Fermer

Mauritanie. Voici les arguments de Ghazouani qui plaident pour l’annulation de la dette africaine

Mise à jour le 17/07/2020 à 18h02 Publié le 17/07/2020 à 16h25 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

#Economie
Ghazouani

Le président mauritanien Mohamed Cheikh El Ghazouani.

© Copyright : DR

#Mauritanie : Bien que relativement modeste, la dette des pays africains n'en constitue pas moins un véritable goulot d'étranglement pour de nombreux pays en ces temps de crise liée à la pandémie du Covid-19. Du coup, les chefs d'Etat africains, à l'instar du président mauritanien, ont sollicité son annulation.

Estimée à 360 milliards de dollars, dont 40% détenus par la seule Chine, la dette africaine, bien que relativement modeste à l’échelle globale de la finance mondiale, constitue malgré tout un sujet de vive préoccupation.

Une crainte qui prend une dimension dramatique sous l’effet conjugué des problèmes structurels liés au sous-développement: la pauvreté, la propagation fulgurante de l’insécurité née du terrorisme et du crime organisé transfrontalier, à l’image de la géopolitique actuelle du Sahel.

Des éléments constants depuis plusieurs dizaines d’années, désormais aggravés par la pandémie de Covid-19, qui frappe durement les états aux niveaux sanitaire, économique et social.


LIRE AUSSI: Tunisie: le gouvernement négocie le report du paiement de ses dettes


C’est sur la base de ces arguments que le président mauritanien, Mohamed Cheikh El Ghazouani, président en exercice du G5 Sahel, a plaidé en faveur de l’effacement de la dette africaine, jeudi 16 juillet. Il s’est exprimé dans le cadre d’un panel de haut niveau, visant à appuyer la mise en place d’un nouveau partenariat entre l’Afrique et l’Europe, et auquel participaient plusieurs chefs d’Etat, anciens dirigeants et hautes personnalités issues des deux continents.

Durant son intervention, Mohamed Cheikh El Ghazouani a mis en évidence «la singularité du G5 Sahel en raison de l’ampleur des défis auquel il est confronté, aggravés par la pandémie du coronavirus. Les pays membres de cette organisation ont décidé de relever collectivement et solidairement les défis du terrorisme, du narco-trafic et du développement, tout en donnant aux populations du Sahel les bases d’une vie digne et en luttant contre la migration clandestine, pour arrêter le drame des jeunes à la fleur de l’âge, qui se noient au fond des mers».


LIRE AUSSI: Vidéo. Coronavirus: le président français Macron appelle à l’annulation massive des dettes des pays africains


Le G5 Sahel est composé du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad.

Abordant le contexte spécifique du Covid-19, le président a rappelé «des problèmes de développement récurrents», mais aussi que l’ «Afrique est frappée de plein fouet par la pandémie de Covid-19, avec des effets dévastateurs sur l’économie et la société, révélant la fragilité des systèmes sanitaires. Une réalité nouvelle qui pousse au devoir de solidarité, devant une perspective inévitable de hausse du taux de pauvreté et des autres problèmes structurels. Il faut alors des mesures de relance des économies et une annulation totale de la dette».

Dans le contexte actuel, une quarantaine de pays africains, parmi les plus pauvres du monde, vont bénéficier d’une suspension de leur dette pendant 12 mois, suite à une mesure d’urgence prise par le G20 «pour aider des économies déjà vulnérables, pétrifiées par le ralentissement mondial lié à la pandémie du coronavirus».


LIRE AUSSI: Coronavirus: le FMI et la Banque mondiale appellent à suspendre la dette de la plupart des pays africains


On peut toutefois relever qu’il s’agit d’un moratoire et non d’une annulation, telle que réclamée par les chefs d’Etats et une bonne partie de l’opinion du continent africain.

Sur la légitimité du processus de sa formation, on peut rappeler qu’au moment de l’accession à la souveraineté internationale, les Etats africains ont hérité d’un passif, sous forme de dette coloniale. Ils se sont également endettés à des conditions relativement douces pour bâtir de nouvelles économies, moteurs de développement global.

Puis au fil des années, le contexte de l’économie mondiale a changé, avec le choc pétrolier du début des 1970, entraînant une hausse des taux d’intérêt. Les politiques catastrophiques d’ajustement structurelles des années 1980 sont venues gonfler la facture d’une dette, dont l’essentiel retourne chez les bailleurs, à travers un mécanisme de décaissement pernicieux et même vicieux.

Au finish, malgré l’annulation du début des années 2000, dans le cadre de l’Initiative en faveur des Pays pauvres très endettés (PPTE), le «monstre» s’est reconstitué et ressemble de plus en plus au tonneau des Danaïdes impossible à remplir.
Le 17/07/2020 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya