A 63 ans, Susan Jobson, qui peine à se déplacer et vit seule dans une maisonnette, a rejoint ce rassemblement dans le quartier couru de Melville par «désespoir total».
«Je ne marche pas très bien, ce qui rend difficile ma quête d’eau», raconte-t-elle à l’AFP sous les slogans d’une centaine de manifestants et les coups de klaxons de soutiens des automobilistes.
«Difficile de remplir la chasse d’eau, impossible de faire la lessive et de prévoir avant de cuisiner»: les coupures d’eau compliquent chacune de ses tâches à la maison.
Des décennies de manque d’entretien et de dégradation des infrastructures ont conduit à ces coupures d’eau qui durent depuis des semaines dans plusieurs pans de la capitale économique sud-africaine -des beaux quartiers aux plus défavorisés.
Malgré des barrages pleins et de fortes pluies ces derniers mois, l’eau vient à manquer car environ 30% de l’approvisionnement en eau de la ville se perd dans des fuites, indique la directrice de l’ONG WaterCAN, Ferrial Adam.
Sous pression croissante, le maire Dada Morero a défendu les efforts municipaux pour «faire évoluer et gérer la distribution d’eau». La ville a annoncé mardi une «cellule de crise de l’eau» («water war room»).
La date exacte des élections municipales n’est pas encore connue mais elles devraient avoir lieu entre fin 2026 et début 2027.
Défaillances
Il ne faudrait pas que les fuites se traduisent par une nouvelle hémorragie de voix pour l’historique ANC, le parti de Dada Morero, tombé pour la première fois sous la majorité absolue aux dernières élections nationales (40%, 2024).
Lancée dans la course à la mairie de Johannesburg, Helen Zille, figure de l’Alliance démocratique (DA) -rivale de l’ANC-, a diffusé mardi une vidéo d’elle assise au bord d’un nid de poule XXL typique de Johannesburg, d’où elle trempe ses pieds dans de l’eau boueuse. « Non je ne profite pas d’une belle journée d’été au bord de l’eau », lance-t-elle avant de s’en prendre à la lenteur des réparations effectuées sur le réseau d’eau.
Le sujet risque d’occuper le cœur de cette campagne électorale à risque pour l’ANC. Mais les adversaires de Helen Zille pourront lui faire remarquer qu’à Knysna sur la côte sud du pays, où la DA a gouverné plus de 15 ans, de 2006 à 2022, la situation est pire.
Dans cette ville touristique, la part de l’eau disparaissant dans les fuites du réseau grimpe à 50%.
«Nos municipalités à travers le pays sont défaillantes, tant dans l’approvisionnement en eau que dans l’assainissement», estime Ferrial Adam. Elle souhaite que le gouvernement intervienne et déclare la crise «catastrophe nationale».
En attendant, à quelques rues de la manifestation mercredi, une école maternelle avait déjà pris les choses en main en investissant environ 15.000 rands (800 euros) dans une citerne.
Sauf que même cette réserve s’était épuisée après 23 jours sans approvisionnement, a indiqué à l’AFP la directrice Arifa Banday. L’établissement doit désormais compter sur des livraisons de camions-citernes privés.
Pour le manifestant Simon Banda, le manque de soutien des autorités publiques à la population est une «tragédie».
«On ne demande pas des miracles. Il devrait y avoir un camion-citerne à presque chaque coin de rue, mais rien de tout ça», se plaint-il à l’AFP, avant d’ajouter: «pour moi, c’est impardonnable».



