Le Sénégal a entrepris un ambitieux programme de réforme foncière. La Commission nationale de réforme foncière (CNRF) confiée à l’ancien ministre Moustapha Sourang, qui travaille sur la question depuis presque deux ans, devra bientôt livrer ses conclusions.Mais d’ores-et-déjà, le président Macky Sall a écarté toute idée d’immatriculer les terres du domaine national au nom des collectivités locales qui, jusque-là, avaient les compétences en matière d’attribution du foncier.Pour motiver sa position, le chef de l’Etat sénégalais cite l’exemple du Zimbabwe. «Comment peut-on donner ces terres à des collectivités locales où les gens sont élus pour un mandat ; des gens qui vendraient ces terres et qu’au bout de 12 mois le Sénégal se retrouve, comme le Zimbabwe, sans terres puisque tout aura été vendu ?», s’est-il interrogé, hier, à l’ouverture de la séance académique solennelle de l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (ANSTS) à Dakar, dont le thème porte sur le foncier.Pour Macky Sall, la prudence est requise sur cette question très délicate. Dans sa logique, «la terre doit être donnée pour un usage». Reste à savoir sous quelles modalités !Toutefois, le chef de l’Etat n’est pas contre l’implication des collectivités locales dans les affectations de terres, dans la mesure où celles-ci veillent à sauvegarder les intérêts des populations.Dans son hypothèse de travail, la CNRF estime que, pour créer «des droits réels», l’Etat doit sortir les terres du domaine national, une loi qui régit 90% du foncier au Sénégal depuis les années 1970."Il y a deux hypothèses, soit donner les terres en pleine propriété aux collectivités locales – idée que rejette le chef de l’Etat – soit les donner en bail emphytéotique à ces mêmes collectivités locales», explique le Pr Sourang.Pour le vice-président de l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (ANSTS), le Pr Seydou Madani Sy, qui exposait les résultats d’une étude réalisée par l’académie sur la question, la situation nécessite du temps pour permettre aux acteurs d’harmoniser leurs positions.L’objectif devant être de «s’accorder sur les priorités nationales en matière de sécurité alimentaire, de paix sociale, de création d’emplois pour les jeunes tout en préservant les ressources naturelles».Le Sénégal dispose actuellement de plus de 19 millions d'hectares de réserves foncières, dont 3,8 millions d’hectares cultivables. Mais vu le rythme démographique (la population sénégalaise devrait atteindre 21 millions en 2035 et 34 millions en 2050), «la pression va s’accroitre». D’où l’extrême prudence des pouvoirs publics en matière d’attribution du foncier.
Le 25/03/2016 à 19h48


