Zimbabwe: des citoyens «contraints de soutenir» le projet de prolongation du mandat présidentiel (ONG)

Le Président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa.

Le 18/03/2026 à 09h17

L’organisation de défense des droits humains, Zimbabwe Peace Project (ZPP), a affirmé que l’intimidation et la violence croissantes compromettent le débat public autour du projet de loi portant modification de la Constitution du Zimbabwe pour la prolongation du mandat présidentiel jusqu’en 2030.

Dans son rapport mensuel de suivi pour février 2026, relayé mardi par la presse locale, le ZPP a indiqué que l’environnement entourant les discussions sur ce projet de loi est devenu de plus en plus hostile, rendant difficile pour les citoyens et les acteurs de la société civile d’exprimer librement leurs opinions sur les changements constitutionnels proposés.

Le rapport a averti que la violence, l’intimidation et le harcèlement liés à ce débat risquent d’affaiblir la participation démocratique à un moment où le Parlement a invité les Zimbabwéens à soumettre leurs points de vue sur le projet de loi.

«Le climat croissant d’intimidation autour du projet de loi n° 3 portant modification de la Constitution du Zimbabwe a considérablement augmenté le coût de toute discussion ou débat public sur les changements proposés», selon le document.

Pour l’ONG, cet environnement donne l’impression que «les citoyens sont contraints de soutenir le projet de loi, tandis que les opinions opposées sont effectivement criminalisées».

«De telles conditions sapent la participation démocratique et contredisent l’esprit même du constitutionnalisme», a souligné le ZPP, notant que des actes de violence ont été signalés contre des acteurs politiques, des militants de la société civile et des individus opposés au projet de loi.

«Pour que les consultations publiques soient significatives, les citoyens doivent être libres de participer, de discuter et de débattre des amendements proposés sans craindre l’intimidation, le harcèlement ou des représailles», a relevé l’organisation, soutenant qu’un processus constitutionnel démocratique nécessite un espace civique ouvert où diverses perspectives peuvent être entendues.

Les Zimbabwéens doivent être autorisés à délibérer librement sur ce projet de loi afin de pouvoir apporter des contributions éclairées et pertinentes au Parlement sur des questions qui affectent directement la gouvernance et l’avenir du pays, conclut le rapport.

Cette position de la part du ZPP intervient dans un contexte de tensions croissantes autour du projet de loi d’amendement constitutionnel que des organisations de la société civile et des groupes d’opposition considèrent comme une menace aux principes démocratiques et des libertés fondamentales des citoyens.

Le Conseil des ministres zimbabwéen a approuvé, en février dernier, un projet de loi autorisant le président Emmerson Mnangagwa (83 ans), qui devait quitter ses fonctions en 2028 après avoir accompli deux mandats de cinq ans, à rester au pouvoir jusqu’en 2030 au moins.

Les amendements proposés incluent également l’extension du mandat des parlementaires de cinq à sept ans, l’élection du président par le Parlement au lieu du suffrage universel direct, ainsi que la possibilité pour le chef de l’État de nommer dix membres supplémentaires au Sénat, portant le nombre total de sièges à 90.

Mnangagwa, arrivé au pouvoir en 2017 à la suite d’un coup d’État ayant renversé Robert Mugabe, a remporté l’élection présidentielle de 2018, puis un second mandat en 2023, à l’issue d’un scrutin dont les résultats ont été contestés.

Il y a treize ans, les Zimbabwéens avaient massivement voté en faveur d’une nouvelle Constitution lors d’un référendum, imposant des limitations à la durée du mandat présidentiel, au moment où Robert Mugabe avait consolidé son emprise sur le pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1980.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 18/03/2026 à 09h17