Dakar. Vaccins à ARN messager: l’OMS et le ministère de la Santé posent un nouveau jalon vers la souveraineté pharmaceutique de l’Afrique

Institut Pasteur du Sénégal. AFP or licensors

Le 15/04/2026 à 12h21

VidéoLes vaccins à base de l’ARN messager, à l’efficacité prouvée lors du Covid-19, sont développés contre d’autres virus responsables d’épidémies dans les régions tropicales comme la fièvre de la vallée du Rift. Cependant, la production en Afrique de telles préparations médicales exige un transfert de technologie au profit de l’Institut Pasteur du Sénégal, objet d’une réunion au siège de l’OMS à Diamniadio. Un jalon supplémentaire sur le chemin de la souveraineté pharmaceutique du continent.

Lancé en 2024, le programme de transfert de technologie ARN messager au Sénégal, soutenu par l’OMS et Medicines Patent Pool (MPP, une organisation internationale de santé publique soutenue par l’ONU), vise à renforcer la souveraineté vaccinale en Afrique de l’Ouest.

Introduisant le contexte de la rencontre de Diamniadio du 14 avril, le représentant de l’Organisation Mondiale de la Santé, Dr Michel Yao, explique: «Il s’agit d’une réunion qui intervient dans le cadre de la mission du comité technique pour le transfert des technologies de l’ARN messager. Cette technologie est essentielle, non seulement pour la production de vaccins, mais également pour le développement de traitements innovants contre certaines maladies. Elle s’inscrit dans un contexte marqué par la pandémie de Covid-19, qui a révélé la forte dépendance de l’Afrique vis-à-vis des dons en vaccins. Face à ce constat, l’OMS et certains partenaires, comme le MPP, se sont engagés à promouvoir le transfert de technologies vers le continent africain.»

Dans la même dynamique, les autorités sénégalaises soulignent l’ancrage de ce projet dans les priorités nationales. Dr Mor Diagne, conseiller technique du ministre de la Santé, précise: «Au Sénégal, cette dynamique s’aligne parfaitement avec l’ambition de souveraineté pharmaceutique, considérée comme un pilier majeur de la vision Sénégal 2050, mais aussi inscrite dans la lettre de politique sectorielle du ministère de la Santé. Pour atteindre cet objectif, plusieurs leviers sont nécessaires, notamment la mise en place d’une stratégie globale. Parmi ces axes, le développement du capital humain apparaît comme un élément central. À cet égard, le transfert de technologie de l’ARN messager constitue un levier déterminant, à la fois pour la formation des acteurs et pour le renforcement de leurs capacités techniques.»

Revenant sur le choix du Sénégal comme pays bénéficiaire, l’OMS met en avant son potentiel et ses atouts structurels. Dr Michel Yao ajoute: «Nous nous réjouissons que le Sénégal ait été retenu parmi les pays bénéficiaires de ce programme, avec l’ambition de se positionner à l’avant-garde, non seulement à l’échelle nationale, mais aussi pour toute la région ouest-africaine et le continent africain dans son ensemble. Ce transfert de technologie repose sur un partenariat structuré entre partenaires techniques et financiers, ainsi que des acteurs nationaux, notamment l’Institut Pasteur de Dakar, qui dispose déjà d’une expérience et d’une plateforme dans la production de vaccins. L’objectif est clair: permettre à cet institut de jouer un rôle de premier plan dans la conquête de la souveraineté pharmaceutique.»

Enfin, les responsables du projet insistent sur la dimension industrielle et économique de cette initiative.

Pr Yerim Mbagnick Diop, coordonnateur de l’Unité de gestion du projet de développement de l’industrie pharmaceutique locale, souligne: «Cette initiative s’inscrit dans une volonté affirmée de l’État d’accélérer l’industrialisation du secteur pharmaceutique. Dans cette dynamique, l’UGP se positionne comme une entité clé, chargée de catalyser les efforts en faveur du développement de cette industrie stratégique. Cela passe notamment par la mise en place d’un écosystème complet: une capacité industrielle de production de médicaments, un dispositif de formation des ressources humaines, un appui à la recherche et au développement, mais aussi des mécanismes d’accès au marché. Car au-delà de produire, il est essentiel de pouvoir commercialiser. Enfin, des mesures d’incitation sont également prévues afin de renforcer la compétitivité du pôle industriel sénégalais sur le marché régional africain.»

Au-delà des discours, cette rencontre acte une ambition claire : faire du Sénégal un acteur incontournable de la production pharmaceutique en Afrique. Reste désormais à traduire cette volonté politique en résultats concrets, dans un secteur où l’autonomie sanitaire est devenue un enjeu de souveraineté autant qu’un levier de développement.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 15/04/2026 à 12h21