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Algérie: accélération des expulsions des migrants subsahariens dans le désert

Mise à jour le 20/03/2018 à 19h39 Publié le 20/03/2018 à 19h35 Par Karim Zeidane

#Société
migrants subsahariens
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#Algérie : L’Algérie poursuit les arrestations et expulsions de migrants subsahariens. Des centaines d'entre eux viennent d'être emmenés dans le désert, aux frontières du Niger et du Mali, confirmant le durcissement continu de la politique migratoire algérienne.

Kiosque le360 Afrique: L’Algérie a donné un coup d’accélérateur à sa politique d’expulsions de migrants subsahariens. Plusieurs signes montrent qu’Alger a repris les expulsions massives de ces migrants. Ainsi, selon lemonde.fr, «entre le 3  le 13 février, plus de 500 personnes ont ainsi été expulsées à la frontière avec le Niger». Le 1er mars courant, plusieurs Subsahariens qui travaillaient comme ouvriers ont été arrêtés à Ghardaïa et conduits à la frontière avec le Mali.

Ces expulsés ont par la suite affirmé avoir longuement marché dans le désert, avant d'arriver finalement, vers les 6 et 7 mars courant à Gao, dans le nord-est du Mali. Ce lot était composé de Maliens et de ressortissants d’autres pays de la sous-région. Ils ont affirmé avoir été attaqués lors de la traversée du désert. Certains d’entre eux ont participé au saccage l’ambassade d’Algérie à Bamako le 12 mars courant, protestant contre la manière dont ils ont été expulsés.


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Le 4 mars, ce sont 1.000 migrants qui ont été enregistrés à Agadez par l’International rescue committee au Niger. Et le 15 mars, d’après l’OIM, ce sont 369 migrants dont des Maliens et des Guinéens qui ont été secourus à la frontière nigérienne, dont certains étaient «en colère», «apeurés» et «traumatisés».

Par ailleurs, les rafles des Subsahariens ne faiblissent pas au niveau de la capitale. Ainsi, «entre le 7 et le 11 mars, plusieurs dizaines de migrants ont été arrêtés sur différents chantiers de la capitale. Certains travaillaient sur des immeubles du quartier chic de Sidi Yahia et des logements sociaux construits par une entreprises turque de la banlieue ouest», souligne lemonde.fr. Les policiers armés de matraques sont venus la nuit sur le chantier pour arrêter les migrants et pourchassaient certains dans les rues.

Enfin, le 17 mars, les premières interpellations ont eu lieu à Oran, deuxième ville du pays. «Vers 5 heures du matin, les forces de l’ordre ont déboulé dans nos habitations, témoigne un migrant ivoirien qui demande à rester anonyme. Ils nous ont demandé nos papiers. Ils cherchaient des Nigériens». Ironie du sort, la veille, le Wali (gouverneur) d’Oran, souligne lemonde.fr, distribuait, avec le Croissant rouge algérien, des couvertures et des roses à des migrantes nigériennes.


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Par ailleurs, malgré les critiques, les procédures d’expulsions inhumaines des migrants n'ont pas changé. Les migrants qui ont été arrêtés dans différentes villes algériennes sont ensuite emmenés à Tamanrasset, localité située à 1.800 km au sud d’Alger. Dans ce qui est considéré comme un camp, les migrants sont rassemblés dans des conditions inhumaines pendant plusieurs jours, avant leur expulsion.

Déjà affaiblis par de dures conditions de détention, ils sont par la suite transportés dans des camions jusqu’à la frontière avec le Niger où ils sont ensuite abandonnés à quelques encablures de la frontière entre les deux pays, et forcés à quitter rapidement le sol algérien.

Ces expulsions, via le territoire nigérien, ne concernent pas seulement les ressortissants de ce pays, comme le suggère l’accord signé entre les deux pays en 2014. Cet accord permettait à Alger d’arrêter et d’expulser les Nigériens qui mendient dans les différentes villes d’Algérie. Pour Alger, «ces hommes, femmes et enfants sont utilisés par un réseau bien organisé, proche des réseaux de trafic et de terrorisme».


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Seulement, profitant de cet accord conclu avec le Niger, les autorités algériennes ont, depuis décembre 2016 utilisé ce canal pour expulser aussi des ressortissants d’autres pays d’Afrique subsaharienne.

Du coup, face à l’afflux des expulsions de migrants de différentes nationalités via le Niger, le ministre nigérien de l’Intérieur avait fini par dénoncer cette attitude. «Nous avons eu de longues discussions avec les autorités algériennes, à l’occasion desquelles nous leur avons demandé de ne plus renvoyer de migrants du Mali, de Guinée et d’autres pays», a déclaré Mohamed Bazoum, le 21 février 2016. Ce jour-là, on comptait 770 migrants expulsés non-Nigériens.

Reste qu’Alger, qui a élargi les expulsions via le territoire malien, ne respecte pas cet engagement et continue aussi à expulser les ressortissants des autres pays africains via le Niger et le Mali.
Le 20/03/2018 Par Karim Zeidane