Condamnation de Habré: les réactions se multiplient

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Le 31/05/2016 à 13h00

«Verdict historique». «Un signal fort» envoyé aux autres dictateurs du continent. «Un verdict politique récité par un juge comme un élève en cours d'initiation»... Les réactions après la condamnation de Hissein Habré à la prison à vie sont aussi contrastées que les opinions sur la tenue du procès.

Si certains voient en la condamnation de l’ex-président tchadien «un signal fort» envoyé aux autres dictateurs du continent, pour d’autres ce n’est qu’un verdict «politique» commandité par les «forces impérialistes».Dans un communiqué, le Haut commissaire aux droits de l’homme de l’ONU a salué le verdict prononcé à l’encontre de l’ancien président du Tchad pour «crimes contre l’humanité», entre autres. «Après des années de lutte et de nombreux déboires sur le chemin de la justice, ce verdict est aussi historique que durement acquis. J’espère sincèrement qu’aujourd’hui, enfin, les victimes d’Habré pourront ressentir un certain soulagement», a réagi Zeid Ra’Ad Al Hussein. Pour lui, ce verdict envoie «un message clair» aux personnes responsables de graves violations des droits de l’homme à travers le monde.Même son de cloche en provenance de Washington. Par la voix du secrétaire d’Etat John Kerry, les Etats-Unis en appellent aux pays africains et à leurs dirigeants pour le respect des droits humains. Washington n’exclut pas des «poursuites» contre tous les auteurs de crimes et actes ignobles comme ceux «commis» par Hissein Habré.Alioune Tine, le directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, qui s’est beaucoup investi, aux côtés de Reed Brody, pour la tenue du procès, dit partager «la satisfaction de toutes les victimes qui ont eu la chance de vivre ce procès et d’entendre ce verdict». «Leur patience et leur ténacité ont été payantes», estime Tine.L’un des avocats des victimes, Me Assane Dioma Ndiaye, qui s’est réjouie de «la fin d’une longue période de déni de justice», pense qu’après le procès Habré, et «qu’il s’agisse du Burundi, de la Gambie ou de la Centrafrique, tous les crimes commis ne resteront pas impunis».Les réactions sont, évidemment, très diverses pour les partisans de Hissein Habré. L’un de ses avocats, Me Diawara, fustige «un verdict politique lu par un juge qui paraissait comme un élève en CI (cours d’initiation)».Le principal concerné, qui a gardé le silence durant tout le procès conformément à sa stratégie de boycott, a répété les mêmes paroles qu’il avait prononcées à l’ouverture du procès: «vive l’Afrique à bas la Françafrique», a dit Hissein Habré en levant le bras droit en signe de victoire.Un de ses avocats commis d’office pour le défendre, Me Mbaye Sène, a fait savoir qu’une décision sera prise «dans les 48 heures» pour un éventuel appel.Au cas contraire, les Chambres africaines extraordinaires (CAE), la juridiction ad-hoc mise en place par le Sénégal, sous mandat de l’UA, pour juger Habré, seront dissoutes en juillet, tel que le prévoit la loi. A moins que l’UA ne décide d’en faire une juridiction permanente pour juger ses propres dictateurs au lieu de les envoyer à la Cour pénale internationale (CPI).C’est, du moins le souhait du chargé de communication des CAE, Marcel Mendy. Ce dernier estime que l’Afrique devrait tirer des enseignements de cette «première expérience», en l’améliorant s’il le faut. Pour l’ONU, la création des CAE constitue «un excellent exemple» de leadership et d’appropriation régionaux du combat contre l’impunité pour les crimes internationaux.

Par Ibrahima Diallo (Dakar, correspondance)
Le 31/05/2016 à 13h00