Cameroun. Accident ferroviaire d'Eséka: le président Paul Biya pointe la responsabilité totale de Bolloré

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Le 24/05/2017 à 12h27, mis à jour le 24/05/2017 à 12h33

La commission d'enquête sur l'accident ferroviaire d'Eséka, survenu le 21 octobre 2016 et ayant fait 80 morts, a rendu son rapport. La responsabilité du groupe Bolloré, actionnaire majoritaire de Camrail, est totale. Le président camerounais Paul Biya est monté au créneau.

La commission d’enquête mise en place à la suite de la catastrophe ferroviaire d’Eséka survenue le 21 octobre 2016 a rendu public son rapport mardi 23 mai 2017. Pour rappel, l’accident avait causé la mort d’environ 80 personnes dans cette localité du centre du Cameroun.

Placé sous l'autorité du Premier ministre, chef du gouvernement, le rapport a été rendu public sous la forme d’un communiqué signé du secrétaire général de la présidence de la république, Ferdinand Ngoh Ngoh.

La commission a clairement établi la responsabilité de la société Camrail, concessionnaire du chemin de fer camerounais et dont le Groupe Bolloré est l’actionnaire majoritaire.

Le rapport d’enquête a conclu que la cause principale du déraillement du train Intercity n°152 est une vitesse excessive (96 km/h). Dans la portion de voie où a eu lieu l’accident, la vitesse est limitée à 40km/h. «Les raisons de ce dépassement de vitesse sont dues, selon les experts, au non respect, par Camrail, de certaines règles de sécurité. En effet, le train n°152 mis en circulation ce jour là, présentait de graves anomalies et défaillances», indique le communiqué de la présidence.

Entre autres anomalies, la surcharge du convoi, une rallonge inappropriée de la rame et l’utilisation de voitures de voyageurs présentant des organes de freinage défaillants. De même, l’entreprise a utilisé une motrice dont le freinage rhéostatique était hors de service et il n’y a pas eu de vérification «sérieuse» de la rame avant son départ. Par ailleurs, la hiérarchie de Camrail a refusé de prendre en considération les réserves émises par le conducteur du train du fait de ces défaillances précitées.

En conséquence, le chef de l’Etat camerounais, Paul Biya, a prescrit l'audit de la convention de concession signée le 19 janvier 1999 entre l'Etat du Cameroun et la société Camrail. Idem pour les deux avenants conclus en 2005 et en 2008.

Paul Biya demande aussi une plus grande présence de l'Etat dans ladite société et une meilleure prise en compte des préoccupations sociales, notamment l'activité de transport voyageur. A «brève échéance», l’Etat camerounais envisage la création d’une société de gestion du patrimoine du chemin de fer.

Elle sera chargée de l'entretien du réseau ferré, ainsi que des projets de modernisation et d'extension. A noter aussi la prise des sanctions «appropriées» à l'encontre des responsables dont l'implication dans l'accident est reconnue dans le rapport d'enquête. Dans le même ordre d’idées, le rapport sera transmis à la justice camerounaise, «pour qu'elle en tire toutes les conséquences de droit».

Enfin, le président a décidé de débloquer une somme d’un milliard de F CFA, pour une assistance complémentaire à verser aux victimes ou à leurs ayants droit. Il a également ordonné lla conception d'une stèle du souvenir à Eséka.

Par Elisabeth Kouagne (Abidjan, correspondance)
Le 24/05/2017 à 12h27, mis à jour le 24/05/2017 à 12h33