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Pétrole: le FMI table sur un baril sous les 45 dollars jusqu'en 2023, une catastrophe pour les producteurs africains

Mise à jour le 15/04/2020 à 17h48 Publié le 15/04/2020 à 13h19 Par Moussa Diop

#Economie
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#Algérie : A peine l’accord de réduction de la production consommé, sans grands effets sur les cours, voilà que les experts du Fonds monétaire international (FMI) avancent que le cours du baril de l’or noir devrait rester bas jusqu’en 2023. Les perspectives s'annoncent sombres pour les producteurs africains.

L’espoir d’une reprise forte du cours du baril de pétrole n’a pas eu lieu en dépit de l’accord historique entre les pays de l’OPEP+ sur une importante réduction de la production mondiale du brut.

Pire, selon les experts du Fonds monétaire international, qui ont élaboré leur rapport publié ce mardi 14 avril, bien avant l’accord entre les membres de l’OPEP et les autres producteurs de pétrole non membres de ce cartel portant sur une forte réduction de la production pour soutenir le cours, le prix du pétrole ne devrait pas retrouver ses niveaux d’avant la crise du coronavirus, au-dessus des 60 dollars. Pour eux, dans leur rapport publié ce mardi 14 avril, le cours du baril de pétrole devrait rester inférieur à 45 dollars jusqu’en 2023. Un niveau qui est de 25% inférieur au prix moyen du baril de pétrole enregistré en 2019.

Non seulement il s’agit d’un prix du baril qui est très bas, mais le fait que ce niveau du cours s’étale sur une si longue période risque d’impacter durablement les recettes et finances des producteurs de pétrole africains, particulièrement ceux qui n’ont pas su diversifier leurs économies durant les années de flambée des cours du baril de pétrole.


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Plusieurs facteurs expliquent cette prévision pessimiste. D’abord, la conjoncture actuelle n’est pas favorable. En effet, à cause de l’impact économique du Covid-19 et du ralentissement de la croissance de l’économie chinoise bien avant le déclenchement de la pandémie, la demande mondiale de pétrole n’a cessé de chuter, tirant du coup les cours vers le bas. 

Pourtant, les pays de l’alliance de l’OPEP+ (OPEP et producteurs non membres de l’OPEP), après une baisse des cours du baril autour des 20 dollars, dans le sillage de la contraction de la demande de l’économie mondiale due à la crise du coronavirus, amplifiée par la guerre des parts de marché entre la Russie et l’Arabie Saoudite, deuxième et troisième producteurs mondiaux de l’or noir, se sont accordés dimanche dernier sur une réduction de leur production de 9,7 millions de baril/jour en mai et juin pour stopper l’effondrement des cours. L’impact a été globalement faible.

Le prix du baril a même chuté le mardi 14 avril, descendant une nouvelle fois sous la barre des 30 dollars (-10,3% à 20,11 dollars pour le baril de West Texas Intermediate (WTI) et -7% à 29,60 dollars pour le baril de Brent), et ce en dépit des déclarations des dirigeants saoudiens sur une nouvelle baisse encore plus importante de la production de pétrole atteignant 19,5 millions de barils.


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L’échec de faire remonter les cours malgré le retrait d’environ 10% de l’offre mondiale s’explique par le plongeon de 20 à 30% de la demande mondiale. Et du coup, l’offre de pétrole demeure encore très largement supérieure à la demande.

Ensuite, les cours ne peuvent pas fortement remonter à cause d’une surproduction mondiale de l’or noir et ce depuis que les Etats-Unis en sont devenus le premier producteur mondial grâce au pétrole de schiste. Une situation qui perdurera encore quelques années avec les nouvelles découvertes pétrolières, notamment dans de nombreux pays africains, qui pourront entrer en production d’ici 2022.

En outre, la tendance devrait se poursuivre dans les années à venir avec le développement des véhicules électriques qui pourront représenter jusqu’à plus de 90% du parc automobile dans les pays développés et émergents d’ici 2040. De même, un peu partout, les énergies renouvelables gagnent du terrain au détriment des énergies fossiles et donc du pétrole.


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Tous ces facteurs militent pour un cours du baril de pétrole globalement bas dans les années à venir, même si des pics des cours peuvent être observés selon la vigueur de la reprise de l’économie mondiale avant d’être absorbés par des augmentations de production de pays pétroliers à la recherche de parts de marché.

En tout cas, les conséquences d’un prix du baril inférieur à 45 dollars d’ici 2023 seront catastrophiques pour les pays africains producteurs et exportateurs de pétrole, notamment les Etats qui ne dépendent que de cette seule rente.

Et pour cause, tous les producteurs africains avaient misé sur des cours du baril supérieur à une moyenne de 50 dollars lors de l’établissement de leur budget 2020 et s’attendaient à de meilleures perspectives pour les années à venir. Et ce d’autant qu’en plus du cours bas du baril, les pays africains sont obligés de baisser drastiquement leur quote-part au niveau des exportations dans le cadre des accords de réduction de la production convenue par les pays de l’OPEP+.


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Ainsi, le Nigeria s'était engagé à réduire ses exportations de 420.000 barils/jour, alors que l'Algérie devait en réduire 200 000 b/j. Et ce avant cette nouvellle décision saoudienne de doubler la réduction de la production pétrolière de 9,5 à 19 millions de barils/jour. C'est dire que les producteurs africains seront appelés à faire un effort supplémentaire de réduction de leur production. 

Du coup, les perspectives de croissance qui n’étaient pas reluisantes pour les producteurs de pétrole africain, notamment les pays rentiers comme l’Algérie, le Nigeria, l’Angola, pour ne citer que les plus importants producteurs de pétrole africains, à cause de l’impact du coronavirus, s’assombrissent pour plusieurs années. Ce sont tous les projets d’envergure, notamment en matière d’infrastructures nécessaires au développement de ces pays qui seront mis en veilleuse. De même, les pays seront obligés de s’endetter encore dans des conditions loin d’être favorables avec des taux élevés du fait des dégradations de leurs notations par les agences de rating.

Ainsi, pour l’Algérie dont le pétrole représente plus de 95% des recettes d’exportation et plus de 60% des recettes budgétaires, un baril au cours moyen à 45 dollars est une catastrophe. Cela se traduira par un rapide épuisement des réserves en devises du pays qui sont déjà descendus sous la barre des 60 milliards de dollars et un creusement inquiétant du déficit budgétaire et ce malgré les gels de nombreux projets et une coupe de 30% du budget de fonctionnement. Une situation qui risque aussi de remettre en question le programme du président Abdelmadjid Tebboune et entraîner des tensions sociales.


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Au même titre que l’Algérie, la situation sera aussi très difficile pour l’Angola dont l’économie n’arrive pas à se remettre de presque 40 ans de présidence de Dos Santos et famille. La forte dépendance du pays du pétrole et de la Chine risque d’aggraver la situation économique et sociale déjà difficile du pays.

Cela est également valable pour le Nigeria, même si la première puissance économique africaine est relativement moins dépendante du pétrole que l’Algérie et l’Angola. A ce titre, il faut souligner que le FMI table pour le Nigeria sur une récession avec une évolution du PIB de -5,9% au titre de l’année en cours.

Bref, le coronavirus et les cours très bas du pétrole impacteront négativement les producteurs de pétrole africains qui tireront, peut-être cette fois-ci les conséquences en lançant des programmes de diversification de leurs économies et sortir du tout pétrole.
Le 15/04/2020 Par Moussa Diop