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Guinée: le président de la Cour constitutionnelle met en garde Condé

Mise à jour le 14/04/2017 à 10h24 Publié le 14/04/2017 à 10h16 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Politique
Kèlèfa Sall, président de la Cour constitutionnelle

Kèlèfa Sall, président de la Cour constitutionnelle

#Guinée : Deux ans après avoir invité Alpha Condé "à ne pas succomber aux sirènes réformistes", Kèlèfa Sall, le président de la Cour constitutionnelle, reste lui-même. La question se pose de savoir s'il ne risque pas d'être perçu comme une menace par un camp présidentiel très tenté par un troisième mandat.

"Ne vous entourez pas d'extrémistes, ils sont nuisibles à l'unité nationale. Evitez toujours les dérapages vers les chemins interdits en démocratie et en bonne gouvernance [...] Gardez-vous de succomber à la mélodie des sirènes révisionnistes car, si le peuple de Guinée vous a donné et renouvelé sa confiance, il demeure cependant légitimement vigilant." Ce discours "osé" du magistrat Kèlèfa Sall, président de la Cour constitutionnelle, avait marqué en 2015 la cérémonie de prestation de serment d'Alpha Condé pour son second mandat. Deux ans après, ses déclarations n'ont pas changé. En recevant en début de semaine le directoire de la Commission de suivi du Code de bonne conduite des partis politiques, il a réitéré ses propos: la Constitution ne sera jamais violée tant qu'il sera à la tête de la Cour constitutionnelle.
 
"Je vais vous mandater auprès du peuple de Guinée et lui dire que c'est une question qui ne mérite même pas d'être posée (celle relative au troisième mandat, ndlr)", a dit fermement Kèlèfa Sall cité par le site Rivièredusud. Et de poursuivre: "moi, tant que je suis à la tête de cette institution, la loi sera dite et la Constitution ne sera jamais violée."


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Kèlèfa Sall est déjà perçu comme une épine dans les pieds de ceux qui pensent à une révision de la Constitution, notamment au sein même de la magistrature suprême. La crise interne à la Cour constitutionnelle serait une conséquence de l'inflexibilité de son président qui s'oppose à certains de ses collègues sur l'idée de permettre une modification de la Constitution.

 
L'article 27 de la Constitution guinéenne stipule que le président de la République est élu au suffrage universel direct. La durée de son mandat est de cinq ans, renouvelable une fois. "En aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels, consécutifs ou non",  ajoute la Constitution dans un autre alinéa du même article. Mais le clan Condé n'a jamais caché le désir d'un troisième mandat. En novembre dernier, le directeur de la police nationale Bangaly Condé avait lancé que le président Alpha Condé resterait au pouvoir jusqu'à sa mort. Fustigé par l'opposition et la société civile, il avait reçu le soutien de quelques barons du parti au pouvoir.


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Mercredi, le président Alpha Condé a laissé planer le flou sur la question, du côté de Paris où il a effectué une visite d'Etat du 10 au 12 avril 2017. Dans une interview accordée à notre confrère Libération, il a déclaré: "Arrêtons avec cette dogmatique de savoir si la bonne chose est un, deux ou trois mandats. Cela dépend de chaque pays et de la volonté de son peuple."
Le 14/04/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou