Conakry. «Nous produisons tout ce qui est maraîcher»: les femmes en première ligne contre la pénurie de légumes

Le 11/03/2026 à 11h22

VidéoTrop abondante, l’eau perturbe le calendrier cultural. Rare, le liquide vital empêche des rendements de légumes qui soient à la hauteur de la ténacité de ces femmes regroupées en Union des maraîchères de Conakry. Et là ne s’arrêtent pas leurs difficultés. Maniant la houe et l’arrosoir à longueur d’année, ces agricultrices ont la conviction de pouvoir produire davantage si quelques attentions leur étaient prêtées.

Sous le soleil matinal de Conakry, les parcelles de choux, de gombos et de carottes s’étendent sont soigneusement entretenues par d’inlassables maraîchères. Si elles se montrent aussi assidues, maniant arrosoir et houe, c’est qu’elles doivent produire des légumes en quantité suffisante pour alimenter les marchés de la capitale et espérer ainsi limiter la flambée des prix. Mais cette année, la saison n’a pas été clémente.

Hadja Condé observe ses parcelles avec inquiétude. Elle explique que les perturbations climatiques ont bouleversé le calendrier cultural habituel. «Le climat s’est déréglé et ça se voit. Il a plu au-delà de la saison habituelle. Nous sommes à la mi-mars et il pleut toujours. Habituellement à cette période de l’année, nos légumes sont déjà sur les étals des marchés de la capitale. Mais cette année, la terre est saturée d’eau, nous ne pouvons ni récolter ni installer d’autres cultures».

Ces changements météorologiques retardent les semis et perturbent les récoltes. Résultat: certains produits maraîchers se font rares sur les étals des marchés de Conakry.

Cependant, le climat change au grès des saisons au cycle déjà perturbé. Abondante pendant l’hivernage jusqu’à saturation dans les carrés plantés de légumes, l’eau se fait désirer la saison sèche. Les cultures maraîchères sont exigeantes en eau et le rendement dépend des apports d’irrigation. En saison sèche et en l’absence d’irrigation, les rendements sont faibles.

Et ce qui cause tant de soucis à Mamie Soumah, présidente de l’Union des femmes maraîchères de Conakry. «Nos principales difficultés sont liées à l’eau et aux insectes nuisibles. Ces ravageurs détruisent souvent toutes nos cultures. Le produit chimique de lutte contre ces insectes est très cher».

Sur le terrain, l’activité est intense. Entre les rangées de cultures, les femmes transportent des arrosoirs remplis d’eau pour irriguer leurs plantations. Un travail physique qui demande du temps et beaucoup d’énergie. Makoto Sako, agricultrice, rappelle que ce périmètre maraîcher regorge de variétés de cultures.

«On cultive le riz ici, le gombo, la pastèque, le choux, la carotte, la courgette et le poivron. Les gens aiment beaucoup les feuilles de laitue également. Tout ce qui est culture maraîchère se trouve ici. Il y a même de la banane» dit-elle non sans une touche de fierté.

Makoto Sako est une maraîchère d’expérience. Elle assure pouvoir produire toutes sortes de légumes en seulement trois mois à condition qu’il y ait «de a l’eau, de l’engrais, du matériel. Actuellement, nous vivons de fortes ruptures de certain produits parce qu’on n’a pas de magasin de stockage, nous n’aurions pas eu de rupture de gombo par exemple. Et les gens aiment aussi les feuilles, de la salade...».

Selon ces femmes, l’absence d’infrastructures de conservation contribue également aux ruptures de certains produits sur les marchés. Une production même abondante à certaines périodes peut rapidement se perdre faute de hangar de stockage adapté.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 11/03/2026 à 11h22