CAN 2025. Le Sénégal déchu de son titre: «Tardive mais fondée», la décision de la CAF décortiquée par des journalistes à Conakry

Le sélectionneur du Sénégal, Pape Thiaw, ordonne à son équipe de quitter la pelouse après lors de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations face au Maroc, au stade Moulay Abdellah, le 18 janvier 2026.. 2026 Icon Sport

Le 18/03/2026 à 13h23

VidéoPour des journalistes sportifs interrogés à Conakry, ce n’est pas tant l’attribution du titre de champion d’Afrique au Maroc qui pose problème, mais le délai de deux mois qu’a mis la CAF pour prendre sa décision.

Deux mois après la finale de la CAN 2025, la Confédération africaine de football (CAF) a décidé d’annuler la victoire du Sénégal pour attribuer le titre au Maroc sur tapis vert.

En cause: les incidents survenus lors de la finale, notamment la sortie des joueurs sénégalais du terrain en contestation d’une décision arbitrale.

Le 18 janvier plusieurs joueurs sénégalais avaient quitté la pelouse lors de la finale disputée à Rabat, en protestation contre une décision de l’arbitre. Une interruption qui aura duré de 15 longues minutes.

Pour certains observateurs guinéens, le délai de deux mois avant la prise de décision interroge alors que tout le monde était passé à autre chose et que le Sénégal a fêté son sacre. «Ces deux mois c’était peut-être le temps qu’il fallait pour réunir toutes les preuves avant de prendre une décision», analyse Mohamed Lamine Touré, journaliste sportif.

Malgré cette réserve sur le timing, plusieurs analystes estiment que la décision repose sur une base réglementaire solide. «En donnant le Maroc vainqueur et rétabli dans ses droits, je pense que c’est le règlement qui a été respecté. Lorsqu’une équipe adopte un comportement comme celui du Sénégal en finale, la sanction s’applique tout simplement», poursuit-il, tout en reconnaissant qu’une décision «peut-être entachée d’irrégularités» dans son interprétation.

Sur le fond, certains observateurs dénoncent surtout une atteinte à l’image du football africain. «Pendre une décision deux mois après une finale, moi, je ne comprends pas. Mais sur la forme et sur le fond, je suis parfaitement d’accord avec la décision, parce que ce qui s’est passé ce jour-là n’était pas respectueux du football africain ni du football mondial», affirme de son côté Sayon Kourouma, journaliste sportif.

Pour lui, comme pour d’autres, les événements de la finale ont terni l’image du continent, alors même que «les yeux du monde étaient rivés sur l’Afrique».

Le jury d’appel de la CAF justifie sa décision en application des articles 82 et 84 du Règlement de la CAN, selon lequel si une équipe «refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match», «elle sera considérée perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours».

Face à cette décision, le Sénégal ne compte pas en rester là. «Maintenant, le Sénégal a décidé de saisir le Tribunal arbitral du sport, et nous attendons de voir la suite. C’est vrai qu’elle fait polémique, mais je pense que c’est une décision qui va dans le sens du respect de ce qui est écrit dans le règlement de la Confédération africaine de football», souligne à nouveau Mohamed Lamine Touré.

La bataille se déplace donc désormais sur le terrain juridique. En saisissant le Tribunal arbitral du sport (TAS), les autorités sénégalaises espèrent faire annuler une décision qui continue de diviser l’opinion publique africaine, entre respect strict des règlements et reconnaissance du résultat acquis sur le terrain.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 18/03/2026 à 13h23