«L’Afrique contée par l’archéologie»: Rabat ouvre le chantier de la souveraineté narrative du continent sur sa propre histoire

L’Afrique contée par l’archéologie, thème d’une journée d’étude à Rabat

Le 04/04/2026 à 08h51

«L’Afrique contée par l’archéologie». Pas révélée. Pas analysée. Contée. Ce choix de mot, au cœur de la conférence organisée à Rabat le 3 avril 2026, dit à lui seul l’enjeu: l’archéologie africaine n’est pas seulement une discipline scientifique. C’est un instrument de récit, et la question de qui tient la plume de ce récit est précisément celle que des générations de chercheurs africains tentent de reprendre à leur compte.

Site de Jebel Irhoud, l’un des plus anciens foyers d’Homo sapiens documentés au monde, civilisations berbères plurimillénaires, carrefour phénicien, carthaginois, romain et islamique...Le Maroc occupe une position charnière dans la géographie archéologique africaine et l’INSAP est l’une des rares institutions africaines à disposer d’une capacité de recherche archéologique autonome de premier niveau. C’est dans ce contexte qu’une conférence scientifique et culturelle sous le thème «L’Afrique contée par l’archéologie», a eu lieu, vendredi à Rabat, à l’initiative du centre culturel «IKLYLE Rabat», relevant de la Fondation Mohammed VI de promotion des œuvres sociales de l’Education-Formation, avec la participation d’éminents chercheurs et experts.

Organisée en partenariat avec l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP), cette manifestation entend contribuer à la valorisation de la richesse et de la diversité du patrimoine archéologique africain, véritable pilier pour comprendre l’Histoire de l’Humanité et l’évolution des civilisations.

Elle vise, également, à ouvrir un débat scientifique et rigoureux sur l’authenticité et l’intégrité du patrimoine archéologique africain, compte tenu des spécificités culturelles et géographiques des différentes régions du continent.

L’événement ambitionne aussi d’identifier les différents acteurs impliqués dans la protection du patrimoine et de mettre en lumière les défis et contraintes auxquels se heurtent les actions de sauvegarde et de valorisation, dans un contexte marqué par l’intensification des conflits armés, le trafic illicite des biens culturels, les changements climatiques et l’urbanisation non maîtrisée.

Il y a dans l’intitulé de cette conférence organisée à Rabat, un mot qui mérite attention: «contée». Non pas «révélée», non pas «documentée» ou «analysée». Contée. Le choix du registre narratif n’est pas anodin dans un champ scientifique où la question de qui raconte l’histoire de l’Afrique, avec quels outils, depuis quels paradigmes et au bénéfice de quelles légitimités, est précisément l’un des débats les plus vifs de la recherche contemporaine.

L’initiative du centre culturel IKLYLE Rabat, en partenariat avec l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP), pose une question structurante formulée avec soin: celle de «l’authenticité et de l’intégrité du patrimoine archéologique africain, compte tenu des spécificités culturelles et géographiques des différentes régions du continent». Cette formulation dit implicitement ce que les archéologues africains répètent depuis des décennies: le patrimoine archéologique du continent a été lu, interprété et parfois approprié à travers des grilles de lecture extérieures (coloniales d’abord, académiques occidentales ensuite) qui n’épuisent pas la richesse et la diversité des réalités qu’elles prétendent décrire.

Que cette conférence se tienne à Rabat n’est pas indifférent. Réunir des chercheurs africains autour de la question de la narration archéologique du continent, c’est contribuer à ce que l’Afrique reprenne la main sur le récit de sa propre profondeur historique. Pas par militantisme, mais par rigueur scientifique. L’archéologie africaine, «véritable pilier pour comprendre l’Histoire de l’Humanité», est aussi le premier argument contre toute tentative de réduire le continent à sa seule contemporanéité.

Intervenant à cette occasion, l’archéologue à l’INSAP, Abderrahim Mohib, a indiqué que le choix de cette thématique vise à souligner le rôle central du continent africain en tant qu’espace géographique fondamental dans l’écriture de l’Histoire de l’Humanité dans ses dimensions culturelle, biologique et géologique.

Les récentes découvertes au Maroc, notamment des ossements humains datant de 315.000 ans, ont permis, selon M. Mohib, de réhabiliter l’Afrique du Nord en tant que maillon essentiel pour comprendre les déplacements de l’Homme ancien à travers le continent jusqu’au bassin méditerranéen.

Dans ce sens, il a mis en avant l’importance de la recherche archéologique, qui permet de fournir les données matérielles nécessaires pour compléter le récit historique de l’être humain en général.

De son côté, le chef du Département des musées à la Fondation nationale des musées (FNM), Abdelaziz El Idrissi, a mis en exergue les dimensions stratégiques de la coopération continentale dans ce domaine, notant que le Maroc a constitué, durant la préhistoire, un passage vital pour les groupes humains vers le bassin méditerranéen.

Ces migrations, a-t-il relevé, ont permis de transmettre des idées et des savoirs ayant contribué à enrichir les interactions civilisationnelles. El Idrissi a affirmé que cet héritage ancestral fait du Maroc un espace privilégié pour la recherche archéologique, au regard de l’ancienneté et de la diversité des découvertes qu’il recèle.

Les autres interventions scientifiques ont donné lieu à des débats approfondis, portant essentiellement sur la mise en valeur de la portée universelle de l’archéologie africaine, ainsi que sur la contribution des sites archéologiques de la région de Casablanca à la compréhension des origines de l’«Homo sapiens».

Par Le360 (avec MAP)
Le 04/04/2026 à 08h51