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Vidéo. Marrakech. Atlantic Dialogues: Najat Vallaud-Belkacem décortique la problématique du système éducatif

Mise à jour le 13/12/2019 à 08h56 Publié le 13/12/2019 à 08h53 Par Moussa Diop et Said Bouchrit

#Culture
Najat Vallaud Belkacem
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#Maroc : Choix du mode d’éducation, formation professionnelle, «Classement PISA», problèmes du système éducatif marocain, nécessité de la formation continue des enseignants,… Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre française de l’Education, de l’enseignement supérieur et de la recherche, dit tout.

«Le dilemme de l’éducation», a été la thématique de la seconde plénière de la première journée de la 8e édition des Atlantic Dialogues, qui se tient depuis hier, jeudi 12 décembre et se poursuivra jusqu'au 14 décembre, organisée par le think tank marocain Policy Center for the New South du Groupe OCP. 

Ce panel, qui a réuni plusieurs anciens ministres d’éducation des pays du Nord et Sud, a été l’occasion de mettre l’accent sur l'échec des systèmes éducatifs africains, pris globalement, à travers l’exemple nigérian.

Obiageli Katryn Ezekwesili, conseiller économique principal, Africa economic development policy initiative (AEDPI), ancien ministre de l’Education du Nigeria, a mis l’accent sur la problématique de l’accès à l’école, le décrochage scolaire, l’inadéquation entre la formation et le marché de l’emploi et la problématique de la continuité des politiques d’éducation qui ont tendance à changer à chaque fois que le locataire du département change.

Ainsi, a t-elle souligné, toutes les réformes du système éducatif nigérian qu’elle avait mis en place ont été abandonnés par le gouvernement suivant.


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L’autre problème majeur du système éducatif africain, pris globalement, même si les ampleurs différent d’un pays à l’autre, est relatif à la déperdition scolaire.

Ainsi, selon Didier Acouetey, président e fondateur d’AfricSearch Groupe (France), sur 100 enfants scolarisés au niveau primaire au niveau de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, 70% décrochent avant le baccalauréat et 20% n’arrivent pas à obtenir un diplôme supérieur.

Malheureusement, sur les 10% qui arrivent à obtenir un diplôme supérieur, il s’avère que leurs diplômes sont incompatibles avec les besoins du marché du travail.

Pourtant, souligne-t-il, plusieurs pays africains consacrent entre 25 et 40% de leurs budget à l’éducation. Toutefois, «10% des budgets des ministères de l’Education sont affectés aux investissements», explique t-il. 

Et de fait, on note un peu partout en Afrique une insuffisance de l'offre en d’écoles primaires, secondaire et supérieures, que le privé tente d’atténuer, accentuant souvent les inégalités sociales au sein des sociétés des pays africains.


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Pourtant, partout en Afrique, des réformes des systèmes éducatifs sont engagées.

Les pays ont pris conscience que sans une bonne éducation, point de développement économique et social.

Naturellement, du fait des performances économiques des pays asiatiques au cours de ces dernières années, les modèles de ces pays sont sollicités.

C’est le cas notamment du modèle singapourien, considéré comme l’un des meilleurs au monde.

Seulement, si Singapour a réussi son système éducatif, selon Gregory Nguyen Tien Hung, professeur d’économie émérite, de l'université de Howard, ancien ministre du développement économique et de la planification du Vietnam, "ce sont les politiques gouvernementale qui ont contribué au développement du système éducatif singapourien en mettant l’accent sur la promotion de l’école publique".

L'école publique se meurt, malheureusement, un peu partout en Afrique. Autre enseignement de ce modèle, des liens ont été développés entre le système éducatif et le secteur privé.

C'est ce qui permet d’éviter une inadéquation entre la formation de l’élite et les besoins du marché du travail, qui émanent essentiellement du privé.


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Revenant sur le décrochage scolaire, Najat Vallaud-Belkacem, directrice générale global affairs, de l'institut Ipsos, ancienne ministre française de l’Education, de l’enseignement supérieur et de la recherche, a expliqué qu’un accent devrait être mis, entre autres, sur la lutte contre les inégalités, le décrochage scolaire, etc. «Chaque élève qui échue est un poids pour l’Etat», a-t-elle souligné.

L'ancienne ministre a souligné que pour elle, il s'agit avant tout de revenir sur les modèles d’éducation à suivre, l’effet positif des formations professionnelle, la formation continue des enseignants, l’effet des nouvelles technologies, etc.


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Le système éducatif asiatique a été avancé, au cours de ce panel, comme un modèle à suivre, du fait notamment de la dynamique que connaissent les économies asiatiques et de la domination de ces pays dans le «Classement PISA» –Programme international pour le suivi des acquis- qui a évalué le niveau d'élèves âgés de 15 ans à travers des dizaines de pays à travers le monde (79 pays pour le classement 2019).

Ce classement est aujourd'hui dominé par les pays asiatiques: la Chine, Singapour, Macao et Hong Kong caracolent dans les 4 premières places, suivis de l’Estonie, du Canada et de la Finlande.

Si les pays d'Afrique souhaitent se développer, ils doivent mettre l’accent sur le développement de leurs ressources humaines. 

A ce titre, il est urgent de repenser les systèmes éducatifs en vigueur dans plusieurs pays depuis les indépendances et qui ne prennent pas en considération les mutations multidimentionnelles que le monde connaît depuis trois décennies. 
Le 13/12/2019 Par Moussa Diop et Said Bouchrit