D’épaisses colonnes de fumée noire visibles à des kilomètres à la ronde, une population inquiète, et des secours à la manœuvre: c’est le décor qui s’est imposé hier aux riverains de Sonfonia Casse.
L’incendie, dont l’origine reste pour l’instant inconnue, s’est déclaré dans un magasin de stockage de câbles au sein d’installations électriques, avant de se propager rapidement.
Sur place, les premiers témoins décrivent une scène de désolation où les habitants ont été les premiers à réagir, bien avant l’arrivée des services spécialisés. «J’étais là-bas, lorsque j’ai vu de la fumée, je m’en suis approché pour comprendre ce qui se passait. À ce moment, il n’y avait aucune équipe d’intervention mais simplement des personnes qui pleuraient. Nous avons alors essayé de faire sortir les voitures coincées et les mettre hors de la cour. Les résidents se sont mobilisés, certains sont venus avec des seaux d’eau et tenter de maîtriser l’incendie», confie Thierno Bailo Bah, premier secouriste.
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L’absence des forces de sécurité a aggravé la confusion. Plusieurs témoins dénoncent un délai d’intervention particulièrement long, alors même que le site abrite des équipements stratégiques pour l’approvisionnement en électricité.
«Non, il n’y a pas eu de pertes humaines. Il n’y avait ni gendarmerie, ni police, personne au départ sur les lieux. Nous n’étions que trois personnes au début. Il a fallu attendre plus de trente à quarante minutes avant que la gendarmerie et la police n’arrivent. En attendant, j’ai essayé de faire évacuer les gens. Nous avons réussi à les éloigner», souligne Oumar Camara.
Face à la progression des flammes, les autorités ont finalement mobilisé les services de secours, tandis que l’électricité a été coupée dans plusieurs zones pour limiter les risques et sécuriser les installations.
Mais au-delà de la gestion immédiate de la crise, cet incendie relance avec acuité la question de la sécurisation des infrastructures énergétiques en Guinée. Entre absence d’équipements anti-incendie, manque de dispositifs de prévention et éloignement des unités de secours, les failles sont nombreuses.
«Pour les constructions pareilles, il faut aussi disposer de matériel adapté. En cas d’accident dans ces zones, il est indispensable d’avoir des dispositifs de protection appropriés et des casernes de sapeurs-pompiers à proximité. C’est un autre manque que nous constatons. Aucune personne qualifiée n’est venue nous apporter de l’aide», indique Thierno Bailo Bah.
Si le pire a été évité, cet incendie apparaît comme un signal d’alarme. Dans un contexte d’urbanisation rapide et de pression croissante sur les réseaux électriques, la question n’est plus seulement celle des infrastructures, mais aussi celle de leur protection.
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Car derrière ces installations stratégiques, ce sont des milliers de citoyens qui restent exposés aux risques, en attendant des réponses concrètes en matière de sécurité et de secours.
L’on se rappelle encore de cet incendie qui avait ravagé fin 2023 le principal dépôt d’hydrocarbures du pays, qui a fait 24 morts et 454 blessés. Un premier recensement avait dénombré 800 bâtiments endommagés, la plupart dans un rayon de 500 mètres autour de l’épicentre de l’incendie. En tout, plus de 11.000 personnes ont été affectées directement par l’incendie.
