Pour Adja Coumba Ndiaye, mère de famille, le constat est sans appel «à l’origine, ces logements étaient destinés à des personnes venant de loin, pour un séjour temporaire. Aujourd’hui, ils sont loués à des jeunes qui s’adonnent à la débauche. C’est inadmissible», déplore-t-elle. Elle appelle l’État à renforcer les contrôles, face à la recrudescence de décès suspects liés, selon elle, à la consommation de stupéfiants ou de produits aphrodisiaques dans ces appartements.
Même son de cloche du côté de Mansour Fall, père de famille, qui pointe la responsabilité de certains courtiers et agents immobiliers peu scrupuleux. «Les premiers responsables sont ceux qui louent sans aucune vigilance. Ils donnent les clés à n’importe qui, sans vérifier l’identité des occupants ni l’usage qui est fait du logement», affirme-t-il.
Tout en dénonçant ces pratiques, il interpelle également les familles, qu’il invite à revenir aux valeurs d’éducation et de responsabilisation des jeunes par le travail et l’apprentissage d’un métier.
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Une position partagée par Adja Coumba Ndiaye, qui élargit le débat au rôle des propriétaires. «La justice doit aussi s’appliquer à ceux qui louent ces appartements. Certains agissent comme de véritables proxénètes: ils louent officiellement, puis sous-louent à des fins de prostitution ou de débauche», accuse-t-elle.
Le dernier fait divers qui a eu pour théâtre un studio meublé à Dakar est tout frais. Le 7 janvier 2026, un quotidien rapportait l’intervention d’une brigade de gendarmerie pour mettre un terme à une violente altercation et procédé à l’arrestation de 15 individus pour association de malfaiteurs, détournement et incitation de mineures à la débauche, violences, détention d’armes blanches et de drogue et escroquerie. «Ni le gérant ni le propriétaire n’ont été en mesure de justifier l’absence de contrôle sur l’identité des occupants, ni l’exploitation sans autorisation légale de l’hébergement», précise le quotidien.
Face à ces accusations, les agents immobiliers montent au créneau. Mis au banc des accusés, ils dénoncent l’infiltration de leur secteur par des démarcheurs informels. Abdoulaye Gueye, agent immobilier, tient à nuancer: «Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac. Certains d’entre nous ne louent qu’à des personnes sérieuses. Le vrai problème, ce sont des individus qui ont infiltré le métier et qui louent n’importe comment, à n’importe qui», explique-t-il.
Il affirme appliquer des règles strictes, notamment sur la durée minimale de location. «Dès qu’un client demande un appartement pour une seule journée, je refuse. C’est généralement pour passer du bon temps», confie-t-il.
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Entre laxisme, dérives commerciales et manque de régulation, la question des appartements meublés à Dakar pose désormais un véritable problème de société, à la croisée de la sécurité, de la moralité publique et de la responsabilité collective.


