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Guinée. Viol: la star de la musique urbaine, l'élève et le marabout

Publié le 04/07/2017 à 17h21 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Société
Dans l'affaire Anta Ndiaye, le marteau de la justice a tapé un peu fort

Dans l'affaire Anta Ndiaye, le marteau de la justice a tapé un peu fort

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#Guinée : Au tribunal de première instance de Dixinn, en banlieue de Conakry, une élève de 18 ans se démerde pour prouver un présumé viol qu'elle aurait subi en 2016. Un marabout est emprisonné depuis près d'une année. Mais pour l'élève, son violeur est bien Marcus, une célébrité de la musique urbaine.

Lundi 03 juillet, Fatoumata N'diaraye Bah et son présumé violeur ont été de nouveau largement entendus par le tribunal. Abdoul Aziz Bangoura, alias Marcus, célèbre artiste du groupe Banlieuz'art, est resté sur sa position et réitéré qu'il n'a jamais violé mademoiselle Bah.

L'artiste a indiqué qu'il avait plutôt voulu protéger la fille de 17 ans -à l'époque des faits- qu'il avait rencontrée au bar Seven Eleven, en banlieue de Conakry, dans la nuit du 10 janvier 2016. Cette nuit, explique Marcus, N'diaraye avait tenu à le rencontrer. Alors, ils se sont donné rendez-vous au bar Seven Eleven. Marcus avait même oublié ce programme, mais quand il s'est rendu au bar à 2 heures du matin, il a vu Bah assise, en train de l'attendre. "Quand je l'ai vu, j'ai tout de suite su que j'avais affaire à une mineure", a indiqué Marcus.

Au bar, Marcus achète à manger à N'diaraye, et la laisse pour s'occuper d'autre chose. Quelque temps après, elle lui dit qu'elle veut rentrer. "Elle m'a dit qu'elle loge à Gomboya, dans Coboyah (à une quarantaine de kilomètres de Conakry). Alors je lui ai dit que c'était risqué d'aller jusqu'à Coboyah à cette heure de la nuit", a poursuivi l'accusé.

Marcus demande ensuite à son amie si elle n'a aucun parent à Conakry. En réponse, elle lui dit qu'elle a une amie dans la capitale, mais qu'elle ne voudrait pas aller taper à s porte à cette cette heure (vers 3 heures). Alors, la star propose à N'diaraye d'aller passer la nuit chez lui pour repartir le lendemain.

A la maison, Marcus laisse son invitée au salon, et rentre dans sa chambre avec deux filles qui l'accompagnaient. "C'est un appartement de quatre chambres. Vu que toutes les chambres étaient occupées par des hommes, j'ai pensé qu'elle serait mieux en sécurité au salon",  explique Abdoul Aziz.


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Le lendemain, N'Diaraye s'est lamentée de son ventre. Elle a dit qu'elle avait des règles douloureuses. Alors, Marcus a envoyé son neveu lui chercher du coton hygiénique. Le reste, il n'en sait presque rien. Il a donné 20.000 francs guinéens à son neveu pour raccompagner la fille. C'était en fin d'après-midi de la journée du 11 janvier 2016.


"Il m'a déflorée"


Les faits sont décrits avec beaucoup de différences par la jeune demoiselle qui se fait accompagner au tribunal par une poignée d'amies pour la soutenir. Selon elle, c'est Marcus qui a demandé à la rencontrer. Alors, elle a menti à sa maman pour sortir de la maison. Ainsi, elle arrive à l'hôtel Mariador Palace vers 19 heures. Après les salutations, l'artiste la fait monter dans sa voiture, direction chez un ami  (de Marcus). Ensuite, le couple arrive à Seven Eleven vers 21 heures.  Là, Marcus lui offre du vin rouge. Mais elle dit être assez jeune pour goûter au vin. Elle ne prendra finalement qu'une canette de Coca cola. Une heure plus tard, elle dit à Marcus qu'elle veut rentrer.

Marcus lui propose de la raccompagner chez elle. Mais au lieu d'aller à Cobayah où elle loge, Marcus fait escale chez lui à Kipé. Bah veut rester au salon, mais Marcus la fait rentrer dans sa chambre. "Je ne peux pas dormir sans prendre mon bain, c'est pourquoi je me suis douchée, et je lui ai demandé s'il n'avait pas une serviette. Il m'a dit qu'il n'en avait pas. Par contre il m'a donné un habit que j'ai porté...", at-elle expliqué.


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Ensuite, selon elle, Marcus s'est approché d'elle, et "s'est courbé entre ses jambes" pendant qu'elle était assise. Elle l'a repoussé en lui disant qu'elle était encore vierge. Quand elle s'est levée, l'artiste l'a fait tomber sur son lit. "Il m'a défloré, j'ai saigné. C'est pourquoi, le lendemain, il a demandé à son neveu d'aller chercher du coton hygiénique pour moi", a-t-elle dit.

Le lendemain, fatiguée, elle reste chez Marcus jusqu'à 16 heures. L'artiste lui remet 20.000 francs guinéens et la fait raccompagner par son neveu. Mais au lieu d'aller à la maison, N'diaraye Bah, craignant une violente réaction de ses parents, va chez son amie Binta, qui serait actuellement à Dakar. "Connaissant mes parents, rentrer ne serait pas bon pour ma vie", a-t-elle dit.

Le marabout



Alors qu'elle était chez son amie, elle sort un jour pour aller voir le marabout Koulako Kourouma. Auparavant, elle et sa maman étaient venues voir ce marabout pour un talisman pouvant l'amener à prendre au sérieux les études. Après ce premier travail, elle seule était retournée chez Koulako en vue d'avoir un mari. "J'avais bien été chez Koulako pour avoir un mari, mais pas pour être épousée par Marcus", a-t-elle reconnu.

Pour cette troisième visite chez Koulako, N'diaraye dit qu'elle l'a trouvé en train de faire des réparations sur sa maison. Alors, le marabout l'a fait assoir au salon. Des minutes après, arrive sa maman qui la cherchait depuis des mois. Elle demande à Koulako s'il n'a pas vu par hasard sa fille. Non, lui répond le marabout. Mais la maman finit par trouver sa fille au salon du marabout. "Koulako connaissait bien quelle serait la réaction de ma maman. C'est pourquoi il a essayé de me cacher", a-t-elle expliqué.

Pour la maman, il n'y a aucun doute, c'est le marabout qui cachait sa fille depuis des mois. Elle porte alors plainte contre lui à un commissariat de la banlieue de Conakry. Elle constate d'ailleurs que sa fille est enceinte. Mais N'diaraye assure que celui qui l'a engrossée est bien Marcus. La maman finira par retirer sa plainte contre le marabout. Pour la défense de Marcus, la maman a eu peur des pouvoirs mystiques de Koulako. "C'est normal que ma maman retire sa plainte parce que je suis la mieux placée pour reconnaître mon violeur", réplique la fille.

Contradiction


Pourquoi tu n'avais pas résisté quand Marcus a tenté de te violer? A cette question du juge, la jeune fille de 18 ans a indiqué qu'elle avait bien crié, mais ceux qui étaient au salon ne pouvaient pas entendre ses cris vu qu'il le haut son de la musique. Elle a fini par céder vu que Marcus était plus fort qu'elle.


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Mais le procureur n'est pas d'accord avec l'élève de 18 ans. Puisque dans l'ordonnance de renvoi du juge d'instruction, mademoiselle Bah déclare : "Je porte plainte contre Marcus qui m'a violée. Par contre, je ne porte pas plainte contre Koulako, quoique j'ai eu au moins un rapport sexuel avec lui. C'était consentant". A la barre, Bah a nié cette déclaration. "Koulako ne connaît pas la couleur de mon slip. Il n'a jamais couché avec moi. C'est pourquoi je n'ai jamais souhaité qu'il aille en prison", a-t-elle réitéré.


Par ailleurs, la jeune fille a indiqué que sa maman l'avait poussé à dire n'importe quoi. Dans le procès-verbal de la police elle indique même que c'est un diable qui l'a transporte vers une grande maison inhabitée. C'est là que Marcus l'a rencontrée pour l'envoyer chez lui. Une affirmation qu'elle a encore niée à la barre. "Je suis une personne normale, je ne peux pas dire ça", a-t-elle réagi à ce passage du procès-verbal.

Mademoiselle Bah soutient mordicus qu'elle a été mise enceinte par Marcus. Mais le rapport d'une échographie réalisée le 11 juillet 2016, soit six mois après sa rencontre avec Marcus, indique une grossesse de trois mois. "C'est vrai que les échographies ne donnent pas souvent le nombre de mois exact, mais là, la différence est énorme", a estimé le juge.

Ce qui étonne aussi le procureur et la partie civile, c'est que le rapport du médecin légiste, qui a examiné N'diaraye en juin 2016, ne mentionne aucun cas de grossesse. "De toute façon, le tribunal n'est pas saisi pour grossesse, mais plutôt pour viol",  a répliqué un des avocats de la jeune fille.

"Tout ce que la fille a dit sur moi est vrai, je n'ai jamais eu de rapport sexuel avec elle", a réagi Koulako qui s'est vu refuser une nouvelle demande de liberté provisoire.

"Je me demande pourquoi elle fait tout ça. Si c'est vrai qu'elle m'aime comme elle l'avait dit, je ne crois pas que c'est de cette manière qu'elle devrait agir. Je suis en train de mener mes enquêtes pour savoir qui est derrière tout ça, et j'ai déjà quelques informations", dira pour sa part Marcus, le célèbre artiste musicien du groupe mythique Banlieuz'art qui a récemment réalisé un featuring avec Viviane Chidid du Sénégal.

Finaliste de l'édition 2015 du prix RFI, Marcus a également participé à plusieurs chansons phares contre Ebola, dont "Africa stop Ebola" co-chanté avec Tiken Jah Fakoly, Salif Keita, Oumou Sangaré, Mory Kanté...

Il faut signaler que les plaidoiries et réquisitoire dans ce procès sont prévus lundi 11 juillet.
Le 04/07/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou