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Algérie: l'Armée, le 5e mandat et maintenant les intégristes islamistes

Mise à jour le 08/08/2018 à 17h27 Publié le 08/08/2018 à 08h59 Par Mar Bassine

#Politique
Algérie: l'Armée, 5e mandat et maintenant les intégristes islamistes
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#Algérie : Les partisans du régime veulent que Bouteflika soit maintenu sur son fauteuil présidentiel, alors que les Islamistes commencent à sortir de l'ombre, après 20 ans d'hibernation. Un éventuel arbitrage de l'armée pourrait réveiller les démons de la décennie noire des années 1990.


Alors que les partisans d'un cinquième mandat de Bouteflika et ceux d'un retour de l'armée au pouvoir se regardent en chien de faïence, voila que les islamistes s'invitent dans le jeu politique algérien. Ce cocktail détonnant ne prédit pourtant rien de bon, mais il commence à être une réalité avec laquelle les uns et les autres composent bien malgré eux. 

Quand Abderrazak Makri a appelé le général Gaïd Salah, chef d'état-major des Armées et vice-ministre de la Défense, à prendre le pouvoir, un vent de panique a soufflé chez les partisans du cinquième mandat. Ahmed Ouyahia et Djamel Ould Abbès ont multiplié les sorties. L'un allant à la rencontré des alliés politiques pour essayer de faire bloc autour de cette idée indéfendable de la continuité du pouvoir autour de Bouteflika. Et l'autre, essayant de rassembler jusqu'au plus improbables adversaires politiques. 

Bien évidemment, le Premier ministre algérien, Ouyahia, et le secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), Ould Abbès, ont senti leurs intérêts menacés. Car, une prise de pouvoir par l'armée signifie de facto, la perte de leurs privilèges. Par conséquent, il faut que Bouteflika soit maintenu sur son fauteuil présidentiel pour qu'ils gardent leur part de pouvoir. 
 


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Mais, au-delà, c'est tout le régime algérien qui se soucie de sa chute ou non. Au sein de la large coalition au pouvoir, on n'a entendu aucun ministre ni député se montrer dissident, à l'exception peut-être de Amara Benyounès qui estime "qu'on doit laisser le président Bouteflika décider lui-même". Or, tous les partisans du ciquième mandat savent que Bouteflika, qui ne s'est plus adressé aux Algériens depuis son AVC, ne décide plus rien lui-même. En lieu et place, c'est son frère Saïd Bouteflika, qui tire les ficelles. 

De tout ceux qui se sont sentis menacés par l'appel de Makri, Saïd Bouteflika est sans doute le plus concerné. Car, non seulement, il est considéré comme celui qui tire les ficelles dans l'ombre de son frère, mais aussi et surtout ses relations avec la grande muette ont toujours été tendues. 
 


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Certes, il n'y a jamais eu de clash en public entre le frère de Bouteflika et les membres de l'armée. Mais, tout le monde le soupçonne de faire signer à son président de frère des décrets pour placer ses hommes et asseoir son pouvoir. C'est le cas, récemment, avec la purge en cours au sein des forces de sécurité et de défense. Car, profitant du chaos que suscite l'affaire des 701 kg de cocaïne du port d'Oran, les proches du chef de l'Etat algérien se sont débarrassés des chefs de la Police et de la gendarmerie, en l'occurrence Abdelghani Hamel et Menad Nouba. Les deux hommes sont remplacés dans la foulée respectivement par le colonel Moustapha Lehbiri, 79 ans et le général Ghali Belkecir. Et il n'est pas certain, que le vice-ministre de la Défense, le général Gaid Salah, ait été consulté pour ces nominations. 

Dans ce contexte de lutte de pouvoir, les intégristes islamistes refont surface. Au cours des dernières semaines, ils sont intervenus plusieurs fois pour interdire, grâce à des prières de rue, des festivals de musique dans plusieurs villes, notamment à Boumerdès, Ouargla, Tébessa et El Oued. Ce n'était jamais arrivé depuis le début des années 1990 et la suite on la connaît. L'audace des islamistes avait mené vers la fameuse décennie noire algérienne, avec une guerre civile ayant abouti à la mort de dizaines de milliers d'Algériens. Aujourd'hui, l'entêtement des apparatchiks algériens à vouloir présenter Bouteflika pour un cinquième mandat et le désir des islamistes de revenir en politique pourraient encore être fatals à un pays plongé dans la crise. 

Le 08/08/2018 Par Mar Bassine