Guinée. Préfecture de Mali: quand un champignon microscopique détruit les immenses potentiels agricoles

«Malgré les efforts, la maladie continue de faire des ravages»

Le 24/01/2026 à 15h27

VidéoÀ 500 kilomètres de Conakry, dans la préfecture de Mali, l’agriculture est le pilier de l’économie locale. Mais les vastes champs de riz, de maïs et de pomme de terre sont constamment sous une double menace, celles des maladies cryptogamiques et de la faible mécanisation. Les pertes post récolte peuvent atteindre 45% de ce qui aurait dû être commercialisé puis consommé. Le secteur agricole contribue à hauteur de 29% au PIB et emploie 58 % de la population active.

C’est dans la province de Mali que nous avons rencontré Aliou Goullonga Souaré, premier responsable du monde paysan de la région. Après des études supérieures et une carrière dans la gestion des ressources humaines au sein de multinationales comme Vivo Energy, la fibre entrepreneuriale le mène vers l’agriculture.

Aujourd’hui, il produit plusieurs spéculations. Le riz sur une superficie de 35 hectares, du maïs sur 5 hectares et la pomme de terre sur près de 3 hectares. En période de récoltes, il peut compter une dizaine d’agents techniques agricoles et une centaine de journaliers. Une organisation impressionnante, à l’image du potentiel agricole de la zone.

Mais derrière ces chiffres prometteurs, les difficultés sont nombreuses, notamment liées aux pertes qui minent les efforts des producteurs. Aliou Goullonga Souare, président de la chambre préfectorale d’agriculture de Mali en est conscient, «nous avons trouvé beaucoup de difficultés dans la production de la pomme de terre en raison du mildiou, un champignon qui fait des ravages et affecte les producteurs de pomme de terre. Nous avons remonté l’information aux autorités et lors de la visite récente de la ministre de l’Agriculture avec laquelle nous avons eu des échanges approfondis sur la problématique. Aujourd’hui, nous menons des actions pour circonscrire la maladie. Nous avons l’année dernière dépensé près de 100 millions de francs guinéens pour acheminer le produit à Mali».

Malgré ces efforts, la maladie continue de faire des ravages: plus de 400 tonnes d’engrais ont été mobilisées et une banque semencière mise en place … en vain. Beaucoup d’agriculteurs se retrouvent complètement ruinés. C’est le cas de Diakariou Diallo, qui ne cache pas son désarroi «Il nous faut davantage d’accompagnement par des ingénieurs pour évaluer les pertes et surtout les causes. Cette maladie fait des milliers de malheureux. Cette année, j’ai semé une tonne de semence de pomme de terre et j’ai tout perdu. Finalement, je me retrouve désœuvré. Le réveil est difficile. Notre chance aujourd’hui, c’est d’avoir monsieur Aliou Souaré à la tête de la chambre préfectorale de l’agriculture… jeune et bien éduqué qui nous aide à limiter les dégâts».

Au-delà de la lutte contre les maladies qui détruisent les récoltes, un autre combat s’impose désormais comme prioritaire, celui de la mécanisation agricole. Une réponse stratégique pour réduire les pertes post récoltes, estimées à près de 45%. Aliou Goullonga Souare revient sur les efforts consentis dans ce sens, grâce notamment au Projet de développement rural intégré (PEDRI) «à travers ce programme, nous les avons aidés à obtenir de la machinerie pour la production, les labours et la récolte. Les pertes post récoltes s’élèvent à plus de 45%. Lorsque le constat a été fait, nous avons à travers le projet PEDRI fait en sorte qu’il y ait des moissonneuses batteuses semiautomatiques pouvant permettre une récolte convenable et ainsi limiter les pertes».

À Mali, l’agriculture reste une promesse. Une promesse fragile, suspendue entre l’espoir de la modernisation et la réalité brutale des maladies et du manque d’accompagnement technique. Pour les producteurs, la survie du secteur passe désormais par des réponses rapides, durables et adaptées aux réalités du terrain.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 24/01/2026 à 15h27