Fermer

Algérie: l’échec de l’industrie automobile fait exploser les importations de produits non assemblés

Mise à jour le 03/10/2018 à 16h12 Publié le 03/10/2018 à 15h54 Par Karim Zeidane

#Economie
automobile
© Copyright : DR

#Algérie : Les importations des collections CKD (Completely knocked down, produits non assemblés), destinés à l’industrie de montage des véhicules de tourisme ont explosé durant les 8 premier mois de l’année en cours. Cette situation s’explique par la non-intégration de ce secteur à l’économie algérienne.

La voiture «Made in Algeria» est encore un leurre, malgré les annonces de la présence sur le sol algérien d’un certain nombre de constructeurs automobile (Renault, Hyundai, Volkswagen, etc.). Encouragé ces dernières années par tous les moyens, notamment par les restrictions aux importations de véhicules et par une série d’incitations, l’industrie automobile algérienne repose aujourd’hui encore uniquement sur les importations de kits automobiles qui sont assemblés sans valeur ajoutée locale.

Conséquence, aux importations de véhicules automobiles neufs se sont substituées les importations des collections CKD –Completely knocked down, produits non assemblés-, destinées à l’industrie de montage des véhicules. Il s’agit globalement de kits automobiles complets qui sont importés en kits pré-montés. C’est le cas notamment des véhicules Hyundai importés auxquels on ne monte en Algérie que les roues.


LIRE AUSSI: Algérie: industrie automobile: fiasco total pour la voiture «locale»


Du coup, les importations de véhicules finis sont tout simplement remplacées par des importations des collections CKD. Une situation qui se reflète clairement au niveau de la facture des importations.

Ainsi, selon les données de la douane algérienne, la facture d’importation des collections CKD destinées à l’industrie de montage des véhicules de tourisme a dépassé 1,83 milliard de dollars au titre des 8 premiers mois de l’année en cours, contre 936,86 millions de dollars pour la même période de l’année dernière, soit une hausse de 95,75% (897 millions de dollars).

Et concernant les importations de véhicules de transport de personnes et de marchandises, et de collections CKD, leur facture s’est établie à 386,2 millions de dollars, en progression de 19,33% (+62,55 millions de dollars).


LIRE AUSSI: Algérie. Automobile: «Made in Algérie», entre le diktat des concessionnaires et l’absence d’une vision de l'Etat


Au total, la facture des importations des collections CKD destinées à l’industrie de montage de ces deux types de véhicules et aux importations de véhicules de transport de personnes et de marchandises (produits finis) s’est établie à 2,22 milliards de dollars, contre 1,26 milliard de dollars à la même période de l’année dernière, soit une hausse de 76%.

C’est à dire que d’ici la fin de l’année, les importations de CKD pourraient dépasser la barre des 3 milliards de dollars, l’équivalent des importations de véhicules neufs en 2015, soit 3,02 milliards de dollars suite à l’importation de 255 236 véhicules neufs. Or, pour l’année en cours, la production locale ne devrait pas dépasser la moitié de ce chiffre. Pour résumer, pour la même facture, l'Algérie produit la moitié de ce qu'elle importait auparavant.

En 2017, pour les 90.000 unités assemblées en Algérie, les opérateurs avaient importé des kits pour l’équivalent de 1,8 milliard de dollars, un chiffre qui était en hausse de 100% par rapport à l’année précédente. A titre indicatif, les importations de 93.000 véhicules en 2016 avaient coûté moins d’un milliard de dollars.


LIRE AUSSI: Automobile: comment le Maroc a ravi à l’Afrique du Sud la place de numéro 1 africain


En clair, avec ces données, on voit clairement que la politique industrielle du secteur automobile suivie jusqu'à présent est un échec patent. L’objectif de réduction des sorties de devises grâce à une production locale n’a pas produit les effets escomptés étant donné que les importations de véhicules neufs ont été remplacés par les kits de véhicules, autrement dit, on se retrouve avec des importations déguisées de véhicules avec une facture salée.

Une situation qui atteste de la faible intégration du secteur automobile à l’économie algérienne, consécutive à l’absence d’un écosystème de fournisseurs et d’équipementiers automobiles. Ainsi, le taux d’intégration des unités installées en Algérie sont compris, au plus, entre 0 et 10%. Un véritable fiasco quant on sait que ces véhicules sont aussi vendus entre 20 et 30% plus chers que ceux qui étaient importés auparavant.
Le 03/10/2018 Par Karim Zeidane