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Centrafrique: pourquoi les soldats marocains ne finiront pas leur mission de sitôt

Mise à jour le 10/10/2017 à 11h29 Publié le 10/10/2017 à 11h22 Par Le360 Afrique - Afp

#Politique
Centrafrique: pourquoi les soldats marocains ne finiront pas leur mission de sitôt
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#Autres pays : Visiblement, les soldats marocains ne finiront pas leur mission de sitôt. Un chef rebelle de la Séléka explique l'implication du gouvernement qui a tendance à faire durer la guerre. "Le processus de paix est une vieille chanson" qu'on répète sans que leurs doléances ne soient entendues, dit-il.

"Aujourd'hui nous sommes en plein combat. A Bangui, le gouvernement dit qu'il y a la paix. Mais sur le terrain, en province, ce n'est pas vrai!": pour Ali Darassa, tout-puissant chef d'un groupe armé peul du centre-est de la Centrafrique, la guerre est loin d'être terminée. Il faut noter que les soldats marocains sont surtout présents sur cette partie du pays. Tant que ce que décrit Ali Darassa se poursuit, la mission des Nations Unies n'est pas près de se terminer et la construction de la paix en Centrafrique aura besoin des soldats marocains pour longtemps. 


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"Ceux qui nous attaquent, ce sont les antibalaka (...), des antibalaka (milices majoritairement chrétiennes, NDLR) qui agissent pour le compte du gouvernement et qui attaquent les éleveurs, les paysans, les commerçants...", affirme à l'AFP le leader de l'UPC (Union pour la paix en Centrafrique), depuis son fief d'Alindao, localité perdue du Sud-Est.

Chassé de Bambari - troisième ville du pays et son QG pendant plus de deux ans - par la force de l'ONU (Minusca) en février 2017, Ali Darassa s'est retranché à Alindao, à 120 km. Il faut onze heures de trajet sur une route défoncée pour s'y rendre depuis Bambari, en franchissant une dizaine de barrages.


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L'UPC contrôle la majeure partie d'Alindao, ville coupée en deux. Plus de 15.000 déplacés, en majorité chrétiens, ont trouvé refuge autour de l'église, marquant une séparation de fait avec le reste de la ville.

- 'Eleveur de père en fils' -


Discret sourire aux lèvres et barbichette poivre et sel, Ali Darassa reçoit le journaliste de passage dans son principal camp militaire. Il trône sur un fauteuil de bois, entouré d'une dizaine d'hommes en armes et de quelques "conseillers" en civil.

L'homme de 41 ans est massif. Il se définit comme "Peul centrafricain et général de l'UPC". Né entre Kabo et Bambari, "éleveur de père en fils".

Il poursuit sa rhétorique : "Les éleveurs ont toujours été victimes de pillages et de violences. Et les Peuls ont toujours été oubliés, (...) marginalisés". Darassa assure oeuvrer "pour leur sécurité et leur libre circulation, j'offre un sanctuaire de protection et de soutien".

"On arrêtera (la guerre) le jour où tout le monde pourra circuler sans incidents, de Obo (est) jusqu'au Cameroun (ouest)".

Commandant de Bambari par décret présidentiel


Ali Darassa aurait fait ses armes en 2005 auprès de Baba Laddé, un rebelle tchadien, avant de rejoindre en 2013 la coalition de la Séléka, à dominante musulmane. "J'ai été nommé général de la Séléka, puis par décret du président de la Transition, Michel Djotodia (d'août 2013 à janvier 2014), commandant de la 5e région basé à Bambari".

C'est à Bambari qu'il créera l'UPC. Depuis l'éclatement de l'ex-Séléka en 2014 et malgré différentes tentatives de discussion, le groupe armé de Darassa se bat contre la coalition formée autour de Nourredine Adam, homme de main de l'ex-président Djotodia.

Jusqu'en 2015, cette région, riche en or, café, diamants et bois, n'avait jamais été occupée par des groupes armés. L'UPC se financerait aujourd'hui via divers "impôts" sur la population, les commerçants, les têtes de bétail... Quels sont les bailleurs et les sources de financement de cette petite armée? "C'est confidentiel," lance en souriant Ali Darassa.

Le processus, "une vieille chanson"


L'UPC et son chef sont régulièrement cités dans les rapports internationaux comme les principaux responsables d'exactions contre les civils. "Où sont les preuves?", répond Darassa, qui dénonce les rapports "politiques" d'Amnesty International.

Malgré leur engagement à participer à différents dialogues de paix et leur inscription dans le processus de paix de désarmement, l'UPC n'a pas déposé les armes. Le processus est "une vieille chanson pour endormir les gens", accuse Darassa. "Nous avons fait recommandation sur recommandation, mais ça n'avance pas", déplore-t-il, assurant toutefois que l'UPC "ne va pas quitter le processus".

A Alindao, Ali Darrassa a apparemment le soutien de leaders communautaires, d'anciens fonctionnaires et d'une partie de la population. Ses hommes font face à des groupes "d'autodéfense" et des éléments antibalaka. Pour l'UPC, la lutte armée est donc toujours "une nécessité". "Parce que l'Etat ne fait pas son travail, il n'assure pas la sécurité des populations" alors que les "régions sont abandonnées à elles-mêmes", se défend-il.

"Ce sont les représentants de l'Etat sur le terrain qui alimentent les antibalaka", soutient-t-il. "Je parle des chefs de quartier en passant par les députés, jusqu'aux préfets". Et de conclure : "Le gouvernement encourage la population à devenir des (formations d') autodéfense, c'est ça qui va faire le génocide".
Le 10/10/2017 Par Le360 Afrique - Afp

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