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Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo: «je suis otage» de la France

Mise à jour le 08/06/2017 à 12h08 Publié le 08/06/2017 à 11h05 Par notre correspondant à Abidjan Georges Moihet

#Politique
Laurent Gbagbo
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#Côte d’ivoire : Cinq après son extradition, l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo en a encore gros sur le cœur. Dans une interview accordée à Mediapart, depuis sa cellule à la prison de la Cour pénale internationale (CPI), l’homme se considère plus otage que prisonnier de par la volonté de la France.

Kiosque le360 Afrique: «La France m’a mis à la CPI pour que Ouattara soit à la présidence», cela «permet à la France d’avoir la mainmise sur la Côte d’Ivoire». Laurent Gbagbo n’a rien perdu de sa verve, comme en atteste l'entretien exclusif qu'il a accordé à Mediapart. Attaché à son discours anticolonialiste, il attribue son sort à sa trop grande indépendance vis-à-vis de l’ex-puissance coloniale.
 
Aujourd’hui âgé de 72 ans, il affirme «avoir su depuis le début» que Paris était derrière la tentative du coup d’État du 19 septembre 2002 qui s’est muée en rébellion, alors qu’il était en visite officielle en Italie. «Ne fais pas confiance à Chirac, il te plantera un coup de couteau dans le dos», l'aurait alors prévenu, la veille de l’attaque, le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi.


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Face à la rébellion, il accuse la France d’avoir ignoré les accords de défense qui liaient les deux pays dans un contexte où l’armée disposait de peu de moyens. «Lorsque je suis arrivé à la présidence, nous avions des officiers très bien formés, mais qui n’avaient pas d’outils de travail», souligne celui qui avait pu obtenir «cent kalachnikovs» auprès de Kadhafi et le soutien matériel de l’Angola.
 
Pour lui, la crispation avec la France, «qui avait toujours voulu Alassane Ouattara comme président», est née avec les réformes qu’il avait voulu engager à son arrivée au pouvoir, notamment en diversifiant les partenaires économiques du pays. «Si on se passe des Français, c’est comme si on les agresse. Pour eux, c’est la France qui doit dicter la voie à suivre à la Côte d’Ivoire», tonne-t-il avant d’affirmer avoir dit à l’ex-président français, Jacques Chirac, en 2006: «je ne suis pas président de la République pour travailler sous la dictée de quelqu’un. Je ne suis ni gouverneur, ni sous-préfet, ni préfet. Je suis un chef de l’État élu par son peuple».
 
Des accords signés, notamment ceux de Linas-Marcoussis en 2003, avec la rébellion pour mettre un terme à la crise, il garde un goût amer : «je me suis retrouvé avec des ministres totalement illettrés, qui ne savaient ni lire ni écrire!». De nombreux autres accords suivront sans pour autant contraindre la rébellion à désarmer, et c’est dans ce contexte «de pressions politiques, venues essentiellement de Paris» que l’élection présidentielle de 2010 avait du être organisée.


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Les relations avec la France durant la période seront rythmées par ce qui, de son point de vue, pourrait être qualifié de «croque-en-jambes». Il cite à cet effet le bombardement controversé d’une base de l’armée française en novembre 2004, une affaire qui avait servi de prétexte à Jacques Chirac pour ordonner la destruction de la flotte militaire ivoirienne au sol, mettant ainsi un terme à l’offensive lancée contre la rébellion. «L’enquête de la justice française sur le bombardement de Bouaké s’est orientée vers l’hypothèse d’une implication voire d’une responsabilité française», souligne Mediapart. 

 
L’interview réalisée en mai dernier est publiée alors que le procès à la CPI s’éternise. L’accusation a du mal à démontrer la justesse de ses accusations de «crimes de guerre et crimes contre l’humanité». La semaine dernière des analystes ADN d’un expert de l’accusation ont remis en cause la thèse de la «tuerie des femmes d’Abobo», l’une des pièces maîtresse de la procureur Fatou Bensouda.
 
Le 08/06/2017 Par notre correspondant à Abidjan Georges Moihet

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