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Vidéo. Côte d’Ivoire: le désarroi des commerçants marocains face à la hausse des loyers par les Libanais

Mise à jour le 26/06/2017 à 14h17 Publié le 26/06/2017 à 14h06 Par notre correspondant à Abidjan Georges Moihet

#Côte d’ivoire : Le malaise s'accroît au sein de la communauté des commerçants marocains. Les hausses de loyers que leur imposent les propriétaires libanais sont faramineuses et perçues comme une véritable opération de destruction. «Si rien n’est fait, on va tous finir par fermer et partir». Témoignages.

Les commerces tenus par les Marocains sont-ils réellement menacés par les Libanais? Dans son magasin, Abdelaziz a bien voulu témoigner de la hausse subite de son loyer de plus de 100% en 2012, pour atteindre 781.000 FCFA, soit 1.190 euros. Depuis l’affaire est entre les mains de la justice. Abdelaziz a fait appel d’un premier jugement qui a donné raison au propriétaire, un ressortissant libanais. Mais, contre toute attente, ce dernier continue de menacer le commerçant d’expulsion. «Il me demande aujourd’hui des arriérés de 23 millions FCFA, soit environ 35.000 euros (un montant qui tient compte de la date de la notification de la hausse contestée devant la justice ivoirienne, ndlr). Je n’ai pas cet argent et après plus de 15 ans de location et de présence en Côte d’Ivoire, je devrais tout abandonner et partir, d’autant que mes marchandises et mes biens risquent d’être saisis pour régler lesdits arriérés», se plaint-il.

La situation concerne plusieurs commerces marocains (ces derniers dominent, avec les Libanais, le secteur du commerce à Abidjan). «Le magasin juste à côté est loué par un Marocain qui le mois dernier a reçu une note de son propriétaire lui imposant un loyer de 731.000 FCFA par mois contre environ 300.000 actuellement, soit une hausse de plus 100%, une situation qui est bien semblable à la mienne. Et il doit payer le nouveau loyer dès la fin de ce mois de juin», explique Abdellaziz. «De l’autre côté de la rue, poursuit-il, il y a un autre commerçant marocain qui a été harcelé par son propriétaire libanais et a dû quitter le local aussitôt occupé un Libanais».


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Des témoignages de ce type, la communauté chérifienne en a beaucoup à donner, mais certains préfèrent bien rester anonymes, du moins pour le moment. «Il y a un immeuble racheté par un Libanais vers le siège de la BAD (Banque africaine de développement, ndlr) au bas duquel se trouvaient des magasins loués par des compatriotes. Le monsieur a vidé le bâtiment sous prétexte de vouloir le réhabiliter et a catégoriquement refusé de donner la priorité aux occupants des magasins une fois les travaux achevés comme le voudraient les normes en matière commerciale. C’est scandaleux», note un autre propriétaire d’un commerce dans la commune du Plateau, le centre des affaires d’Abidjan.

La situation est donc de plus en plus intenable. «Ce sont des dizaines de commerces marocains qui ferment et on se sent acculés par les Libanais qui voient certainement d’un mauvais œil notre présence, pourtant on avait jusque-là de très bonnes relations» souligne notre interlocuteur.

Laamarti Samir, un autre commerçant, qui a tout perdu en 2010 suite à «une expulsion abusive» explique: «Le magasin dans la commune de Treichville (au centre d’Abidjan) que j’occupais a été racheté par un Libanais. Ce dernier est arrivé manu militari un samedi soir, sans même me prévenir pour que je range mes affaires, pour casser la porte du magasin et jeter toutes mes affaires dehors. J’ai absolument tout perdu et depuis je suis à la charge d’un compatriote qui a bien voulu m’héberger», explique-t-il.


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La question de la hausse exorbitante des loyers est une situation qui touche particulièrement la ville d’Abidjan en raison d’un déficit de logement. Mais là où le bât blesse, dans le cas de ces magasins, c’est la hausse disproportionnée «et injustifiée» d’un mois à l’autre après des années, voire des décennies de location. «Des dispositions sont en train d’être prises pour une meilleure réglementation du secteur de la location et afin de mettre un terme à la fixation anarchique des prix de location et des cautions», avait indiqué le président Alassane Ouattara lors de son discours du 1er mai dernier.

En attendant que des dispositions claires ne viennent règlementer les conditions de location, on assiste à ce qui ressemble à une course contre la montre dans laquelle se sont lancés certains propriétaires de magasin avant que l’Etat ne légifère définitivement sur la question. Et les locaux commerciaux tenus par les Marocains semblent constituer des proies particulièrement prisées.
Le 26/06/2017 Par notre correspondant à Abidjan Georges Moihet