Fallou Samb, syndicaliste et acteur du transport, dénonce des incohérences dans l’application des textes. «La tracasserie routière… on avait un décret du président Macky Sall, accompagné d’un arrêté interministériel qui définissait clairement les postes de contrôle. Et cela correspond aux directives de l’UEMOA, appliquées dans les autres pays. On ne peut donc pas comprendre qu’un décret présidentiel, suivi d’un arrêté interministériel, soit remis en cause par une simple correspondance d’un directeur de la sécurité publique. Et puis, aujourd’hui, on nous interdit de circuler à partir de minuit.»
Amedine Sy: président de la Gare Routière de Rufisque explique: «On a eu plusieurs rencontres avec le ministre, la dernière en date remonte à dimanche dernier. Le ministre dit être surpris qu’on continue notre grève, mais il ne pouvait en être autrement parce qu’il n’a fait aucune communication officielle. S’il y a eu entente, comme il l’a dit, il devait communiquer.»
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Une situation qui a de lourdes conséquences sur les voyageurs, plongés dans un désarroi total. Mariama Sall, rencontrée à la gare, témoigne de son calvaire. «C’est dur pour les Sénégalais. Nous sommes ici depuis le matin. Je souhaite me rendre à Saint-Louis, mais je n’y arrive pas à cause de cette grève. Ils doivent penser aux personnes qui doivent accompagner des malades, d’autres doivent se soigner. La grève dure depuis 10 jours, chacun veut voyager mais reste bloqué. Les rares véhicules qui circulent augmentent leurs tarifs, et ceux qui n’en ont pas les moyens sont obligés de rester.»
Du côté des chauffeurs, le mouvement est suivi malgré les difficultés. Tous expriment un profond ras-le-bol face à ce qu’ils considèrent comme un manque de considération des autorités. Yoro Sarr, chauffeur, se montre déterminé. «Chaque personne a senti l’impact de cette grève qui impacte tous les secteurs. Hier, en quittant Touba pour Dakar, sur toute la route, je n’ai croisé qu’un seul véhicule de transport. Le pays est à l’arrêt, on se croirait en pleine période de Covid-19. Je ne pensais pas que l’État avait si peu de considération pour les transporteurs et pour les Sénégalais. On ne parle plus de 24 ou 48 heures de grève, mais d’une grève illimitée. Tant que l’État ne nous écoute pas, nous continuerons. Nous avons même mis en place une caisse de solidarité pour soutenir nos camarades dans le besoin, afin qu’ils ne cèdent pas.»
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Malgré plusieurs rounds de négociations, la situation reste bloquée. La Fédération des syndicats routiers du Sénégal a décidé de maintenir son mot d’ordre de grève, en dépit des avancées enregistrées avec le ministère des Transports terrestres et aériens.
Sur les dix points de revendication, six ont fait l’objet d’accords jugés significatifs, sans toutefois convaincre les syndicats de suspendre le mouvement.
Parmi les progrès annoncés figurent la modernisation du contrôle technique avec l’introduction de bancs mobiles dans les régions, la normalisation des contrôles routiers pour réduire les abus, ainsi qu’un processus de régularisation administrative des véhicules. Le gouvernement prévoit également une harmonisation des contrôles des forces de défense et de sécurité et une réforme en profondeur des gares routières.
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Un comité tripartite réunissant l’État, les syndicats et les acteurs du secteur a été mis en place pour poursuivre les concertations.
Mais sur le terrain, ces annonces peinent encore à convaincre. Entre promesses de réformes et exigences de garanties concrètes, la méfiance persiste. Et pendant que les discussions se poursuivent, c’est tout un pays qui continue de tourner au ralenti, suspendu à l’issue d’un bras de fer dont personne, pour l’instant, ne voit clairement la fin.
