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Guinée: «Mémoire collective», la violence politique expliquée dans un livre

Mise à jour le 26/09/2018 à 15h06 Publié le 26/09/2018 à 15h04 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

#Société
Guinée Il y a sept ans 150 personnes étaient massacrées, toujours pas de justice
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#Guinée : «Mémoire collective» est un ouvrage de 354 pages sur les violences politiques en Guinée. Fruit de la collaboration entre la Fédération internationale des ligues de Droits de l’Homme (FIDH) et Radio France Internationale (RFI), il a été présenté ce lundi 25 septembre au public de Conakry.

La République de Guinée, pays d’Afrique aux immenses richesses naturelles, qui lui confèrent  le statut de véritable scandale géologique, a été victime de différents régimes de dictature ayant plombé ses chances de décollage économique.

Ainsi, "Mémoire collective" est l'histoire plurielle des violences politiques en Guinée, étalant au grand jour 60 années de feu et de sang, perdues pour le développement.

Cette histoire est racontée par des universitaires guinéens et étrangers, notamment Français, et les journalistes de RFI, qui ont fait parler à la fois les défenseurs de droits humains, les victimes et les bourreaux.

Il s’agit «d’un projet inédit qui continent une enquête, des témoignages, des réflexions sur des actes de violence» récurrents depuis 1954.


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Dans ce pays au parcours hanté par le feu et le sang, l’année 1954 marque un point de départ, avec de graves exactions impliquant les partisans du Parti démocratique de Guinée/ section du Rassemblement démocratique africain (PDG/RDA) aux militants des autres formations telles que le Bloc Africain de Guinée (BAG), le Parti Socialiste, etc. 

Sekou Touré, libérateur devenu tyran

Le PDG d’Ahmed Sekou Touré prend le dessus, avec le "non" du 28 septembre 1958, et un passage choc porte Sekou Touré au pinacle, lors d’une allocution devant le général De Gaulle venu plaider en faveur d’une communauté sous la férule de la puissance coloniale: «nous préférons la liberté dans la misère, à la richesse dans l’esclavage». Dès lors, Sekou Touré devient un mythe, une véritable figure du Tiers Monde.

Un chapelet de complots

Mais la suite du règne de l’homme fort de Conakry est marquée par une multitude de complots réels et parfois imaginaires, de 1960 à 1984, date du décès du Chef Suprême de la Révolution.


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Au cours de ces différentes péripéties, la Voix de la Révolution, organe du gouvernement, livre de multiples détails avec des aveux souvent extorqués sous la torture, sur plusieurs projets de déstabilisation formant un chapelet de complots «complot des armes: un projet de déstabilisation fomenté par les services français» à partir de 1960. Complot des intellectuels tarés et des commerçants
véreux, complot des militaires,…

Le "complot" devient alors un moyen de gouvernance et le responsable de tous les échecs politiques économiques. Fait saillant dans cette catégorie, le débarquement du 22 novembre 1970 , l'«Opération Mar Verde», exécutée par l’armée coloniale portugaise, en lutte contre le Parti africain pour la l’indépendance de la Guinée Bissau et du Cap Vert (PAIGC), accompagnée par des exilés guinéens, qui débouche sur un échec.

Un épisode sanglant suivi de l’arrestation et de l’exécution de plusieurs dizaines, voire centaines de hauts cadres, avec parfois des pendaisons publiques. Une tourmente dans laquelle la foule est érigée en Tribunal révolutionnaire suprême du peuple, prononçant des sentences de mort, des travaux forcés à perpétuité et d’autres peines infamantes et dégradantes.


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Une fournée de suppliciés parmis lesquels certains ont été victimes de vulgaires règlements de comptes et d’une «ferveur révolutionnaire» excessive. Le tristement célèbre camp «Mamadou Boiro» ne désemplit pas et ses murs aux messages écrits avec le sang des prisonniers, deviennent les témoins silencieux de toutes les formes  de souffrances causées à des êtres déshumanisés «décharnés, défigurés, sourds, muets et aveugles», selon la description de l’opposant Thierno Siradiou Bâ.

L’un des tous derniers épisodes de ce règne sanglant bâti sur l’idée du coup d’Etat permanent, prêté à tous ceux qui étaient alors considérés comme des adversaires, a été le complot «Peul» à l’origine de l’arrestation et de la mort par diète noire, de Diallo Aboubacar Telli, premier Secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine (OUA). Un événement enregistré entre août 1976 et février 1977.

Fin tragique de plusieurs bourreaux

Un autre fait marquant de l’histoire des violences politiques en Guinée est fourni par la fin tragique de plusieurs dignitaires du régime Sekou Touré, après le décès de celui-ci, suivi d’un putsch sans violence du colonel Lansana Conté, en mars 1984.

Le nouveau régime militaire saisit l’occasion d’une tentative de coup d’Etat du colonel Diarra Traoré, perpétrée en juillet 2005, pour massacrer ce dernier, tous ses compagnons et procéder à l’exécution extra-judiciaire des dignitaires du régime Sekou Touré, qui étaient détenus dans une prison de la ville de Kindia.


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Parmi les nouvelles victimes de violences, des présumés tortionnaires, considérés comme responsables de la mort de nombreux opposants, à l’image d’Ismail Touré, demi-frère du président Sekou Touré, Siaka Touré, neveu de feu le chef de la révolution, et ancien commandant du «Camp Boiro» mais aussi des officiers et des civils ayant servi le régime Touré.

Les Massacres du 28 septembre 2009

En égrenant l’interminable chapelet de l’histoire des violences politiques en Guinée, un autre rappel, plus récent dans le temps, s’impose. Il s’agit du massacre de 150 opposants et du viol de plus de 100 femmes, réunis dans le cadre d’un meeting de l’opposition au «Stade du 28 septembre» de Conakry, un certain 28 septembre 2009. Un rassemblement dont l’objectif est de dire non à une candidature du capitaine Moussa Daddis Camara, chef de la junte au pouvoir, en perspective de l’élection présidentielle de 2010.

Une enquête qui reste interminable pour les victimes, malgré l’inculpation et l’arrestation de quelques rares présumés responsables de ces crimes.

Tous ces faits illustrent pleinement la pertinence d’un livre sur les violences politiques en Guinée.
Le 26/09/2018 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya