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Mali: des signataires de l'accord de paix mêlés aux attaques terroristes et aux trafics

Mise à jour le 30/08/2018 à 08h51 Publié le 30/08/2018 à 07h32 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

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#Mali : Certains signataires de l'accord de paix d'Alger sont impliqués dans des attaques terroristes et toutes les formes de trafics au Mali, selon un rapport d'experts de l'ONU, qui sera prochainement transmis au Conseil de Sécurité.

La signature de l’accord de paix d’Alger entre le gouvernement du Mali et la rébellion touarègue, au mois de mai 2015, n’a pas éradiqué les mauvaises habitudes et les penchants criminels de certains acteurs de la crise militaire et sécuritaire qui prévaut dans ce pays depuis l’éclatement de la rébellion de 2012, suivie de la conquête du Nord par des groupuscules islamistes, terroristes.

Cette thèse ressort d’un rapport d’experts de l’Organisation des Nations Unies (ONU), consulté par le quotidien français «Le Monde».

Ce document affirme qu’au Mali «les signataires de l’accord de paix contribuent à des attaques, des trafics de migrants et de drogues». Il s’agit d’un rapport «accablant, qui ne serait que la partie visible d’un énorme iceberg».

Pour la première fois, les experts onusiens évoquent des faits précis, et collent des noms et des identités complètes aux présumés auteurs.


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En effet, dans un style direct, sans détour, le document de 71 pages, affirme «la participation d’Alkassoum Ag Abdoulaye, chef d’état-major de la Coalition du peuple pour l’Azawad (CPA), dans la double attaque terroriste du camp militaire de Soumpi, dans la région de Tombouctou, les 24 octobre 2017 et 27 janvier 2018».

La CPA est une composante d’un collectif ayant signé tardivement l’accord d’Alger. Mais le rapport des experts onusiens signale que l’exemple des attaques contre le camp militaire de Soumpi ne constitue pas un cas isolé, car la même personnalité «a contribué à coordonner des attaques terroristes dans la région de Mopti. Alkassoum Ag Abdoulaye n’est pas un terroriste en tant que tel. Mais il a profité des occasions pour récupérer des armes et des munitions».

Les auteurs du rapport onusien entendent ainsi démontrer «qu’il y a des stratégies opportunistes, qui ne mettent forcément pas en cause les groupes en tant qu’entités, mais des individus, acteurs invisibles, qui ont des intérêts particuliers et ralentissent la mise en œuvre de l’accord de paix», explique une source diplomatique.


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Ces experts mettent également en exergue «le rôle joué par un certain Mohamed Ousmane Ag Mohamedoune, un autre leader de la CPA, dans les entraves au processus de paix dans les régions de Tombouctou et de Gao. Celui-ci aurait eu pour rôle d’imposer la Coordination des mouvements de l‘entente (CME), dans les différents mécanismes établis par l’accord d’Alger, en particulier le Mécanisme opérationnel de coordination (MOC)».

L’objectif du MOC, rappelle-t-on, est de fixer les quotas de soldats aux trois parties signataires de l’accord -la Coordination des mouvements de l’Azawad, la Plateforme et l’Etat malien- qui seront ensuite réintégrés dans l’armée.

Clairement, l’objectif de certains acteurs signataires de l’accord de paix, est de montrer leur capacité de nuisance au processus en cours, dans le but de s’imposer comme quatrième de l’Accord d’Alger.


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Des groupes auraient menacé de boycotter le scrutin présidentiel qui vient de consacrer la réélection d’Ibrahim Boubacar Keita (IBK) «en vue d’être inclus dans l’accord et ses mécanismes».

Plus grave encore, des personnalités issues de groupes ayant signé directement l’accord d’Alger sont mises en cause.

Exemple avec le maire de la commune de Talataye (région de Gao), Salah Ag Ahmed, «présenté par plusieurs sources indépendantes comme un membre éminent du HCUA, et comme agent de liaison d’Ansar Eddine (intégré à l’Etat Islamique dans le Grand Sahara)et donc un proche d’Iyad Ag Ghali».  

Au-delà des connexions avec les groupes terroristes, le rapport aborde également les activités relevant de l’économie criminelle, notamment les diverses formes de trafics.

Il cite «le cas de Mohamed Ag Rhissa, membre du Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), qui illustre parfaitement les liens entre passeurs de migrants et les activités des groupes armés. Celui-ci contrôle le passage des migrants à Talhandak. Il a détenu des femmes et facilité leur exploitation sexuelle, les libérant seulement après le paiement d’une somme allant de 150.000 à 175.000 francs CFA (soit de 228 à 267 euros)».

Le rapport cite aussi un certain Baye Coulibaly, comme «l’un des principaux passeurs de migrants. Il dirige un business de transport opérant entre Gao et Tamanrasset (Algérie) et fournit de faux documents maliens pour faciliter la traversée des clandestins venus d’autres pays».

Coulibaly est aussi soupçonné «de détenir des migrants expulsés d’Algérie, qui sont par la suite recrutés par le GATIA, dans le but d’être intégrés au processus de Démobilisation, désarment et réinsertion (DDR) de Gao».

Des membres du GATIA, groupe d’autodéfense allié à Bamako, sont également accusés d’escorter des convois en vue de sécuriser le trafic de cannabis dans le Nord. Ces cas représentent quelques exemples parmi tant d’autres.

Ce rapport sera transmis au Conseil de sécurité de l’ONU pour des sanctions attendues depuis quelques années.

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Le 30/08/2018 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya