Conakry. Après les déguerpissements, les lendemains incertains pour des milliers de familles

«Il y a beaucoup d’anarchie à régler à Conakry»

Le 24/01/2026 à 14h24

VidéoLes opérations de déguerpissement lancées le 21 janvier se poursuivent afin d’assainir l’espace urbain, fluidifier la circulation et embellir la ville. Mais derrière ces démolitions, des milliers de citoyens, pour la plupart acteurs de l’économie informelle, tentent de s’adapter à une réalité qui leur a été imposée. Ces petits commerçants sont pris en étau entre l’espoir d’urbanisme raisonné et la crainte de lendemains incertains.

Dans plusieurs quartiers de la capitale guinéenne, le décor change. Conteneurs commerciaux, étals de fortune et occupations anarchiques disparaissent progressivement du paysage urbain. À Sonfonia, l’opération est visible et encadrée par les autorités locales.

Pour Mohamed Malick Camara, président du conseil de quartier de Sonfonia, ces démolitions répondent à une logique claire «ces déguerpissements visent à embellir notre capitale Conakry. Conformément au communiqué du gouvernorat, les autorités compétentes sont venues déguerpir tous les encombrants physiques au niveau des grandes artères. Nous avons été informés et nous avons sensibilisé la population, parce que c’est une opération qui va dans l’intérêt de notre pays».

Si l’initiative est officiellement présentée comme une mesure d’intérêt général, elle touche de plein fouet une frange importante de la population, celle des jeunes diplômés sans emploi, devenus au fil des années des piliers de l’économie informelle.

Alseny Diallo, vendeur d’accessoires téléphoniques, raconte son quotidien bouleversé «j’avais un conteneur qui me servait de boutique dans laquelle je revendais des accessoires téléphoniques et électroniques. J’ai fait sortir ma marchandise puis déplacé le conteneur».

Comme des Alseny Diallo, des centaines de commerçants tentent de sauver leurs outils de travail, parfois sans solution de relogement ou d’alternative économique immédiate. Du côté des marchands, l’adhésion au principe du déguerpissement existe, mais elle reste conditionnée à sa continuité et à son équité. Saïkou Baldé, commerçant, exprime une inquiétude largement partagée «la seule chose que j’ai à dire, est-ce que ce sera continuel ? Parce que les choses en Guinée n’aboutissent jamais. Nous prions les autorités de faire attention à certains détails. Il faut des agents pour sillonner les carrefours, les ponts et passerelles souvent occupés de manière anarchique. Il y a beaucoup d’anarchie à régler».

Entre volonté de modernisation urbaine et impératif social, les déguerpissements à Conakry posent une question centrale, celle de la durabilité de l’action publique. Pour de nombreux citoyens, l’embellissement de la capitale ne pourrait être pleinement accepté que s’il s’accompagne de solutions concrètes pour les acteurs de l’économie informelle et d’un suivi rigoureux sur le long terme.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 24/01/2026 à 14h24