Dans le vacarme sourd des sacs de frappe et le grincement des cordes du ring, le gymnase du Stade du 28 Septembre s’éveille. Au milieu des athlètes, Youssouf Diallo affine ses mouvements, concentré, ses frappes sont précises. Pourtant, loin des projecteurs et des primes, il confie sans détour ce qui l’anime et le pèse: «On pratique la boxe par amour, vous voyez? Les parents n’ont pas de moyens. Nous devons donc nous sacrifier, nous donner à fond pour la famille et la nation. Sinon, ici au palais des sports, nous avons beaucoup de champions. Le problème, ce sont les moyens financiers».
Youssouf n’est pas seulement un athlète: il est ouvrier à ses heures perdues, trouvant difficilement les ressources pour s’entraîner et vivre. Sa passion se heurte à une réalité amère où, sans soutien, ses rêves restent suspendus: «Que ce soit pour les Jeux olympiques ou les concours internationaux, avec un peu de soutien, nous pouvons faire des exploits. Mais cela passe par des bourses de formation ou des stages».
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Amadou Baldé, directeur technique national, voit en cette discipline un potentiel immense, si seulement elle bénéficiait de moyens à la hauteur de ses ambitions: «Je vous l’assure, avec des moyens suffisants, la boxe deviendrait la première discipline du pays. Partout où nous nous engageons, nous récoltons des médailles. Aujourd’hui déjà, elle s’impose comme l’une de nos disciplines les plus performantes». La Guinée a déjà montré sur la scène africaine qu’elle a du talent à revendre. Lors du récent Championnat d’Afrique de boxe des jeunes à Conakry, l’équipe hôte s’est classée quatrième avec deux médailles d’or remportées dans les catégories 60 kg et 71 kg.
Pourtant, ces exploits n’ont encore permis aucun changement: «Malheureusement, chez nous, le sport de combat n’est pas soutenu comme le football. Le peu que le gouvernement met à notre disposition sert à évoluer et à permettre à nos sportifs de travailler. Mais le sport est avant tout une affaire de moyens. Sans investissement dans la formation et les stages, vous ne pouvez pas progresser. C’est toute la différence entre les autres nations et nous».
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Ces mots résonnent alors que les jeunes boxeurs guinéens poursuivent leur entraînement quotidien avec une détermination farouche, tournant en rond dans un ring qui ressemble parfois plus à une arène d’espoir qu’à un tremplin vers la vie professionnelle.








