A la tête de l’ONG baptisée «Urgences panafricanistes» et connu pour ses diatribes radicales contre la France et les pouvoirs africains alliés de Paris, il a été arrêté lundi, en compagnie d’un fils, pour des «faits présumés de facilitation d’entrée illégale au Zimbabwe via le fleuve Limpopo», selon le communiqué de la police sud-africaine.
De son vrai nom, Stellio Gilles Robert Capo Chichi, Kemi Seba, compte 1,5 million d’abonnés sur les réseaux sociaux et se trouve poursuivi au Bénin pour «apologie de crimes contre la sûreté de l’État et incitation à la rébellion».
Né franco-béninois, il a été déchu de sa nationalité française en 2024 et soutient les régimes militaires issus de coups d’Etat au Sahel, hostiles à Paris et proches de la Russie. La junte nigérienne lui a octroyé un passeport diplomatique.
D’après la police-sud-africaine, le duo père-fils avait l’«intention de poursuivre sa route vers l’Europe» depuis le Zimbabwe. «Leur comparution a été reportée au 20 avril 2026 et ils ont été placés en détention provisoire, une procédure d’extradition étant en cours», est-il précisé dans son communiqué.
L’arrestation a eu lieu dans un centre commercial de Pretoria où Kemi Seba a été interpellé en compagnie d’un facilitateur, qui avait reçu 250.000 rands, soit environ 13.000 euros, pour l’aider à traverser la frontière.
Au Bénin, des militaires mutins étaient apparus à la télévision le 7 décembre, annonçant avoir renversé le président Patrice Talon. En réalité, celui-ci, défendu par l’armée béninoise, n’avait jamais été arrêté et le putsch a été déjoué dans la journée avec l’appui des alliés nigérians et français.
Opposant
Ce jour-là, Kemi Seba a salué dans une vidéo « le jour de la libération » de son pays. Farouche opposant de Patrice Talon, il avait été brièvement interpellé en 2019 et en 2023, lors de passages au Bénin.
En octobre 2024, Kemi Seba avait été placé en garde à vue en France en raison de soupçons de «liens» avec le groupe paramilitaire russe Wagner, puis relâché, même si l’enquête du parquet de Paris se poursuivait encore récemment.
Il était notamment interrogé sur des soupçons «d’entretenir des intelligences avec une puissance étrangère (...) de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation».
Un an plus tôt, plusieurs médias avaient publié les Wagner Leaks, issus d’un piratage de documents internes au groupe paramilitaire Wagner, qui indiquaient que son fondateur Evgueni Prigojine, depuis décédé, avait financé et guidé certaines actions de Kemi Seba en Afrique entre 2018 et 2019.
Patrice Talon ne pouvant se représenter après deux mandats, son ministre des Finances Romuald Wadagni, candidat de la majorité a été élu sur un score écrasant de 94% lors de l’élection présidentielle de dimanche.
Au Bénin, l’espace démocratique s’est réduit depuis une décennie, selon de nombreux observateurs. Plusieurs opposants de premier plan ont été condamnés à de lourdes peines de prison par la toute puissante Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), d’autres sont en exil et les réformes des partis ont affaibli l’opposition.
