Dans son atelier de la T7, entre feuilles d’aluminium, outils usés et étincelles de soudure, Sakamou Bah façonne avec minutie ces symboles qui dominent les mosquées: les croissants de faîtage.
Ici, chaque pièce raconte une histoire, celle d’un métier hérité et patiemment appris. Tout commence pour lui il y a plus de 30 ans, à Anta, vers Tombolia. Encore jeune, il observe son père, s’imprègne des gestes et apprend à travailler le métal pour donner naissance à ces ornements qui couronnent minarets et dômes. «Ce métier, on l’exerce de père en fils», confie-t-il simplement.
La fabrication demande rigueur et endurance. Dans un coin de l’atelier, des feuilles de tôle et d’aluminium attendent d’être transformées. «Nous utilisons principalement des tôles ou de l’aluminium. Les feuilles sont achetées, même si l’aluminium reste un peu cher. En principe, nous produisons un croissant de faîtage ou un élément de minaret en deux jours. Pour travailler ces matières, il faut du feu, et parfois de l’électricité pour la soudure», explique l’artisan.
Le travail est exigeant, mais la satisfaction est là. Grâce à ce métier, Sakamou Bah a pu construire sa maison et subvenir aux besoins de sa famille. Pourtant, il insiste que rien ne s’improvise. «Il faut plusieurs années d’apprentissage avant de pouvoir vraiment en vivre», précise-t-il.
Comme dans toute activité, les difficultés ne manquent pas. Le coût des matériaux, notamment, pèse sur les débuts. «Avec un petit budget pour acheter des tôles, si tu travailles avec sérieux, tu peux t’en sortir. Les pièces sont vendues à des prix corrects, entre 250.000 et 400.000 francs guinéens, selon l’accord», détaille-t-il.
Fait remarquable, l’artisan n’a presque pas besoin de démarcher. Les clients viennent à lui. «Nous avons des détaillants qui achètent pour revendre, mais aussi des clients directs qui viennent pour finaliser la construction d’une mosquée. Ils viennent de la Guinée forestière, de la Sierra Leone, et d’un peu partout». Certains jours sont particulièrement fructueux. «Il m’arrive d’écouler jusqu’à 2 millions de francs guinéens en une journée. Une seule personne peut acheter cinq unités à la fois», raconte-t-il.
Lire aussi : Ramadan à Conakry: au marché, le prix de la viande donne la chair de poule
Le nombre de pièces dépend ensuite de l’architecture: une mosquée peut avoir un, deux ou même trois minarets, chacun surmonté de son croissant.
Dans cet atelier discret, loin du tumulte, Sakamou Bah continue de donner forme à ces symboles visibles de loin, mais dont la fabrication reste largement méconnue. Un métier rare, ancré dans la tradition, qui continue de faire briller, au sommet des mosquées, le croissant de faîtage.




