Sahel: batailles sanglantes entre les branches rivales d’Al-Qaïda et de l’Etat islamique

Tindouf est devenue un vivier de candidats au jihad. Ici, des jihadistes armés d'Aqmi d'Abdelmalek Droukdel qui a fusionné avec les "Al Mourabitoune" de Mokhtar Belmokhtar.

Tindouf est devenue un vivier de candidats au jihad. Ici, des jihadistes armés d'Aqmi d'Abdelmalek Droukdel qui a fusionné avec les Al Mourabitoune de Mokhtar Belmokhtar. . dr

Le 16/10/2026 à 08h00

Des affrontements d’une ampleur inédite opposent depuis plusieurs semaines les branches sahéliennes des jihadistes de l’Etat islamique (EIS) et d’Al-Qaïda (JNIM) dans la zone frontalière à cheval sur le Mali, le Burkina Faso et le Niger, des centaines de morts étant revendiquées.

Les deux groupes qui convoitent les mêmes espaces géographiques et cherchent à contrôler les mêmes routes et les populations locales, s’affrontent régulièrement depuis 2019. Une rivalité qui révèle aussi leur expansion constante au Sahel difficile à endiguer pour les juntes au pouvoir dans ces trois pays qui forment l’AES (Alliance des Etats du Sahel).

«Il s’agit là de la confrontation directe la plus intense à l’échelle mondiale» entre une branche d’Al-Qaida et une organisation affiliée à Daech, selon un rapport d’experts onusiens adressé début août au Conseil de sécurité.

Et depuis septembre, les combats entre l’Etat islamique au Sahel (EIS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin) ont atteint des niveaux de violence inédits.

Lundi, l’EIS a affirmé avoir tué plus de 400 combattants du JNIM, dont «plusieurs chefs», lors d’affrontements vendredi dernier dans la province burkinabè d’Oudalan (nord), à la frontière du Mali et du Niger, un bilan que l’AFP n’a pu vérifier de manière indépendante.

S’il est avéré, il dépasse le précédent «record» revendiqué par le groupe début septembre lorsque l’EIS avait affirmé avoir tué plus de 200 combattants du JNIM, toujours dans le nord du Burkina Faso, ajoutant avoir également capturé puis exécuté une trentaine d’autres.

«Si ce bilan est confirmé, il s’agira alors de la bataille la plus meurtrière jamais enregistrée entre les deux groupes», dit à l’AFP Héni Nsaibia, analyste à l’ONG Acled, spécialisée dans la collecte et l’analyse de données sur les conflits armés dans le monde.

Environ 2.200 morts depuis 2019

De 2019 à septembre 2026, les deux groupes se sont affrontés dans «plus de 320 batailles» ayant fait «environ 2.200 morts», souligne t-il.

Selon Wamaps, un collectif de journalistes ouest-africains, les derniers combats entre le JNIM et l’EIS ont éclaté le 9 octobre dans la zone des trois frontières, entre le cercle malien de Tessit, à l’ouest de Ménaka, et les localités du nord burkinabè d’Arbinda et de Tin-Akoff.

Dans cette zone, à cheval sur le Mali, le Burkina Faso et le Niger, les deux groupes se disputent «le même espace vital potentiel et les mêmes bassins de recrutement» et se livrent à une «course au contrôle des frontières entre les trois pays», explique dans une étude récente Wassim Nasr, spécialiste des mouvements jihadistes et chercheur associé au Soufan Center.

Longtemps cantonnés au Mali et au Burkina Faso, les affrontements se sont étendus ces derniers mois à l’ouest du Niger et même au nord-ouest du Nigeria, selon Héni Nsaibia.

Depuis son bastion malien de Ménaka, l’EIS a étendu son influence vers les régions nigériennes de Tahoua, Dosso et Maradi, jusqu’aux frontières du Nigeria, facilitant les transferts de combattants, d’équipements et de compétences avec l’ISWAP, la branche de l’État islamique active dans le bassin du lac Tchad, selon l’étude du Soufan Center.

Deux visions du jihad

Derrière leur rivalité se cachent deux visions du jihad : si le JNIM mène des exactions contre des civils, il privilégie l’enracinement local, en tissant des alliances avec les communautés et en concentrant la majorité de ses attaques sur les forces étatiques, tandis que l’EIS adopte une ligne plus rigoriste et transnationale, n’hésitant pas à prendre pour cible tous ceux qui s’opposent à son autorité dans le cadre de son projet de califat mondial, explique Hasret Kargin, chercheur spécialiste du Sahel.

Ces «tensions idéologiques et stratégiques persistantes» entre les deux groupes se reflètent dans «le nombre de défections», bien que limité, d’éléments du JNIM partis rejoindre l’EIS, indique le rapport d’experts onusiens.

En juillet, le JNIM avait revendiqué avoir abattu l’un de ses commandants qui avait fait défection pour rejoindre l’EIS.

Mais malgré les lourdes pertes que lui attribue l’État islamique, le JNIM demeure «la principale menace terroriste» au Sahel, selon les experts onusiens, qui estiment ses effectifs entre 7.000 et 8.000 combattants contre «2.000 membres» de l’EIS.

«De nombreuses informations indiquent que le JNIM a redéployé d’importants renforts dans la zone depuis d’autres régions. En tenant compte du nombre total de ses combattants dans le Sahel et de sa puissance comparée à celle de l’EIS, le groupe lancera lui aussi de violentes contre-attaques dans les prochains jours», prédit Hasret Kargin.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 16/10/2026 à 08h00