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Kenya Airways en crise, l’Etat opte pour la nationalisation et le changement du modèle économique

Mise à jour le 30/07/2019 à 20h53 Publié le 29/07/2019 à 12h53 Par Moussa Diop

#Economie
Kenya airways
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#Autres pays : La crise aiguë que traverse la compagnie Kenya Airways a poussé les autorités kenyanes à envisager la nationalisation de la compagnie. Celle-ci devrait rejoindre une société de portefeuille étatique et bénéficier d’un modèle économique proche de celui d’Ethiopian Airlines et d’Emirates.

D’ici 2021, Kenya Airways, l’une des plus importantes compagnies aérienne africaine retournera dans le giron de l’Etat kenyan.

Ainsi en a décidé le parlement du pays après les échecs visant à sortir la compagnie de la crise aiguë dans laquelle elle est plongée depuis quelques années.

Cette décision de nationalisation de la compagnie, 24 ans après sa privatisation, est justifiée par l’échec de la politique d’expansion de la compagnie. L’opération de nationalisation pourrait prendre deux ans.

Pour rappel, la compagnie est contrôlée à hauteur de 48,9% par l’Etat kenyan.

Aux côtés de l’Etat, un consortium de prêteurs locaux, 11 banques regroupées autour de Kq Lenders Co, avait acquis 39,1% du capital lors de restructuration de la dette colossale de 2 milliards de dollars en 2017.

Le reliquat du capital est détenu par Air France-KLM avec une participation de 7,8% du capital de Kenya Airways et des actionnaires minoritaires disposant de 4% du capital.


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«La nationalisation est ce qui est nécessaire pour rivaliser sur un pied d’égalité. Ce n’est pas ce que nous voulons, mais ce dont nous avons besoin», a souligné le président du Conseil d’administration de Kenya Airways, Michael Joseph.

Depuis le début des années 2000, la compagnie traverse une crise profonde et s’est fortement endettée après une série de résultats déficitaires, alors qu’elle figurait parmi les compagnies les plus performantes du continent auparavant.

Toutefois, à cause d’une série de décisions d’investissements pas toujours optimales –contrats d’achats d’avions et de crédit-bail mal négociés-, elle est entrée dans un cycle d’endettement vertigineux.

La volatilité du prix du carburant, les redevances aéroportuaires élevées et la forte concurrence d’Ethiopian Airlines ont fini par plomber la compagnie dont les comptes ont tous viré au rouge.


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En 2017, la compagnie a restructuré sa dette de 2 milliards de dollars. Malgré cela, elle n’est pas arrivée à retrouver une situation financière favorable à même de la permettre d’étoffer sa flotte et de développer son réseau à l’instar de ses principaux concurrents.

Cela n’a pas suffit. En 2018, la compagnie a affiché une perte de 74 millions de dollars pour une flotte de près de 40 avions.

A titre de comparaison, Ethiopian Airlines a réalisé un bénéfice de 245,6 millions de dollars pour l’exercice 2018-2018.

Avec la nationalisation décidée, le gouvernement opte aussi pour un nouveau modèle économique pour la compagnie aérienne locale.

Ainsi, Kenya Airways deviendra l’une des quatre filiales d’une société de portefeuille étatique qui comprendra également l’Aéroport international Jomo Kenyatta de Nairobi, la Kenya Airport Authority et une école d’aviation.

Un modèle en quelque sorte calqué sur celui d’Ethiopian Airlines et d'Emirates, deux compagnies qui ont actuellement le vent en poupe.

De plus, le gouvernement pourrait offrir des allègements fiscaux et des exemptions du paiement des droits sur le carburant d’aviation à la compagnie nationalisée, afin de la rendre plus compétitive.


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Cette restructuration est nécessaire avant la libéralisation du ciel africain, qui va accroître la concurrence des compagnies aériennes du continent et qui pourrait avantager certaines d'entre-elles comme Ethiopian Airlines, qui a déjà pris une longueur d'avance en tissant un véritable réseau de filiales au niveau du continent.

La compagnie aérienne kenyane n’est pas la seule grande compagnie aérienne africaine à faire face à une crise aiguë, qui menace sa pérennité.

C’est également le cas de South African Airlines, qui se bat depuis 10 ans pour sortir de la crise qui a déjà coûté 3,8 milliards de dollars au contribuable sud-africain.
Le 29/07/2019 Par Moussa Diop