Fermer

Bière: les pratiques immorales et les dérives de Heineken en Afrique mises à nu

Mise à jour le 12/09/2018 à 01h01 Publié le 11/09/2018 à 20h20 Par Moussa Diop

#Société
heineken
© Copyright : DR

#Côte d’ivoire : Tout est bon pour réaliser des profits en Afrique. Telle semble être la devise de la multinationale néerlandaise de la bière, comme le révèle une enquête journalistique qui met à nu les pratiques immorales et les dérives du groupe sur le continent africain.

Kiosque. Le360 Afrique: Présent en Afrique depuis plus d’un siècle et implanté dans seize  pays africains, le groupe néerlandais Heineken, deuxième brasseur mondial, est souvent attaqué pour certaines de ses pratiques.

Le journaliste Olivier Van Beemen a mené une enquête polémique sur les activités du groupe Heineken en Afrique, intitulée «Heineken en Afrique, une multinationale décomplexée», qui fait couler beaucoup d’encre, et dans laquelle l’auteur revient sur les compromissions et les dérives du fleuron industriel néerlandais. Une enquête qui «montre des pratiques immorales et douteuses en termes de management, de marketing et de développement», souligne ”Le Monde Afrique”, en revenant sur cette enquête qui écorne l’image du groupe néerlandais en Afrique.


LIRE AUSSI: Afrique: Top 10 des plus gros buveurs d’alcool sur le continent


Au delà, ce qui semble marquer le plus l’auteur de l’enquête, comme il le dit dans l’entretien accordé au journal français, c’est «l’immense écart qu’il y a entre ce que Heineken prétend être et ce qu’elle est réellement. Cette société prétend participer au développement économique du continent, mais elle y réalise des profits qui sont largement supérieurs à la moyenne. Depuis plus d’un siècle, elle y gagne des milliards. Heineken fait savoir que l’Afrique est un continent difficile, qu’y faire du business est compliqué à cause de l’instabilité politique, du manque de main-d’œuvre et d’infrastructures». Seulement, pour l’auteur, ces obstacle cités sont transformés en avantages par la multinationale qui en profite pour «augmenter ses marges et influencer plus facilement les gens», explique-t-il. 

Résultat des courses, dans un continent pauvre où on raffole de la bière, «qu’elle soit brune ou blonde», la multinationale néerlandaise réalise naturellement des bénéfices exceptionnels en ce sens que «chaque bière vendue en Afrique rapporte 50% de plus que la moyenne mondiale pour Heineken», comme le souligne l’auteur, grâce notamment à des coûts de production plus faibles que sur d’autres continents, mais pas seulement. Ainsi, lors du génocide rwandais, la multinationale a continué à produire de la bière qui rendait les milices interahamwe ivres et les motivait durant les massacres, tout en alimentant les caisses des génocidaires via les taxes payées et dont le groupe s’acquittait.


LIRE AUSSI: Nigéria: un voleur de bières condamné à la pendaison


Pire, l’auteur, en se basant sur des documents confidentiels et des témoignages, avance que des vendeuses de bière ont été contraintes à des actes sexuels avec des responsables de la société. Bien qu’étant au courant, la firme n’a rien fait pour mettre fin à cette pratique.

Au Nigeria, l’un des marchés les plus lucratifs du monde, la firme néerlandaise a poussé le bouchon plus loin en formant «des prostitués pour booster ses venets».

Selon le journaliste, le directeur général de la filiale de la firme néerlandaise, en 2000, a explique avoir «boosté les ventes de la marque Legend, alors moribonde, en mettant en place des formations pour les prostituées. Celles-ci devaient expliquer à leurs clients qu’ils seraient sexuellement plus performants en buvant de la Legend plutôt que la Guinness, sa principale concurrente». C’est ainsi que la filiale du groupe a formé 2.500 travailleuses du sexe pour remettre à flot les ventes de sa bière.


LIRE AUSSI: Côte d’Ivoire: Yaya Touré, alcool ou complot des services secrets anglais


Enfin, sur les retombées de la présence de la firme dans certains pays africains, l’auteur souligne qu’«Heineken pratique l’optimisation fiscale grâce à une agence basée en Belgique et uniquement destinée au continent», expliquant que cette structure «facturait parfois dix fois plus cher certains services. Cette surfacturation permet de rapatrier des bénéfices en Belgique afin qu’ils ne soient pas taxés en Afrique».

Bref, la firme néerlandaise, qui bénéficie de l’affection populaire en Hollande, est très loin d’être exemplaire en Afrique où les compromissions et les dérives du groupe sont légion. 
Le 11/09/2018 Par Moussa Diop