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Côte d’Ivoire: retour sur les 5 mois d’une crise qui ont mené Gbagbo à la CPI

Mise à jour le 19/01/2019 à 09h49 Publié le 19/01/2019 à 09h45 Par notre correspondant à Abidjan Georges Moihet

#Politique
Côte d’Ivoire: retour sur 5 mois d’une crise postélectorale fratricide de 2010
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#Côte d’ivoire : Après un énième rebondissement et le maintien de Gbagbo en prison, retour sur les événements de la crise post-électorale de 2010 qui ont conduit l’ex-président ivoirien à la Haye.


Des proclamations controversées des résultats de la présidentielle de 2010 à son arrestation, en passant par les multiples tentatives de médiation et la bataille militaire pour le contrôle d’Abidjan, Laurent Gbagbo est finalement arrêté et accusé d’être l'auteur indirect des exactions qui ont marqué les 5 mois de crise politique, meurtrière, en Côte d'ivoire.

Accusé de présumés crimes contre l'humanité par la Cour pénale internationale, il est tenu par la procureure Fatou Bensouda comme co-auteur indirect de ces crimes commis durant la crise post-électorale dans un contexte d’insurrection alors qu’il revendiquait la victoire du scrutin en même temps qu’Alassane Ouattara est reconnu par la communauté internationale comme le vainqueur.

La présidentielle controversée d’octobre 2010


Le 31 octobre 2010 les Ivoiriens étaient en effet appelés aux urnes pour élire leur président. Le pays qui est alors divisé en deux (nord et sud) par une rébellion armée déclenchée le 11 septembre 2002 et confronté depuis à des tensions politiques marquées par des violences sporadiques.


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Le scrutin d’octobre 2005 n’avait pu se tenir du fait de désaccords entre Laurent Gbagbo et la rébellion des Forces nouvelles. Le pouvoir ivoirien exigeait alors le désarmement de la rébellion et la réunification du pays.

En octobre 2010, Laurent Gbagbo n’avait pu obtenir ces deux exigences, mais se devait d’organiser le scrutin sous la pression d’une communauté internationale qui s’impatientait face à une crise qui s’éternisait. Soro Guillaume, chef de la rébellion, était alors son Premier ministre depuis quelques années. La communauté internationale présente dans le pays à travers l’ONUCI (opération des Nations unies en Côte d’Ivoire) devait, avec quelque 10 000 soldats de la paix, superviser le scrutin.

L’élection a mis en compétition 14 candidats dont les trois ténors du paysage politique: Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié. Les deux premiers arriveront en tête du scrutin et devaient se confronter lors du second tour prévu le 28 novembre suivant.


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Le deuxième tour de l’élection se tient dans un climat tendu. Un temps alliés à la fin des années 1990 dans l’opposition à Konan Bédié, alors président de la république, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, devenus entretemps farouches adversaires, se retrouvent face à face. En 2000, en effet, Alassane Ouattara avait dénoncé les conditions de l’élection de Laurent Gbagbo, ce qui avait occasionné des violences meurtrières. De son côté, Gbagbo a toujours soupçonné son adversaire d’être le parrain de la rébellion armée.

De part et d’autre, les candidats s’accusent à travers des campagnes d’intimidation. Des échauffourées éclatent par endroits. Alassane Ouattara a le soutien d’Henri Konan Bédié avec qui il a formé quelques années plus tôt une coalition politique: le RHDP.

Un pays et deux présidents


Dans un climat de tension extrême, la CEI (la commission électorale ivoirienne) parvient non sans difficulté à proclamer les résultats du second tour le 2 décembre 2010, donnant Ouattara vainqueur avec 54,1% des voix contre 45,9 % pour Gbagbo.


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Entre temps, la veille, la Cour constitutionnelle, déclarait la CEI forclose car ayant dépassé le délai légal qui lui était imparti pour proclamer les résultats. Elle rejette les résultats de la CEI et proclame le 3 décembre Laurent Gbagbo vainqueur avec 51,4% des voix contre 48,55% pour son challenger. Il faut signaler que l’institution a annulé les résultats dans certaines localités, essentiellement dans le nord du pays, arguant de «fraudes massives» et de «bourrage d’urnes» dans une zone contrôlée par la rébellion jugée favorable à Ouattara.

La communauté internationale reconnaît Alassane Ouattara


La communauté internationale prend alors position. Le représentant du secrétaire général des Nations Unies, à la tête de l’ONUCI, endosse les résultats proclamés par la CEI et reconnaît donc l’élection d’Alassane Ouattara. S’ensuit une série de résolutions du Conseil de sécurité imposant des sanctions au régime Gbagbo.

Chef de la rébellion, Soro Guillaume, alors Premier ministre de Gbagbo, se range derrière Alassane Ouattara qui le nommera à son tour Premier ministre. Il met alors les Forces nouvelles à la disposition du nouveau pouvoir.


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Le 5 décembre 2010, Thabo MBeki, ancien président sud-africain et médiateur durant la crise avec la rébellion, se déplace à Abidjan et tente de trouver une issue politique. Sans succès. Suivra le 17 décembre Jean Ping, président de l’Union africaine qui arrive à Abidjan et tente une médiation. Sans issue non plus. Plusieurs autres missions de la CEDEAO, de l’Union africaine ne parviendront pas à rapprocher les deux positions. L’Union africaine finit par accorder sa caution à Alassane Ouattara.

La violence s’installe dans le pays


Ce contexte de vives tensions fini par basculer dans la violence des armes.
L’on a, d’un côté, les forces légales de sécurité et de défense (dont une partie fait défection et déserte les rangs) qui reste fidèle à Laurent Gbagbo. Elles sont appuyées par des mercenaires libériens et des miliciens composées de «jeunes patriotes» sous la direction d’un certain Charles Blé Goudé (son co-accusé à la CPI).


De l’autre côté, il y a la rébellion des Forces nouvelles passées sous le commandement du pouvoir d’Alassane Ouattara, reconnu par la communauté internationale. Ces dernières bénéficient du soutien des soldats de l’ONUCI et les forces françaises présentes sur place.


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Les manifestations pro-Ouattara (retranché à l’hôtel du Golfe) qui réclament l’installation de ce dernier sont durement réprimées pour les forces pro-Gbagbo. De nombreux morts et blessés par balles sont enregistrés.

Les plus importantes manifestations sont celles de la marche d’Abobo et de la RTI (télévision publiques) où plusieurs personnes sont tuées par les forces de Gbagbo. De même, les miliciens et mercenaires libériens, engagés militairement contre les forces pro-Ouattara, s’adonnent à des exactions, des tortures et autres actes inhumains. Ainsi, plusieurs individus, accusés de comploter avec le camp Ouattara, ont été brulés vifs.

Il en sera de même du côté des forces pro-Ouattara. De leur base du nord du pays, les forces nouvelles fondent sur les villes du sud qui tombent une à une sous leur contrôle, avant de d’encercler puis de mettre pied à Abidjan. A chaque étape de leur progression, les partisans de Laurent Gbagbo font l’objet de persécutions, dans les villes conquises de l’intérieur du pays et à Abidjan. L’on notera le massacre de «Petit Duékoué», dans l’ouest ivoiriens où, selon des ONG internationales, environ 800 personnes ont été exterminées.

La bataille pour le contrôle d’Abidjan


A Abidjan, les forces de Laurent Gbagbo ne contrôleront finalement plus que les communes du Plateau et Yopougon et une partie de Cocody où il est retranché dans sa résidence. Prise pour cible à la fois par les forces onusiennes et françaises (sous mandat du Conseil de sécurité) et des forces de la rébellion, le verrou militaire autour de ce lieu finit par céder après plusieurs semaines de combat. Le 11 avril 2011, Laurent Gbagbo est capturé par les forces pro-Ouattara et appelle ses troupes à rendre les armes. La crise post-électorale prendra fin dans les jours qui suivront avec la prise de contrôle totale d’Abidjan par les forces pro-Ouattara.


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L’arrestation de Laurent Gbagbo mettra fin à 5 mois de violences armées qui auront fait officiellement un peu plus de 3000 morts.

Laurent Gbagbo sera d’abord assigné à résidence à Korhogo au nord du pays d’où il sera extradé, fin novembre 2011, vers la Haye, à la CPI, qui avait lancé un mandat d’arrêt contre lui pour des accusations de crimes contre l’humanité.

Après deux ans de procès, démarré en janvier 2016, la CPI reste divisée sur la responsabilité de l’ex-président ivoirien dans les massacres qui ont eu lieu durant cette crise.
Le 19/01/2019 Par notre correspondant à Abidjan Georges Moihet