Installée aux carrefours stratégiques, sur les principaux axes routiers, les autoroutes et même dans les quartiers, la vidéoverbalisation s’appuie sur les dispositifs de vidéoprotection installés dans l’espace public. Il permet aux municipalités de sanctionner à distance une infraction, notamment au code de la route.
À Abidjan, les caméras de vidéoverbalisation ont progressivement transformé les habitudes de conduite dans la capitale abidjanaise. Au départ salué pour son efficacité à réduire les infractions et les accidents, le système s’est imposé comme un outil de contrôle permanent.
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Mais sur le terrain, les usagers, chauffeurs de véhicule en commun, conducteurs de véhicules personnels, transporteurs et livreurs évoquent une réalité bien plus difficile, celle d’une accumulation d’amendes qui fragilise leurs revenus.
«C’est une bonne chose d’installer la vidéoverbalisation, en cours dans presque dans tous les pays. Aujourd’hui, ce système contribue à réduire les infractions sur les routes», apprécient usagers et riverains. Mais, poursuit, «c’est devenu une sorte d’anarque. On reçoit des messages d’infraction avec des montants énormes», ajoute Koné Djakaridja, conducteur de taxi.
Dans les communes d’Abidjan, plusieurs usagers affirment recevoir des contraventions de manière répétée, parfois pour des infractions qu’ils jugent mineures ou mal signalées. «En une semaine, je peux perdre l’équivalent de plusieurs jours de recette», confie un chauffeur de taxi.
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Pour les transporteurs et conducteurs, ces pénalités grèvent directement leur capacité à subvenir à leurs besoins, dans un contexte économique déjà tendu. Certains dénoncent également abus, surfacturation, exagération des tarifs qui piègerait les conducteurs plutôt que de les éduquer.
«Je connais des propriétaires de véhicule qui ont reçu des amendes qui vont jusqu’à un million, voire deux millions et plus pour d’autres», témoigne Mamadou Soumahoro, un acteur du domaine de transport. Et Diallo Aboubakar de renchérir, également transporteur, «on est souvent obligé de refuser certaines courses à causes des radars sur les routes».
Face à cette situation, des voix s’élèvent pour appeler à une révision du système. Les usagers réclament notamment une réduction du montant des amendes, une meilleure communication autour des règles de circulation et une période de tolérance pour certaines infractions jugées non dangereuses. «Nous voulons que l’Etat réduise un peu les montants des infractions pour soulager un tant soit peu la trésorerie des conducteurs», demandent les conducteurs.
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Ils invitent le gouvernement à trouver un équilibre entre la nécessité de sécuriser les routes et celle de préserver le pouvoir d’achat des citoyens. Pour beaucoup, la vidéoverbalisation ne doit pas devenir un fardeau économique, mais rester un outil au service de la prévention et de la sécurité collective.
Entre discipline routière et pression financière, la vidéoverbalisation pose désormais la question de son ajustement. Un défi pour les autorités, appelées à concilier efficacité sécuritaire et justice sociale, dans un pays où la route reste un pilier essentiel de l’activité économique quotidienne.




