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Algérie: une grave pénurie de médicaments vitaux

Mise à jour le 09/12/2020 à 16h16 Publié le 09/12/2020 à 15h51 Par Karim Zeidane

#Société
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#Algérie : En Algérie, plus de 300 médicaments sont introuvables en pharmacie, mettant en péril la santé des malades. Cette pénurie concerne toutes les grandes pathologies dont des «médicaments essentiels et vitaux» pour le traitement des maladies chroniques, tendant à aggraver la situation sanitaire.

Ce n’est pas la première fois que le problème se pose, mais cette fois-ci, l’ampleur du phénomène inquiète. En effet, 302 médicaments sont devenus introuvables dans le pays, selon les données du Syndicat national algérien des pharmacies d’officine (Snapo).

Ces médicaments concernent des pathologies aussi diverses que l’endocrinologie (Arimidex, Nolvadex, etc.), l’ophtalmologie, l’hypertension artérielle (Mono Tildiem), la rhumatologie, la psychiatrie et la thyroïde (Lévothyrox), la dermatologie ou la gynécologie. En clair, ce sont toutes les sphères thérapeutiques qui sont concernées par cette pénurie.

En octobre dernier, la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) avait reçu de la Chine un don constitué de médicaments déclarés en pénurie destinés au traitement du cancer pédiatrique. Toutefois, ce don s’est révélé insuffisant et ne couvrait qu’une seule pathologie.


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Même le Paracétamol pour soulager les douleurs et la fièvre en cas de rhume et les sirops antitussifs sont concernés. La rareté de ces deux derniers médicaments, ainsi que de la vitamine C et du zinc, peut s’expliquer par le fait qu'ils entrent dans le protocole thérapeutique du Covid-19 et que certaines personnes en ont stocké à titre préventif.

Face à cette situation qui dure depuis plusieurs mois, de nombreux malades chroniques ne peuvent compter que sur l’entraide et la solidarité, en sollicitant famille, amis ou proches résidant à l’étranger pour disposer des médicaments introuvables sur le marché algérien.

Seulement, avec le coronavirus et la fermeture des frontières, la situation de nombreux malades est devenue critique.
Face à cette pénurie, un durcissement de la procédure pour l’obtention des médicaments essentiels fait courir les risques aux malades chroniques. La situation s'est détériorée à un point tel que certaines personnes qui ont la possibilité de se déplacer entre l’Algérie et l’Europe ont fait du trafic de médicaments un business lucratif.


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Conséquence, ces pénuries entrainent une hausse des décès de patients ayant des maladies chroniques. Ces malades sont aussi très vulnérables face au Covid-19 et sont souvent les premières victimes de la pandémie. 

«Nous sommes dans le désarroi», explique le président du Conseil de l’ordre des pharmaciens d’officine, Dr Abdelkrim Touahria. Conséquence, les malades n’arrivent plus à trouver de médicaments souvent essentiels et vitaux. Du coup, Touahria appelle les autorités à trouver une solution à cette pénurie chronique de médicaments.

La situation est d’autant plus incompréhensible qu’une bonne partie de ces molécules est de fabrication locale. Face à la situation, le Snapo a salué le mémorandum d’entente entre le groupe Saidal et le laboratoire sud-coréen CKD Otto pour la production locale de médicaments anticancéreux.

Toutefois, pour fabriquer localement ces médicaments, il faut aussi résoudre le problème d’approvisionnement en matières premières. Or, on est très loin du cas. A cause du Covid-19, de nombreux fabricants médicaments sont submergés par les demandes et ont du mal à satisfaire les exportations en matières premières et préfèrent souvent se concentrer sur le produit fini plus valorisant qu’exporter les matières premières.


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D’ailleurs, selon l’Association nationale des distributeurs, qui avance que la pénurie ne concerne que 100 médicaments, «la vraie raison de cette rareté est la forte propagation de la pandémie qui a engendré une augmentation significative de la demande de certains produits d’une part, et à des perturbations dans l’approvisionnement du marché mondial des matières premières et des perturbations enregistrées dans les moyens de transport d’autre part».

D’autres pensent qu’il faut aussi revoir le cahier des charges techniques pour l’importation de produits pharmaceutiques et de fournitures médicales destinées à la médecine humaine. Pourtant, les autorités algériennes avaient installé un couloir vert au début de la pandémie pour faciliter les importations de médicaments et leur exonération des taxes et droits de douane. Et des facilités ont même été accordés à la Pharmacie centrale des hôpitaux pour la conclusion des marchés de gré à gré dans le but d’assurer l’approvisionnement des médicaments vitaux à la population.
Le 09/12/2020 Par Karim Zeidane

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