la FIFA.

Elle expose crûment le fossé entre le discours d’unité du projet «United 2026» et la réalité d’une politique migratoire perçue comme hostile et excluante. La Coupe du Monde 2026, événement planétaire par excellence, risque ainsi de devenir malgré elle le théâtre d’un conflit géopolitique et d’une inégalité économique flagrante, où l’accès au rêve américain du football aura un prix prohibitif pour les nations africaines et leurs passionnés. Le ballon rond, vecteur traditionnel de liens, se retrouve piégé dans les mailles d’un filet migratoire controversé.

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(*) Pays inclus dans le programme de caution de visa

Les nouveaux pays inclus dans le programme de caution de visa sont le Cambodge, l’Éthiopie, la Géorgie, la Grenade, le Lesotho, Maurice, la Mongolie, le Mozambique, le Nicaragua, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Seychelles et la Tunisie.

Ces pays viennent s’ajouter aux 38 nations déjà incluses dans le programme de caution de visa. Ces pays sont l’Algérie, l’Angola, Antigua-et-Barbuda, le Bangladesh, le Bénin, le Bhoutan, le Botswana, le Burundi, Cabo Verde, la Côte d’Ivoire, Cuba, Djibouti, la Dominique, les Fidji, le Gabon, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Kirghizistan, le Malawi, la Mauritanie, la Namibie, le Népal, le Nigeria, l’Ouganda, la République centrafricaine, Sao Tomé-et-Principe, le Sénégal, le Tadjikistan, la Tanzanie, le Togo, les Tonga, le Turkménistan, Tuvalu, Vanuatu, le Venezuela, la Zambie et le Zimbabwe.

Par Modeste Kouamé
Le 27/03/2026 à 16h06