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Guinée: Conakry paralysée par la marche de l'opposition

Mise à jour le 05/10/2017 à 10h45 Publié le 05/10/2017 à 10h41 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Politique
Marche de l'opposition

#Guinée : D'abord interdite par le gouverneur de la ville de Conakry, puis autorisée par le président Alpha Condé, la marche ''pacifique'' de l'opposition guinéenne s'est déroulée mercredi 4 octobre sur une trajectoire inhabituelle. Toute la ville s'en est trouvée paralysée.

Pour une fois, l'opposition guinéenne a tenu sa marche sur l'autoroute Fidel Castro qui traverse des quartiers favorables au pouvoir. Pour cette énième marche, on a  frôlé le bras de fer. Mardi 3 octobre, quand le gouverneur de la ville de Conakry a interdit la manifestation, les opposants se sont entêtés dans leur projet. Il a fallu l'intervention du président Alpha Condé pour qu'elle soit autorisée, tard dans la nuit de mardi, à condition de modifier légèrement l'itinéraire initialement prévu par Cellou Dalein et Cie. Ainsi, les manifestants sont-ils allés du quartier Tannerie à Bonfi. Alpha Condé a demandé aux opposants de regagner la route Le Prince, leur fief, à partir du rond-point de l'aéroport Gbéssia.
 
L'itinéraire proposé aux opposants allait jusqu'à Hambdallaye, un autre quartier favorable à Cellou Dalein Diallo. Mais ils ont préféré se limiter à Bambéto.
 
A la différence de la dernière marche, qui avait connu une faible mobilisation des militants, des milliers de personnes ont répondu à l'appel à la marche de l'opposition contre " l'impunité et les violences de l'Etat." Sur les pancartes des marcheurs, on pouvait lire entre autres, "A bas la mauvaise gouvernance",  "Justice pour tous",  "A bas l'impunité",  "Halte à la corruption et au détournement."
 
De la Tannerie au rond-point de l'aéroport, les deux chaussées de l'autoroute Fidel Castro ont été occupées par les marcheurs. Les véhicules ont dû trouver des déviations.  L'autoroute étant l'artère principale de la ville de Conakry, l'envahir entraîne forcément une paralysie des activités socioéconomiques de la capitale. Le grand marché de Madina et le marché de Matoto n'entraient pas dans l'itinéraire de la marche. Mais par peur des violences qui ont souvent accompagné les marches de l'opposition, la plupart des boutiques et magasins y sont restés fermés.
 
Sur la route le Prince où les leaders et la plupart des militants se sont rassemblés pour rejoindre l'autoroute, des écoles n'ont pas pu faire cours.  
 
"Mes chers compatriotes ici présents, je voudrais vous féliciter très sincèrement au nom de mes collègues pour cette participation massive à la marche que l’opposition républicaine a décidé d’organiser pour marquer sa solidarité avec les familles qui ont perdu leurs enfants lors de nos manifestations et en dehors de nos manifestations. Nous avons aussi organisé cette manifestation pour exprimer notre indignation face à l’indifférence de ceux qui sont chargés d’assurer la sécurité et de garantir la justice aux citoyens de notre pays", a déclaré Cellou Dalein au rond-point de Bambéto, là où la marche s'est terminée.

"Il y a des bavures dans tous les pays, mais lorsque, à chaque manifestation, vous perdez 2, 3, voire jusqu’à 12 personnes, et que le gouvernement reste indifférent,  il ne mérite pas de diriger le pays. C’est pourquoi je dis que monsieur Alpha Condé n’a aucune légitimité à nous diriger.", a poursuivi le chef de file de l'opposition.

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Cellou Dalein Diallo a déploré qu'il y ait encore eu un mort au cours de la manifestation de ce mercredi 4 octobre. Cette fois-ci, le décès n'est pas attribué aux forces de l'ordre. L'opposant lui-même a déclaré qu'un "minibus a fauché un motard qui a malheureusement succombé" à ses blessures.
 
Vu la grande mobilisation de ce mercredi, Cellou Dalein a décidé que la marche ne serait pas suivie d'une journée "ville morte", comme cela était prévu. En choisissant cette option, Cellou Dalein entend permettre aux Guinéens de reprendre leurs occupations quotidiennes ce jeudi, celles-ci ayant été largement perturbées dans la journée de mercredi.
Le 05/10/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou