«L’hôpital universitaire (de) la capitale du Darfour-Est, El-Daein, a été frappé, faisant au moins 64 morts, dont 13 enfants, deux infirmières, un médecin et plusieurs patients», a déploré Tedros Adhanom Ghebreyesus samedi soir sur X.
L’attaque survenue vendredi a impliqué «des armes lourdes» et frappé un établissement de soins de santé secondaires, touchant également des fournitures et des stocks, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
D’après l’ONG Emergency Lawyers, un groupe indépendant qui documente le conflit entre l’armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), «deux drones appartenant à l’armée ont bombardé» cet hôpital universitaire qui traitait des milliers de patients de la région.
Les FSR, dans un communiqué publié samedi, ont accusé l’armée d’avoir frappé avec des drones turcs de type «Akinji» les services pédiatriques et gynécologiques de l’hôpital, provoquant des dégâts considérables et «compliquant la situation humanitaire dans la région».
L’armée soudanaise a pour sa part assuré dimanche «respecter les normes et le droit internationaux» et, sans accuser directement les FSR de la frappe sur l’hôpital d’El-Daein, a souligné dans un communiqué que ce type d’acte est «une activité quotidienne» des paramilitaires.
La guerre sans merci qui oppose au Soudan depuis 2023 l’armée et les FSR s’est intensifiée ces derniers mois avec une multiplication des frappes de drones des deux camps sur des zones résidentielles peuplées, des écoles ou des hôpitaux.
«Assez de sang»
Les Nations-unies appellent depuis des mois à une trêve humanitaire et exhortent ses Etats membres à stopper toute livraison d’arme aux deux camps, en vain jusqu’à présent.
Quasiment inaccessible à toute forme d’aide depuis plusieurs mois, l’immense région du Darfour, enclavé entre le Sud-Soudan, la Centrafrique et le Tchad, est aujourd’hui en grande partie aux mains des paramilitaires, tandis que l’armée contrôle l’est, le centre et le nord du Soudan.
El-Daein, la capitale de l’Etat du Darfour-Est contrôlée par les FSR, est régulièrement la cible de l’armée, qui tente d’éloigner les paramilitaires du corridor central du Soudan. Une frappe précédente, en mars, sur le marché d’El-Daein, avait enflammé des barils de pétrole qui ont brûlé pendant des heures.
Sourds aux appels au cessez-le-feu, les deux camps ont multiplié ces derniers mois les frappes aériennes et les attaques au sol dans le centre, le sud et l’est du pays mais aussi à l’ouest du Darfour, à la frontière avec le Tchad, où une attaque de drone a fait 17 morts mercredi soir. L’armée et les FSR se sont mutuellement accusées de cette frappe.
«Assez de sang a été versé. Assez de souffrances ont été infligées. Il est temps de désamorcer le conflit au Soudan et de garantir la protection des civils, des soignants et des humanitaires», a plaidé sur X le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Près de trois ans de guerre au Soudan ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts et déplacé plus de 11 millions de personnes, provoquant ce que l’ONU qualifie de pire crise humanitaire au monde.
Selon le décompte de l’OMS, 2.026 personnes ont été tuées lors de 213 attaques sur des établissements de santé du Soudan depuis le début du conflit en avril 2023.
Alors que l’ONU s’inquiète du risque de régionalisation du conflit, la frontière avec le Tchad a été fermée fin février face aux «incursions répétées» de groupes armés soudanais sur son territoire.
