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Guinée: transport urbain, la SOTRAGUI au plus mal

Mise à jour le 12/05/2017 à 12h14 Publié le 12/05/2017 à 12h09 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Société
Sotragui

#Guinée : La Société de transports de Guinée (SOTRAGUI) peine à se relever d'une mauvaise gestion, d'un détournement de fonds et des vols dont elle a été victime. En attendant l'implication d'un partenaire étranger, la situation va de mal en pis.

C'est un euphémisme de dire que la Sotragui va mal. Elle va même très mal. Pour preuve, sur les 100 bus de la société, seuls neuf sont fonctionnels. Le 28 mars dernier, le ministre des Transports a décidé de suspendre les activités des neuf bus rescapés en attendant une amélioration de la situation. Pendant ce temps, le personnel n'a pas perçu son salaire des deux derniers mois. «Le ministre a décidé de faire garer les bus dans l'objectif de nous affaiblir. Il sait que sans ces bus, il nous sera difficile de nous retrouver pour revendiquer», accuse Alexandre Camara, membre du syndicat des travailleurs de la SOTRAGUI.

Pour le directeur par intérim de la SOTRAGUI, la raison est tout autre. «Les bus ont été garés à la suite du mouvement de protestation du groupe de chauffeurs. Il fallait protéger le peu qui reste de tout acte de vandalisme», a indiqué Amadou Sacko. Derrière les volants, un groupe de chauffeurs a récemment tenté d'obstruer l'entrée du ministère des Transports pour protester contre le non-paiement des salaires.


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De toute façon, le personnel est inquiet. «On nous a dit que le travail allait reprendre. Mais quand? Nous n'en avons aucune idée, et c'est ce qui nous inquiète», exprime Alexandre Camara. Le directeur par intérim croit que la société pourrait mieux redémarrer avec un partenaire étranger, notamment avec l'entreprise marocaine City Bus Transport qui a signé en août 2016 une convention de concession avec l'Etat guinéen. «Quelques formateurs de la SOTRAGUI ont été formés par les Marocains. Depuis, on attend», a indiqué Amadou Sacko, qui est aussi inspecteur au ministère des Transports. Mais le directeur par intérim n'a pu annoncer la date à laquelle City Bus Transport pourrait récupérer la gestion de la SOTRAGUI.

Née en 2012 sur les cendres de l'ancienne SOGUITRANS (Société guinéenne de transports), la SOTRAGUI n'aura connu que deux ans de succès, avant de sombrer sous l'effet de la mauvaise gestion, mais surtout du détournement présumé de 7 milliards par l'ancien directeur général Bocar Sidibé (en fuite depuis début 2016). L'entreprise a aussi souffert du vol de certaines pièces sur ses bus.


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Le président Alpha Condé avait pourtant prévenu que les Guinéens ne pourraient pas gérer la SOTRAGUI. Mais après le retrait inattendu de la société française RATP (Régie autonome des transports parisiens) de la cogestion de la SOTRAGUI, le président guinéen n'avait pas d'autre choix que de laisser la société dans les mains de ses compatriotes en attendant de trouver un nouveau partenaire étranger.

City Bus Transport, le nouveau partenaire ferait-il preuve de prudence? Difficile de le savoir pour l'instant. Mais les raisons de rester sur ses gardes ne manquent pas. Si on peut renouveler le parc automobile de la SOTRAGUI avec 50 bus récemment offerts par le président turc Erdogan, l'état actuel du réseau routier guinéen n'est pas favorable à l'expansion d'une société de transport.

Pourtant, en plus du personnel, ce sont des milliers de Guinéens qui souffrent de la mise en arrêt des bus de la SOTRAGUI. Compte tenu d'un tarif abordable, les bus de la SOTRAGUI restent le moyen de transport favori d'une majorité et notamment des petites bourses.
Le 12/05/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou