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Covid-19: nouveaux variants et troisième vague, l’Afrique s'inquiète

Mise à jour le 30/04/2021 à 17h04 Publié le 30/04/2021 à 17h00 Par Moussa Diop

#Société
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#Maroc : L’Afrique est globalement épargnée par le Covid-19, selon les données officielles. Toutefois, l’inquiétude est palpable avec la multiplication des variants plus contagieux et les risques d'une nouvelle vague de contamination au moment où les approvisionnements en vaccins sont quasiment à l'arrêt.

Si l’Afrique est grandement épargnée jusqu’à présent par la pandémie, à quelques exceptions près, l’apparition de variants à l’origine d’une troisième vague dans de nombreux pays fait craindre le pire.

En effet, depuis l’apparition de la pandémie du Covid-19, selon les données officielles qui sont loin de refléter la réalité des contagions, à cause notamment de la faiblesse des tests réalisés et des nombreux cas asymptomatiques qui s’expliquent grandement par la jeunesse de la population africaine, le continent compte 4,58 millions de cas cumulés, soit 3,03% des cas enregistrés dans le monde, et 121.854 décès, soit 3,83%des décès enregistrés dans le monde, alors que l’Afrique représente un peu plus de 16% de la population mondiale. 

Les pays les plus touchés depuis l’apparition de la pandémie sont l’Afrique du Sud (1,58 million de cas pour 54.331 décès), le Maroc (510.886 cas pour 9.020 décès), la Tunisie (307.215 cas pour 10.641 décès), l’Ethiopie (256.418 cas pour 3.658 décès) et l’Egypte (226.531 cas pour 13.278 décès).

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Si globalement la tendance est à la décrue des contaminations au Covid-19 dans de nombreux pays, notamment l’Afrique du Sud, le Maroc, l’Egypte, et dans la majeure partie des pays d’Afrique subsaharienne, il n’en demeure pas moins que certains autres connaissent des niveaux de contagion élevés et inquiétants. Cela s’explique surtout par la multiplication de nouveaux variants (britannique, sud-africain, brésilien, indien, tanzanien, etc.), globalement plus contagieux et plus mortels que la souche originelle.

C’est le cas des pays de l’Est, notamment le Kenya, l’Ethiopie, la Tanzanie, mais aussi et surtout de la Tunisie. Ce dernier enregistre quotidiennement un nombre élevé de contagions et de décès. Le pays est touché par une 3e vague aggravée par l’apparition de nouveaux variants 70% plus contagieux que la souche originelle avec environ 30% de plus de risque d’entrainer des formes graves du Covid-19.

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L’Algérie aussi fait face à une montée des cas de Covid-19 depuis quelques jours à cause des variants britannique et nigérian poussant les autorités a annoncé de nouvelles mesures pour faire face à la recrudescence des contagion avec la réinstauration du couvre-feu nocturne dans plusieurs wilayas.

Globalement, outre les effets des variants plus contagieux, ces recrudescences s’expliquent aussi et surtout par l’abandon des mesures barrières dans presque tous les pays du continent.

Si le continent est jusqu’à présent globalement épargné par la pandémie, l’inquiétude grandit à présent avec la multiplication des variants qui touchent une population de plus en plus jeune. De plus, beaucoup craignent que l’explosion des cas en Inde n’impacte très négativement le continent africain quand on sait les relations qu’entretient le deuxième pays le plus peuplé du monde avec le continent, notamment avec les pays de l’Afrique de l’Est où vivent d’importantes diasporas indiennes avec des flux humains incessants entre les deux régions. La crainte est donc que le variant indien ne se propage au niveau du continent à partir de l’Afrique de l’Est. Toutefois, rares sont les pays africains qui prennent des mesures pour anticiper cette nouvelle vague de contagion.

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La crainte est d’autant plus justifiée que l’Afrique est sous équipée en infrastructures sanitaires pour faire face à des variants plus contagieux.

Ainsi, la Tunisie, l’un des pays les mieux dotées en infrastructures sanitaires du continent, est aujourd'hui dépassée. Les hôpitaux du pays sont débordés. Les services de réanimation du pays ont atteint un taux d’occupation de 92% et les services d’oxygène affichent un taux de plus de 70%. Dans certaines régions, parmi les plus touchées du pays par la pandémie du Covid-19, les services de réanimation et d’oxygène sont quasiment saturés.

A celà s'ajoute le fait que les campagnes de vaccination lancées un peu partout au niveau du continent afin de contribuer à l’immunisation de la population tournent en mode ralenti, sinon à l’arrêt, faute de vaccins. En effet, les campagnes de vaccination entamées au niveau du continent l’ont été, à l’exception du Maroc et des Seychelles, via le mécanisme du Covax initié par l’OMS et l’Alliance mondiale pour les vaccins.

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En tout, selon les données de Our World In Data, 17,68 millions de doses ont été administrées au niveau de 41 pays africains.

A l’heure actuel, le seul pays qui peut se targuer d’avoir atteint un niveau de vaccination pouvant lui conférer une certaine immunité est l’archipel des Seychelles. Le pays a mis l’accent sur la vaccination de sa population forte de moins de 100.000 habitants afin de l’immuniser et de pouvoir ainsi relancer l’activité touristique qui représente 60% du PIB du pays. L’archipel a déjà administré 125.500 doses. Et en ne tenant pas compte des enfants, presque toute la population adulte qui désirait se faire vacciner l’est désormais.

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En dehors des Seychelles, le Maroc est le pays qui a administré le plus de doses anti-Covid-19 au niveau du continent africain. A la date du 28 avril 2021, soit trois mois après le lancement de sa campagne de vaccination, le Royaume a administré 9,24 millions de doses à sa population. Les professionnels de santé, les malades chroniques, les autorités en charge de la défense et de la sécurité et les personnes âgées de 60 ans et plus ont été vaccinés. Cela a été rendu possible grâce aux commandes auprès des laboratoires pharmaceutiques bien avant la mise sur le marché des premiers vaccins. Cette politique anticipatrice a permis au Maroc d’acquérir à ce jour un total de 9 millions de doses auprès les laboratoires Serum Institute of India (ISS) et Sinopharm (Chine). A cela s’ajoute 320.000 doses du mécanisme Covax reçues début avril.

Le succès de la campagne de vaccination et le maintien des mesures de barrières (port du masque, distanciation physique, interdiction de rassemblements, couvre-feu nocturne, …) expliquent grandement la forte baisse des contagions au Covid-19 qui tourne autour de 600 nouveaux cas quotidiens actuellement contre plus de 5.500 à la mi-novembre 2020, en plein pic de la troisième vague.

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Loin derrière le Maroc, les pays africains qui ont le plus vaccinés sont le Nigéria (1,2 million de doses administrées), le Kenya (853.087), le Ghana (846.588), l’Egypte (660.000), le Zimbabwe (477.597), l’Angola (456.349), l’Ethiopie (43.000), le Sénégal (410.924), la Tunisie (358.746), le Rwanda (349.702), l’Ouganda (321.350) et l’Afrique du Sud (307.591).

Le déploiement des vaccins anti-Covid-19 en Afrique est lent, en partie à cause de problèmes d’approvisionnement, de logistiques et d’un scepticisme plus général à l’égard du vaccin. La situation s’est corsée depuis que le laboratoire indien Serum Institute of India (SII), plus grand fabricant au monde de vaccins, a été contraint par les autorités indiennes de consacrer la totalité de sa production à l’Inde. Avec 1,39 milliard d’habitants, l’Inde est actuellement le second pays le plus touché par la pandémie, derrière les Etats-Unis, avec 18,8 millions de cas et 208.330 décès liés au Covid-19. Par conséquence, le programme Covax est désormais livré en vaccins AstraZeneca-Oxford par uniquement un laboratoire coréen.

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Quant aux autres vaccins (Spoutnik V, Pfizer-BioNTech, Moderna, Johnson&Johnson, Sinopharm, Sinovac,…), leurs livraisons au continent se font au compte goutte. Toutefois, avec l’avancée des campagnes de vaccination aux Etats-Unis et au Royaume-Uni et dans certains pays européens, l’accès aux vaccins sera probablement moins problématique à partir du second semestre 2021.
Le 30/04/2021 Par Moussa Diop

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