Terrorisme en Afrique: Boko Haram reprend du service un peu partout

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Le 14/10/2018 à 12h38, mis à jour le 14/10/2018 à 13h29

Alors qu'elle avait perdu du terrain aussi bien au Nigeria, au Tchad, au Cameroun et au Niger, la nébuleuse terroriste Boko Haram a repris du poil de la bête depuis quelque temps. Analyse...

En dépit de nombreux revers subis en 2016 à la faveur des moyens militaires et logistiques mobilisés par le gouvernement du Nigeria, qui ont faire croire à une éradication «imminente» de la nébuleuse terroriste «Boko Haram», et même l’annonce «d’une offensive finale», ce groupe semble encore conserver une réelle capacité de nuisance en cette fin d’année 2018.

Ce constat de «résilience» de la nébuleuse opérant sur plusieurs fronts est établi par de nombreux observateurs en Afrique et hors du continent. Mieux, il s’agit d’une réalité illustrée par des événements récents inscrits en lettres de sang, avec une attaque contre une position de l’armée tchadienne sur le lac du même nom, dont le bilan fourni par des sources militaires fait état de huit soldats tués, plusieurs blessés et la mise hors de combat de 48 terroristes.

Cette attaque est la troisième en l’espace de deux mois. Ces coups ont toujours le même mode opératoire: avec notamment des éléments des forces de défense et de sécurité pris à partie par des djihadistes embarqués sur des pirogues.

Dans son timing, cette attaque a été enregistrée quelques heures avant la visite au Tchad de la ministre française des Armées, Florence Parly. Celle-ci a ainsi saisi l’occasion pour insister sur «la nécessité de soutenir les forces armées africaines qui combattent le terrorisme avec des moyens limités».

Sollicité pour donner son avis sur les récentes attaques de la nébuleuse terroriste nigériane, Moussa ould Hamed, journaliste mauritanien, ancien directeur général de l’Agence mauritanienne d’Information (AMI), membre de plusieurs cercles sous régionaux dédiés à la réflexion sur le phénomène de la radicalisation violente, relativise la portée des dernières.

De prime abord, il rappelle «le mode opératoire traditionnel de ce genre de mouvements dont l’ADN est constitué par des actions violentes et spectaculaires, avec l’objectif évident de marquer les esprits, faire peur et montrer aux ennemis qu’ils gardent encore une réelle capacité opérationnelle.

On peut citer à titre d’exemple le cas de Daesh, qui a subi d’énormes revers en Irak, en Syrie, tout en continuant à frapper de temps à autre. Ainsi, Il apparaît clairement aujourd’hui que Boko Haram ne dispose plus de la même force de frappe que pendant les années 2014 et 2015. Cependant, le monstre blessé, pourrait toujours réussir un coup d’éclat de temps à autre».

Pour cet autre observateur mauritanien ayant requis l’anonymat, le fait que la nébuleuse terroriste continue à frapper indistinctement civils et armées de la sous région, avec d’importants dégâts matériels et humains, «montre clairement l’existence de dysfonctionnements dans la mise en œuvre de la stratégie de lutte.

Surtout pour un pays tel que le Nigeria, première puissance économique du continent, et qui dispose de l’une des armées les mieux équipées, si on se réfère uniquement à la puissance de feu». A travers cette thèse, notre interlocuteur soutient que des erreurs répétées ont permis à la nébuleuse de passer du statut de simple mouvement insurrectionnel, à celui d’un groupe de grande dimension continentale et internationale par sa capacité de nuisance.

Par Cheikh Sidya (Nouakchott, correspondance)
Le 14/10/2018 à 12h38, mis à jour le 14/10/2018 à 13h29