À kilomètre 36, dans l’un des marchés les plus animés de la capitale guinéenne, une chambre froide modulaire, présentée comme l’une des plus grandes du pays, a été installée. Composée d’un hangar de vente, d’un parc solaire et d’un forage, elle fonctionne de manière autonome et durable, offrant des solutions concrètes de conservation.
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«On stocke jusqu’à 4.000 sacs de pomme de terre dans cette chambre froide. Pour le moment, nous n’avons pas encore atteint ce chiffre mais l’année passée, nous l’avions atteint. Actuellement, nous disposons d’environ 100 tonnes de pomme de terre. Nous lançons un appel aux femmes productrices pour leur dire qu’il existe ici, à Francis, une grande chambre froide capable de les aider à mieux conserver leurs produits sur une longue durée», confie la gérante des lieux, Fatoumata Camara.
Derrière cette performance se cache une organisation bien structurée. L’installation fonctionne grâce à l’énergie solaire et bénéficie d’un suivi technique régulier. Fatoumata Camara en témoigne «ici, nous travaillons avec des panneaux solaires. Nous avons deux techniciens, un technicien solaire et un technicien du froid, qui interviennent pour des entretiens hebdomadaires, souvent à titre préventif. Pour le moment, comme nous collaborons avec des femmes regroupées en GIE, nous avons mis en place un contrat. Ce contrat est réglé à la fin de chaque mois. Nous n’avons pas fixé de prix officiel par sac. Cependant, une fois le contrat de ces femmes arrivé à terme, certaines clientes souhaitent continuer à stocker leurs produits. Dans ce cas, nous proposons des tarifs de 800 à 1.000 francs par sac».
En Afrique, les pertes post-récolte représentent environ 37% de la production. Dans le cas de la Guinée, le système d’information Africain sur les pertes post-récolte les évaluait, en 2021 dans la filière rizicole, à 143.659 tonnes soit 18% de la moisson. De manière globale, les pertes en Guinée touchent la pomme de terre, les fruits, les légumes et le lait, avec des pertes de 20 à 50% de la production de pomme de terre, notamment lors de difficultés de transport.
Dans les allées du marché, les commerçantes mesurent l’impact de cette innovation. Parmi elles, Tiguidanké Tounkara, vient régulièrement stocker ses produits, notamment des pommes de terre et des oignons acheminés depuis l’intérieur du pays. Elle en parle avec enthousiasme «si quelqu’un veut se lancer dans l’agriculture, il lui faut absolument une chambre froide pour stocker ses productions. Avant d’avoir accès à cette chambre froide, nous étions obligés de produire en quantité limitée pour éviter les pertes. Mais aujourd’hui, les producteurs peuvent cultiver en grande quantité».
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Dans la seule région de Fouta Djallon, la production de pomme de terre est passée de 80.000 à 150.000 tonnes entre 2023 et 2024 selon le président de la fédération des paysans qui regrettait, en 2024, l’insuffisance de chambres froides à travers toutes les régions du pays.
Avec cette infrastructure, le marché de Km36 amorce ainsi une transformation profonde. Moins de pertes, plus de production, et surtout, de nouvelles perspectives pour les femmes commerçantes qui voient désormais leurs efforts mieux valorisés.
