À Bargny, le constat est glaçant. Ndeye Yacine Dieng, debout face à l’océan, les yeux rivés sur ce qu’il reste des maisons. Elle n’avait que ses yeux pour pleurer face à l’ampleur des dégâts et au désarroi des populations.
«Bargny fait partie des zones les plus vulnérables face au changement climatique. Les experts parlent d’une avancée de la mer de 1 à 3 millimètres par an», confie-t-elle.
Autour d’elle, le paysage raconte la même tragédie. «Les trois quarts de plusieurs maisons sont engloutis. Les cimetières ont disparu, les mosquées ont été emportées. Si rien n’est fait, Bargny va disparaître».
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Cette montée des eaux menace l’existence même de certains pays à travers le monde. Les scientifiques expliquent ce phénomène par l’élévation des moyennes de la température terrestre. «Les océans absorbent une grande partie de cet excès de chaleur. L’eau plus chaude augmente de volume, un processus connu sous le nom de dilatation thermique, qui contribue de manière significative à l’élévation du niveau de la mer» alertent les Nations Unies qui estiment à environ 900 millions de personnes à travers le monde, soit un habitant de sur dix, qui vivent à proximité de la mer.
Et le Sénégal n’est évidemment pas épargné par ce phénomène planétaire. En juillet 2024, la Banque mondiale
avertissait que «le Sénégal possède 700 km de littoral atlantique et 60% de sa population vit dans les zones côtières; le pays est donc particulièrement vulnérable à la montée du niveau des océans et aux ondes de tempêtes.»
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Le ministère sénégalais de l’Environnement et du développement durable estime que l’érosion côtière se traduit par un recul du trait de côte en moyenne entre 0,5 et 2 mètres par an.
Une alerte que partagent les acteurs engagés sur le terrain. Fadel Wade, coordonnateur des acteurs pour une justice climatique, décrit un combat inégal. «Nous vivons un véritable calvaire. Chaque année, les mêmes scènes se répètent, et les populations n’ont que des moyens dérisoires pour se défendre», explique-t-il.
Pneus usés, sacs de sable… des solutions de fortune face à la puissance de l’océan. «Nous ne faisons que constater, impuissants. Et pourtant, si rien n’est fait rapidement, Bargny pourrait disparaître bien avant 2050», prévient-il.
Les données scientifiques confirment cette inquiétude. Selon l’expert en écologie Larry Gueye, le recul du trait de côte atteint en moyenne plus de 2 mètres par an. «En près de 80 ans, la mer a reculé de 156 mètres. Bargny est une zone sableuse extrêmement vulnérable, exposée à des tempêtes répétées. À ce rythme, d’ici 2100, la mer pourrait atteindre la route nationale», explique-t-il.
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Derrière ces chiffres, c’est toute une économie qui vacille. À Bargny, près de 70% des activités dépendent de la mer.
Pêche, transformation, commerce… autant de moyens de subsistance aujourd’hui menacés par cette avancée inexorable.
Face à l’urgence, les populations attendent des réponses concrètes. Mais pour l’heure, entre promesses et déni, la mer, elle, continue d’avancer.
