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Côte d’Ivoire: l’économie est-elle vraiment sur la trajectoire de l’émergence?

Mise à jour le 02/06/2018 à 10h45 Publié le 02/06/2018 à 10h35 Par notre correspondant à Abidjan Georges Moihet

#Economie
Infrastructures
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#Côte d’ivoire : La Côte d’Ivoire parviendra-t-elle à mener à bien le Plan national de développement, sa boussole stratégique pour atteindre l’émergence en 2020? Michel Camdessus y croit, mais une étude menée par l’agence de notation Bloomfield Investment révèle des écarts dans la mise en œuvre de ce plan.

Le second Plan national de développement (PND) qui court sur la période 2016-2020 induira-t-il les effets escomptés? Alors que le pays aborde la troisième année de ce programme qui s’achève en 2020, les premiers résultats laissent apparaître des contreperformances de l’économie à même de jeter le doute sur l’objectif poursuivi, à savoir l’émergence à l’échéance 2020. Le fait est relevé dans le dernier rapport de l’agence de notation Bloomfield Investment, présenté ce 31 mai, qui jauge les atouts, les opportunités ainsi que les risques que présente la Côte d’Ivoire.

Selon les projections du PND, le taux de croissance du PIB devait successivement s’établir à 9,8% en 2016, 8,9 en 2017 et respectivement 8,8%, 8,3% et 8% entre 2018 et 2020. Mais le constat est tout autre. La croissance du PIB a été de 8,2% en 2016 et s’est affaissée à 7,8% en 2017.


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Des écarts perceptibles également au niveau de recettes propres (fiscales et non fiscales) projetées à 4.702,5 milliards FCFA (7,17 milliards d’euros) et 4.978,7 milliards FCFA (7,59 milliards d’euros) en 2016 et 2018 alors que le pays n’a pu engranger que 3.136,8 milliards FCFA (4,78 milliards d’euros) en 2016 et 3.332,7 milliards FCFA (5,08 milliards d’euros) en 2017. Des gaps au niveau des fonds publics qui affectent les ambitions du PND.

Conséquence, le pays a eu recours au marché de la dette pour financer son budget: le marché régional, à travers la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), mais surtout le marché international des Eurobonds (emprunts en dollars et en euros) qui expose le pays aux risques de change. Deux Eurobonds ont ainsi été émis successivement en 2017 et 2018. Et il en a résulté un dérapage du service de la dette.


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En 2016, 45,2% des recettes propres du pays ont été consacrées au remboursement de la dette (contre une projection de 30,8% dans le PND) et 45,7% en 2017 contre (une projection de 29,4%).

Réviser le PND?

Les performances économiques de la Côte d’Ivoire s’éloignent ainsi peu à peu des projections du scenario du PND, constate Bloomfield: «Même si les performances économiques sont toujours appréciables, les objectifs visés par le scénario (…) pourraient finalement ne pas être atteints en raison d’un ralentissement de l’investissement public et de la mollesse de l’investissement privé», avance encore l’agence.

«Cette situation interpelle peut-être sur la nécessité de revisiter la stratégie de développement choisie à travers le PND. Ceci afin de prendre en compte les différents évènements survenus (chocs, retard dans certains projets, conjoncture internationale…) et faire les ajustements nécessaires», préconise Bloomfield.


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Il est vrai en effet que la chute des cours du cacao et les grognes sociales en 2017, tout comme la difficulté pour le gouvernement d’élargir l’assiette fiscale ont eu un impact qu’il ne sera pas aisé de  rattraper pour se remettre sur la trajectoire du PND.

La question peut être mise sur la table du gouvernement. A l’approche de l’échéance électorale de 2020 qui se profile sous fond de tiraillement au sein de la coalition au pouvoir, réviser à la baisse ses ambitions peut bien être un sujet sensible pour les autorités. Il reste à espérer qu’un retournement des cours du cacao et de l’anacarde, ainsi que le rebond des investissements privés viennent changer la donne.

D’un coût global de 30.000 milliards FCFA (47,5 milliards d’euros) à mobiliser entre 2016 et 2020, le PND a pour objectif de permettre une transformation structurelle du pays afin de le faire entrer dans le cercle des pays émergents. Un défi que le président ivoirien Alassane Ouattara, un ancien du FMI, compte bien réussir pour marquer son passage à la tête du pays.


Le 02/06/2018 Par notre correspondant à Abidjan Georges Moihet