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Covid-19: par une série de témoignages, le quotidien "Le Point" révèle l'horreur et l'hécatombe en Algérie

Mise à jour le 18/11/2020 à 14h32 Publié le 18/11/2020 à 13h46 Par Mar Bassine

#Société
Covid-19: dans un reportage Le quotidien "Le Point" révèle l'horreur et l'hécatombe algériennes

Enterrement au cimetière El Alia de l'ancien chef de gouvernement algérien, Belaid Abdeslam, mort de Covid-19.

© Copyright : DR

#Algérie : Des enterrements au rythme de plusieurs dizaines par jour, rien qu'à Alger, des annonces funèbres bien trop fréquentes, ont convaincu les Algériens que leurs autorités les menaient en bateau en diffusant des chiffres sans aucune connexion avec la réalité.


C'est par une série de témoignages à fendre le coeur que le quotidien français Le Point a montré l'ampleur du désastre en Algérie à cause du Covid-19, une réalité qui contraste avec les chiffres. Il y a Inès, la pharmacienne de la banlieue ouest-algéroise qui a perdu beaucoup de connaissances, Ahmed, la quarantaine, croisé au cimetière d'El Alia, le directeur de l'institut Pasteur surpris par la vitesse de propagation et tant d'autres personnes citées par Le Point. Tous disent, d'une manière ou d'une autre, que le pire est en train de se produire.


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Inès, la pharmacienne a le sens de la formule: "Nous sommes quarante millions sur le radeau de la Méduse", résume-t-elle "dépitée" devant la réalité à laquelle elle est désormais confrontée au quotidien. Car, "avant, en mars-avril [2020], on entendait parler de morts, aujourd'hui, ce sont des gens que je connais qui décèdent". La pauvre femme n'ose plus s'aventurer sur les réseaux sociaux tant son "fil d'actualité Facebook" est submergé d'"annonces funèbres" et de messages de condoléances.

Ahmed, l'homme de 40 ans rencontré au cimetière El Alia, l'un des plus grands du pays confirme qu'il ne s'agit pas de réalité virtuelle. Venu enterrer sa mère morte de cancer, il en a oublié sa propre douleur devant le défilé ininterrompu des enterrements de victimes du Covid-19. Pas besoin de poser des questions pour savoir, puisque les corps sont enterrés dans des caissons scellés qui servent de cercueils. 

"Je viens enterrer ma mère, décédée du cancer, mais j'ai arrêté de la pleurer en voyant quatre ambulances arriver en même temps, des cercueils scellés portés par des brancardiers en combinaison…", explique Ahmed. Lui, au moins, sa mère est "partie dans ses bras", alors que les victimes de la pandémie meurent dans la sollitude.


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C'est un scénario qu'on voyait en avril et mai derniers sur les chaînes de télévisions italiennes, mais qui est bel et bien en train de se produire en Algérie. Et Le Point de citer à juste titre l'intervention récente du directeur de l'Institut Pasteur d'Alger qui ne se laisse pas bercer d'illusion par les chiffres qu'il diffuse lui-même comme les 910 nouveaux cas recensés lundi.
Le professeur Fawzi Derrar, déclarait à la radio publique, cette semaine, que «l'Algérie est en train de subir la deuxième vague de la propagation du Covid-19, dont le nombre de contagions est en constante augmentation et à une vitesse inattendue», écrit Le Point.

Le même sentiment est partagé par Lehmana Bouchama, médecin au pôle Covid-19 de l'hôpital Mohamed-Lamine-Debaghine de Bab El Oued à Alger qui, dans le quotidien Al Khabar du mardi 17 novembre, affirme qu'"Il faut dire la vérité aux gens" et qui dit clairement avoir "peur d'un scénario à l'italienne". Il confirme le mensonge des chiffres officiels qui limite le nombre de décès au niveau national à une douzaine par jour. Puisque, "rien que dans deux hôpitaux à Alger il y a eu 22 morts" quotidiennement cette semaine, soit le double pour une seule ville. Cela montre clairement que des centaines de personnes sont en train de mourir tous les jours.

Selon ce médecin, "la stratégie des confinements n'est plus efficace, nous n'avons pas les véritables taux de contaminations, et les contaminés asymptomatiques circulent toute la journée en toute liberté. [...] La seule solution est de décider d'un confinement général et total d'au moins quinze jours, nous sommes en guerre face à un ennemi qui n'a aucune pitié".


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Il n'est donc pas étonnant que le gouvernement décide, dès hier mardi, le retour au confinement partiel dès hier mardi. C'est désormais le couvre-feu de 20h à 5h du matin dans 32 préfecteures, au lieu de 23h à 5h. De même, "les salles de sport, les lieux de plaisance et de détente, les espaces récréatifs et de loisirs, les plages, les maisons de jeunes, et les centres culturels sont fermés pour deux semaines", rappelle Le Point. Enfin, les cafés et restaurants ne feront plus que de la vente à emporter et doivent baisser rideau dès 15 heures, jusqu'au lendemain.


A cause de toutes ces mesures, sur le plan économique, la situation est plus que catastrophique pour beaucoup d'entreprises qui vont mettre la clé sous la porte, comme le confirment également les témoignages.  «J’ai tenu un peu depuis mars, difficilement, mais là, c’est fini, je vais déposer le bilan à la fin de l’année, je ne peux ni payer le loyer ni les salaires de mes quatre employés», explique un jeune gérant de restaurant au centre-ville d’Alger.

Mais pour l'éditorialiste d'El Watan, ce ne sont que des mesurettes qui n'empêchent pas que les Algériens continuent de mourir.


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Evidemment, dans tout cela, la faute incombe aux autorités algériennes qui ont tout fait pour laisser croire que l'Algérie n'était que très peu touchée par la pandémie. Non content de n'avoir pas eu une vraie politique de dépistage et de communiquer des chiffres farfelus déconnectés de la réalité, le gouvernement a eu l'outrecuidence de demander qu'on mène une campagne pour le référendum pour soutenir le oui. Finalement, entre le 5 et le 28 octobre, les salles étaient remplies de militants sans masques pour acclamer les discours en faveur d'Abdelmadjid Tebboune.

Mais, ironie du sort, le président algérien n'aura pas échappé à la pandémie, victime qu'il est devenu de cette grande "farce" comme l'a qualifié Kamal Bouzid, le chef du service Oncologie du Centre Pierre et Marie Curie..

Le 18/11/2020 Par Mar Bassine