Cap-Vert: comment le sentiment de discrimination perçue par les immigrants africains entrave leur intégration

Vue aérienne de la ville de Mindelo sur l'île de Sao Vicente au Cap Vert.

Le 21/03/2026 à 11h16

Le Cap-Vert, archipel ouest-africain, révèle un défi migratoire préoccupant à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la discrimination raciale. Selon l’Autorité Supérieure pour l’Immigration (AAI), 30% des immigrants se perçoivent victimes de discrimination, en particulier les communautés originaires d’Afrique de l’Ouest (Guinée-Bissau, Sénégal, Nigeria) et de Chine.

La présidente de l’Autorité Supérieure pour l’Immigration (AAI), Carmen Barros, a révélé ce vendredi que 30% des immigrants au Cap-Vert se perçoivent comme victimes de discrimination. Elle souligne toutefois que cette réalité contraste avec l’absence totale de plaintes officielles déposées auprès des autorités.

Interrogée par l’agence Inforpress à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la discrimination raciale (21 mars), Carmen Barros s’est appuyée sur une enquête 2022 de l’Institut National des Statistiques (INE). Les données indiquent qu’un sentiment d’exclusion touche trois immigrants sur dix dans l’archipel.

Selon elle, ce ressenti est plus marqué parmi les communautés originaires du continent africain, notamment d’Afrique de l’Ouest. Ces groupes rapportent davantage d’expériences négatives que les immigrants des pays de la Communauté des Pays de Langue Portuguaise (CPLP).

«Les ressortissants de la CPLP (Angola, São Tomé-et-Príncipe, Mozambique) n’expriment pas un fort sentiment de discrimination. En revanche, ceux venus de Guinée-Bissau, du Sénégal et du Nigeria sont les plus nombreux à relater des expériences négatives», a-t-elle précisé.

L’AAI a également signalé que la communauté chinoise éprouve ce sentiment, bien que la barrière linguistique constitue dans ce cas le principal obstacle.

Carmen Barros qualifie ces résultats d’«alerte», soulignant un paradoxe: bien que le sentiment de discrimination soit réel et nuise à l’intégration et à la stabilité des étrangers, les signalements restent rares dans les commissariats ou les guichets administratifs.

«Je n’ai connaissance d’aucune plainte concrète. Cela nous oblige à réexaminer nos mécanismes de recours et leur visibilité», a-t-elle expliqué. Elle insiste sur le fait que si ce sentiment est subjectif, ses conséquences sont tangibles: les personnes se sentant discriminées présentent un degré d’intégration et d’enracinement plus faible.

L’AAI travaille actuellement sur la prévention, l’information et la sensibilisation. Carmen Barros reconnaît la nécessité de revoir la communication autour des dispositifs de plainte et d’assistance.

«Notre priorité actuelle réside dans le travail avec les écoles et les campagnes de changement des mentalités. La lutte contre le racisme exige un processus continu de déconstruction des préjugés», a-t-elle affirmé.

Soulignons que les ressortissants de la Guinée-Bissau, le Sénégal, le Portugal, le Nigeria et la Chine représentent les cinq nationalités étrangères les plus importantes au Cap-Vert. Bien que les derniers chiffres officiels (2021) indiquent une population étrangère de 2,2%, l’affluence croissante dans les bureaux de l’AAI depuis début 2024 suggère une hausse significative des flux migratoires.

Instaurée par l’ONU en 1966, la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale commémore le massacre de Sharpeville (Afrique du Sud, 1960), où la police avait ouvert le feu sur des manifestants pacifiques protestant contre les lois de l’apartheid, tuant 69 personnes.

Cette situation positionne le Cap-Vert comme un laboratoire des tensions migratoires intra-africaines, où la perception d’exclusion menace la cohésion sociale malgré l’absence de conflits déclarés. Les efforts se concentrent désormais sur un travail de fond pour transformer les mentalités, défi crucial pour l’Afrique subsaharienne confrontée à une mobilité croissante.

Par le360
Le 21/03/2026 à 11h16