«Venez-moi en aide! Je suis sur le front en Ukraine, je combats pour la Russie», supplie-t-il dans un message vocal envoyé à ses parents. Un appel qui a fait le tour des réseaux sociaux et suscité un vif émoi dans le pays d’Afrique centrale.
Parti pour suivre une formation militaire, cet étudiant en informatique, qui rêvait de vivre à l’étranger, se retrouve enrôlé de force dans l’armée russe pour combattre en Ukraine.
«Il faut trouver un plan pour me sortir de là rapidement, parce que si on me transfère en première ligne, ça va être très difficile. Une fois là-bas, il n’y aura plus de retour en arrière possible, sauf si la guerre se termine», alerte Masie Nchama Daniel Angel.
Son père raconte que Masie a été contacté par un Camerounais installé en Russie qui lui a vendu une formation militaire assortie d’une promesse d’embauche comme garde du corps.
Aujourd’hui, il se trouve dans une base militaire russe à Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, après avoir quitté en décembre la Guinée équatoriale pour le Cameroun, où il a obtenu en janvier son visa pour la Russie, dont l’AFP a obtenu une copie. Il n’a passé que 45 jours en Russie avant d’être envoyé en zone de guerre.
Le 26 mars, paniqué par la perspective imminente d’être envoyé au front, il contacte sa famille et appelle les autorités à l’aide.
«On nous a promis qu’après une formation militaire de dix mois, on nous donnerait un travail, mais à notre grande surprise, on nous a envoyé au front (..). Je ne sais pas si je vais revenir», souffle-t-il d’une voix pétrie d’inquiétude.
Mobilisation
Après un reportage diffusé sur la télévision nationale et largement partagé sur les réseaux sociaux, le gouvernement équatoguinéen a confirmé dans un communiqué l’existence d’un réseau présumé de recrutement dirigé par un ressortissant camerounais connu sous le pseudonyme de «Fabrice». Ce dernier manipule des jeunes en leur faisant miroiter des formations militaires en Europe de l’Est, avant de les envoyer combattre en Ukraine.
Le gouvernement a également appelé à la mobilisation des acteurs internationaux pour démanteler ce réseau.
Lors d’une rencontre avec l’ambassadeur russe à Malabo le 31 mars, le vice-président a sollicité l’intervention des autorités russes pour la libération et le rapatriement du jeune homme. L’ambassadeur de Russie, Kerén Chalyán, a assuré que Moscou s’engageait à faciliter son retour et proposait une collaboration avec la Guinée équatoriale pour prévenir de nouveaux cas, indique le communiqué.
1.417 Africains enrôlés
L’Ukraine estime que près de 1.800 Africains ont été enrôlés au sein des forces russes.
Mi-février, le collectif All Eyes on Wagner a publié les noms de 1.417 Africains enrôlés par Moscou entre janvier 2023 et septembre 2025 dans le cadre du conflit en Ukraine, dont plus de 300 y sont morts. Les Egyptiens, les Camerounais et les Ghanéens seraient les plus nombreux.
Dans certains cas, des ressortissants africains engagés dans cette guerre ont fait état de manipulations faisant miroiter des formations ou des offres d’emploi, débouchant sur un enrôlement de force dans l’armée russe.
Mardi, le gouvernement camerounais a publié une liste de seize de ses ressortissants morts sur le front en Ukraine après avoir été enrôlés dans l’armée russe.
Et la découverte par des centaines de familles kényanes d’une tromperie semblable à celle vécue par le jeune Equatoguinéen a causé d’importants remous au Kenya.
La Russie s’est engagée à travailler avec le Kenya pour résoudre les cas soulevés par Nairobi, lors d’un voyage du chef de la diplomatie kényane Musalia Mudavadi à Moscou le 16 mars.
Selon son père, Masie est parti avec 36 autres jeunes Africains francophones et un Équatoguinéen. Après une formation de deux mois à Mourmansk, dans le nord de la Russie, les recrues ont été séparées.
«Mon fils est parti à Donetsk tandis que son compatriote a été envoyé ailleurs dans le Donbass», a-t-il expliqué à l’AFP.
Dans un message vocal dont l’AFP a obtenu une copie, il explique avoir été forcé à signer des documents en russe, sans comprendre leur contenu. Son père affirme détenir des preuves - photos, vidéos, audios - attestant de sa présence dans la région de Donetsk, une zone de combats.
La famille a porté plainte et exige une intervention des autorités de Guinée Équatoriale.
Depuis ses derniers messages, ses parents ont eu confirmation que leur fils était toujours en vie par un combattant qu’il aurait relevé au front.
